Nathalie (Entrepreneur) – “Il faut oser se confronter à ses peurs “

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Nous avons rencontré Nathalie, notre QUEENSPIRATION de la semaine grâce à Instagram. C’est en se balandant de story en story, de profil en profil, que nous avons découvert la page Jolitropisme tenue par Nathalie. Belge d’origine, depuis 2014, notre QUEENSPIRATION est installée au Rwanda, le pays des mille collines. Sur son compte, elle partage son amour pour le Rwanda, sa culture, son histoire mais également son amour pour sa famille, ses filles et son compagnon, avec lequel elle a ouvert un restaurant dans la capitale de Kigali. Rencontre avec une femme dont l’optimisme est contagieux.

RTM | Bonjour Nathalie, nous sommes ravies de t’avoir sur RTM. Avant de commencer, peux-tu te présenter pour nos lectrices et lecteurs ? 

Nathalie | Je m’appelle Nathalie, j’aurais 36 ans tout bientôt. Je suis Belge d’origine Rwandaise par ma mère. Je suis mariée à John depuis un moment déjà, et nous sommes les heureux parents d’Adèle , 7 ans, Pénélope 3 ans et de notre autre bébé Poivre Noir, un restaurant depuis presque 5 ans 🙂 . Depuis 2014, je vis à Kigali. A côté du restaurant, je gère un blog qui s’appelle Joli Tropisme et qui essaye de montrer le Rwanda mais aussi le reste du continent Africain différemment, en évitant de promouvoir les clichés éculés.

RTM | Je t’ai découvert grâce à AbenaAfrica qui nous donne à toutes envies de voyager ☺. Il y a 5 ans tu vivais à Bruxelles, aujourd’hui tu es installée au Rwanda avec ta jolie famille. Comment s’est fait le choix de cette destination ? 

Nathalie | Toujours compliqué de répondre à cette question. Le Rwanda était à la fois une évidence et à la fois un choix un peu coup de tête. Par ma mère, j’ai des origines rwandaises mais ni elle ni moi n’avions vécu au Rwanda. Nous avons cependant toujours eu un fort attachement à ce pays d’origine , exacerbé après le génocide de 1994 quand il fallait tout reconstruire là-bas. Après cet évènement tragique, mon intérêt pour le Rwanda n’a cessé de croître. J’ai lu, j’ai participé à des conférences, j’ai essayé de comprendre et j’ai surtout observé ce petit pays se transformer. Passer du chaos, de l’abandon à une évolution socio-politique impressionnante. C’est de là que venait le côté évident.

En janvier 2014 pour mes 30 ans, nous sommes venus en vacances avec mon mari, et notre fille de 18 mois. Le coup de foudre fut immédiat, j’ai senti qu’ici c’était chez moi dès l’arrivée à l’aéroport. Nous avons été impressionné par le dynamisme de la capitale et nous nous sommes dit que nous aimerions en faire partie. En décembre 2014, nous nous installions dans l’idée d’ouvrir un restaurant. 10 mois donc pour oser venir s’installer , c’est la partie coup de tête 😀 .

“Ne croyez pas ceux qui vous disent que c’est facile mais croyez ceux qui vous disent que ça en vaut la (les) peine(s).”

RTM | Qu’est-ce qui vous a poussé à dépasser vos peurs liées au changement et à envisager l’expatriation ? 

Nathalie | J’ai eu la chance d’avoir une enfance sur le continent africain. J’ai grandi au Cameroun où mes parents étaient expatriés. Je suis rentrée en Belgique à 11 ans et ce retour m’a fait réaliser la chance que c’était de grandir ailleurs. J’étais surprise de la méconnaissance des gens sur l’Afrique et le monde en général. Je m’étais promis qu’un jour je repartirai. Bien entendu après presque 20 ans en Europe, même moi j’ai fini par avoir des peurs qui ne faisaient pourtant pas sens au vu de mon parcours et de mon enfance. Mais l’occident nous vend bien la peur du reste du monde. J’ai donc dû faire comme n’importe qui: me renseigner par moi-même. A l’heure d’internet c’est évidemment plus facile.

J’ai trouvé des personnes comme Diane de Visiter l’Afrique qui partageait son retour au Cameroun et je me suis dit mais c’est ça, c’est ce dont j’ai envie. Le deuxième déclencheur fut la naissance de ma fille aînée.  Soudainement, l’idée d’élever une petite fille métisse uniquement en Europe m’a semblé ne pas être une si bonne idée. J’avais vu trop d’afropéens galérer au niveau de leur identité et je ne voulais pas que ma fille ait à vivre ça. Et puis au final, on s’est d’abord juste focaliser sur les vacances. Aller voir nous a aidé à être bien moins effrayé. Le Rwanda nous a séduit et les peurs n’ont pas disparus mais se sont atténuées. Je savais que nous devions tenter l’aventure ou nous le regretterions.

Crédit : Nathalie

RTM | 15 semaines après votre arrivée, vous avez ouvert votre restaurant « Poivre Noir Kigali ». Peux-tu nous présenter votre bébé ?  

Nathalie | Quand nous avons visité Kigali en 2014, les options de restaurants étaient assez limitées. Et aucun endroit ne ressemblaient aux restaurants que nous aimons. Nous sommes des amoureux du bistrot qui offre convivialité et gourmandise. Nous nous sommes dit qu’il y avait donc cette niche à prendre. A Bruxelles, nous n’avions pas de restaurant et à part comme étudiants aucun de nous deux n’avaient d’expérience dans ce domaine. Par contre, en bon épicurien nous savons quelles sont les attentes d’un client quand il va dîner .

Notre business plan consistait donc à offrir aux Kigalois ce que nous aimerions trouver comme restaurant . On a commencé très très petits ( 20 couverts et un menu avec 4 entrées, 4 plats, 2 desserts) et on a progressé avec notre bébé. Comme on dit : “c’est en forgeant qu’on devient forgeron”. Aujourd’hui notre restaurant compte 40 couverts, on change de menu environ tous les 2 mois et on fêtera nos 5 ans d’ouverture le 19 mars. Tout cela fut assez dur, la restauration est un domaine professionnel intense et stressant, si on rajoute le fait d’être ailleurs sans réseau, autant vous dire que c’était vraiment une aventure à la fois terrible et géniale !

RTM | Au bout de 5 ans au Rwanda, qu’est-ce qui a le plus changé sur ta vision de l’Afrique ? 

Nathalie | Ce qui me surprend toujours c’est à quel point ce continent est mal aimé, même en 2020. On voyage principalement en Afrique et même moi je suis encore  épatée de la beauté qu’on peut y trouver, du dynamisme, de réaliser comment chaque pays est unique et intéressant. Mais quand j’en parle sur internet, les gens me renvoient toujours aux risques sanitaires ( paludisme, typhoïde, hépatite etc qu’on trouve en Asie et en Amérique latine sans que personne ne semble s’en offusquer quand il faut voyager là bas), aux questions de sécurité, bref à des clichés énervants.

Visiter Nairobi, Johannesburg, Stone Town m’ont permis de réaliser à quel point il faut déconstruire et pour ça rien de mieux que les plateformes comme Instagram. Pas mal de gens qui me suivent me disent que leur vision a changé grâce à ces instantanés que je partage sur le Rwanda ou le Kenya, ou l’Afrique du Sud . Certains prennent même leurs billets d’avion et m’envoient leurs photos, c’est juste génial!

RTM | Qu’est-ce que tu réponds à celles et ceux qui seraient tenté.e.s par cette destination mais qui hésitent ? 

Nathalie | Contacter des gens qui y vivent ou ont déjà été plutôt que de vous fier aux rumeurs et idées préconçues. Abonnez-vous à des pages de gens qui vivent au Rwanda ou à une page comme Rwandalicious pour découvrir la beauté du pays des mille collines. Et surtout, osez ! Je ne connais personne qui n’a pas adoré avoir visité le Rwanda, Sandy de Abenafrica peut vous le confirmer.

RTM | Femme, maman, entrepreneur. Tu parles d’alignement sur ton blog. Comment on s’aligne quand on a toutes ces casquettes ? 

Nathalie | On ne s’aligne pas tout de suite, et ce même avec moins de casquettes. C’est parce que j’étais débordée et perdue que j’ai dû me poser les bonnes questions. Quelle vie je souhaite mener et qu’est-ce qui m’en empêche? Souvent la réponse c’est le regard des autres, la pression sociale, la performance. J’ai réalisé que je les acceptais et que donc c’était un choix et j’ai choisi d’arrêter de m’imposer tout cela, même si c’était un peu effrayant de sortir d’un schéma dans lequel j’avais été tellement conditionnée, je pense que c’est aussi pour ça que je voulais partir, j’avais vraiment besoin de trouver mon chemin et ça passait par le fait de quitter la Belgique.

Je suis une femme occupée donc une mère qui peut parfois ne pas être assez présente mais j’ai aussi le choix d’être moins là mais MIEUX là quand je le suis. Je ne peux pas être avec mes filles chaque soir, mais les soirs où je suis là je leur consacre réellement mon temps, idem en vacances c’est elles le centre d’intérêt, on s’occupe de leurs besoins et ça donne un équilibre avec le rythme de vie hors vacances où on est moins disponibles.

Pareil pour l’entreprise. J’ai été sur tous les fronts parce que le contrôle me rassurait, hors en même temps il m’épuisait. J’ai fait le choix de soigner ce besoin de contrôle pour mieux m’investir plutôt que d’être partout mais pas comme il faut et littéralement vidée. L’alignement, c’est se départir des normes et injonctions et travailler à ce que son ressenti soit en phase avec ses actions. On peut tous s’aligner, mais il faut faire son travail (ça passe par la thérapie, le self-development et/ou le coaching, certains y arrivent seuls aussi ).

“Etre une femme c’est déjà être une reine.”

Tant que cet équilibre n’est pas atteint, il est difficile d’être épanoui. Mais je sais que c’est un chemin difficile, essayez juste de commencer par de petites choses. Arrêter de dire oui quand vous sentez que vous devriez dire non, accepter de ne pas être l’employée/la mère/l’épouse parfait(e), choisir de vous octroyer la bienveillance que vous offrez à ceux que vous aimez. Prenez le temps de noter ce qui est vraiment important dans votre vie et regardez si vous y accordez assez de temps et d’énergie. Trouver son alignement prend du temps mais ça en vaut la peine. 

RTM | Si tu avais 3 femmes badass rwandaises à nous conseiller ? 

Nathalie | Cynthia Butare. Mon amie qui est “revenue” comme moi en 2014,  qui a créé sa boîte. Elle a affronté pas mal de difficultés dans un secteur encore peu développé ici, du moins selon son angle de travail ( marketing, videographie, content creator). Je suis heureuse que son chemin ait croisé le mien et elle est probablement la personne avec qui je peux le plus parler de business et des contraintes de la vie d’entrepreneur. On peut papoter des heures (y compris quand elle m’envoie des notes vocales super longues). Je la considère un peu comme une soeur, je la trouve courageuse et forte parce que franchement le marché n’est pas facile. Elle se fait sa place en gardant toujours son magnifique sourire aux lèvres !

Makeda Mahadeo, animatrice, MC, DJ, Makeda c’est une artiste qui a plusieurs cordes à son arc et qui a su imposer son style sur un marché qui n’était pas forcément facile à séduire. Elle a récemment participé à East Africa Got Talents, elle s’occupe aussi d’une émission sur CNBC Africa. Elle est très drôle et c’est probablement une des principales influenceuses du Rwanda.

Laure Iyaga, fondatrice de Sana Initiative, une initiative qui a pour but de casser les préjugés autour de la santé mentale. Via l’éducation psycho sociale, mais aussi la thérapie et la recherche. C’est une idée extrêmement humaniste et brillante surtout dans notre pays, le Rwanda qui a souffert de ce terrible génocide il y a 25 ans mais aussi parce que culturellement, en Afrique, la thérapie et la santé mentale sont encore mal vues et qu’il serait bon que cela change pour que tout le monde puisse avancer . Laure est vraiment tournée vers les autres et le futur, son initiative est brillante, je la suis aussi via les réseaux sociaux où elle partage énormément sur ces sujets. Elle est épatante!

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RTM | 3 spots incontournables à Kigali ? 

Nathalie | La terrasse rooftop de l’Ubumwe pour un verre avec vue à 360 degrés ou presque de Kigali !

Le mémorial du Génocide pour comprendre d’où ce petit pays revient et mieux apprécier ce que le Rwanda offre aujourd’hui.

Abraham Konga, une boutique souvenirs à Kimihurura où vous trouverez tout ce que vous devriez ramener en souvenirs!

RTM | Tu as 2 magnifiques filles, qu’est-ce que grandir à Kigali change dans leur éducation ? 

Nathalie | Tellement de choses. Déjà elles ont pu apprendre le Kinyarwanda, et ça me remplit le coeur de joie de les entendre converser avec ma mère ou la famille dans une langue qu’hélas moi je ne maîtrise pas, l’accès à la langue c’est un accès à la culture et c’est primordial je pense. Mes filles passent aussi énormément de temps dehors avec des gens. Elles ont clairement moins de jouets si on compare à leurs cousins-cousines en Belgique, vu le peu d’offres qu’il y a ici, mais elles ne s’ennuient jamais car le tissu social est bien plus important. Elles vont dans une école internationale où la mixité culturelle est super importante, et étudient en anglais.

A 7 et 3 ans, elles sont donc trilingues, quand on voyage elles s’adaptent du coup très vite partout et sont curieuses de découvrir d’autres langues (le swahili particulièrement qu’elles ont entendu au Kenya et en Tanzanie). Elles sont dans un pays où leurs cheveux, leurs couleurs de peau sont la norme et où elles ne subissent pas de remarques quand elles sont tressées ou portent leurs afros. Je lis des mamans blogueuses noires européennes qui doivent dès la maternelle se confronter à des choses pareilles en Europe et je suis heureuse de pouvoir leur éviter cela. Le climat aussi, passer son enfance en short dans un jardin ¾ de l’année c’est plutôt sympa je pense! En grandissant ici, elles ont la chance d’embrasser leur double culture pleinement, de bien maîtriser leur métissage, c’est quelque chose qui était important pour mon mari et moi.

Crédit : Nathalie

RTM | Quelle est la leçon que tu tires de ces 5 ans ? 

Nathalie | J’en ai tiré plusieurs. Mais la principale c’est qu’il faut oser se confronter à ses peurs car ce qu’on en retire ensuite est juste incroyable. Je me demande parfois qui je serais aujourd’hui si je n’avais pas osé aller au bout de cette aventure. Bien sûr ça n’a pas été magique directement, on vend souvent l’idée que dès qu’on sort de sa zone de confort, hop on arrive dans une zone magique de nouveau bonheur. C’est pas du tout ça et c’est plus compliqué. Hors de la zone de confort, il y a une immense zone d’inconfort, et c’est là que tout se joue, c’est là que les choses sérieuses commencent.

Supporter ce que cette zone implique (doutes et peurs), continuer à avancer , et se dire qu’on veut vraiment aller de l’avant ou faire demi-tour parce que finalement on a pas envie de se confronter à ces questionnements qu’imposent l’inconfort( qui suis-je vraiment, pourquoi suis-je si bouleversé, pourquoi je doute autant, de quoi exactement ai-je peur, quelle prise j’ai sur tout ça , qu’est ce que je dois juste accepter car je ne pourrais le changer et que puis-je changer (en moi ou dans mes actes) etc). Ne croyez pas ceux qui vous disent que c’est facile mais croyez ceux qui vous disent que ça en vaut la (les) peine(s).

RTM | Qu’est-ce que tu lis en ce moment ?

Nathalie | L’art de perdre , de Alice Zeniter et je relis pour la troisième fois les accords toltèques (ma bible qui m’a grandement aidée à cheminer vers mon alignement).

RTM | Quel est le morceau qui te donne le smile à coup sûr ? 

Nathalie | J’en ai deux : Masterblaster de Stevie Wonder et Move on Up de Curtis Mayfield ! Ces deux chansons c’est la bonne humeur en partition musicale !

RTM | Et enfin, qu’est-ce qui fait de Nathalie, une Reine Des Temps Modernes ? 

Nathalie | Alors là aucune idée ! Etre une femme c’est déjà être une reine. On prend beaucoup sur nos épaules et on donne toutes sans compter en cumulant les casquettes de femme, (de mère), de soeur, d’amie et de travailleuse.

Plus le temps passe et plus je me sens proche de toutes les femmes que je rencontre et avec qui je peux échanger, je trouve énormément d’inspiration et de soutien auprès d’autres femmes. Donc c’est peut-être ce sentiment de sororité qui me donne l’impression d’être une reine des temps modernes entourée d’autres reines qui gèrent chacune leur royaume en se donnant des coups de main et se soutenant car ensemble, on ira plus loin.

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