Lorsque l’âme d’une femme s’en va sonder le monde, poussée par celles et ceux qui l’ont précédé, il ne peut s’opérer que magie. Anyès Noël est de ces femmes, est de cette tribu, de ces êtres, de ces corps, dont le regard perçant vient traverser le réel, le dire, le raconter dans ce qu’il a de plus sincère; dans son beau mais surtout dans son laid. Rencontre avec notre QUEENSPIRATION de la semaine, qui au fil des ans ne cesse d’affiner ses Art-mes !

Crédit : Kelly Paulémon (@noiredelatour)

RTM | Bonjour Anyes, nous sommes ravies de t’accueillir sur RTM. J’ai envie de commencer en te demandant l’émotion qui te décrirait le mieux ? 

Anyès | Bonjour wendie, merci pour l’invitation. Une émotion dis tu ? Qu’une ? (Rire) ça va être difficile… En tant que femme de théâtre, j’aurais tendance à dire qu’elles sont toutes miennes. 

Elles ne sont surtout pas là par hasard. Les émotions sont le témoin d’un message sur nous-même et notre rapport à l’autre.

Socialement on exige souvent que nous les taisions, mais « émotion » vient du latin “imovere”-mouvement vers l’extérieur- nous nous devons de les extérioriser. 

J’aime dire qu’il est une colère en nous, femmes. Une colère stagnante dont on ignore parfois d’où elle vient. Une colère mal comprise; qui se frite subtilement au silence des hommes. Je veux croire que le silence est un cri. La parole d’une colère que nous devons découdre. 

Elle est une de ces émotions reconnue comme négative notamment à travers le mythe de la femme noire en colère. C’est vrai qu’elle sécrète de la cortisol qui s’infiltre dans notre cerveau et ronge nos neurones. Mais il n’empêche qu’elle est légitime et ce à bien des égards. Il lui faut donc lui trouver une porte de sortie, car l’émotion trouve un chemin comme la vie et on ne peut contrôler la vie.

 Je m’interroge sur le sujet depuis la mort de ma mère décédée d’un cancer du foie, qui est un organe rallié à la colère. Elle était pourtant très douce et faisait son possible pour s’exprimer sans extérioriser la moindre agressivité. Une sorte de colère étouffée a canceré à l’intérieure de ma « manman ». On confond trop souvent colère et agressivité. Combien sont elles à se taire, à faire semblant pour conserver leur famille à des fins sociales ou religieuses ? Combien d’hommes ne laissent pas la possibilité à leur compagne de communiquer ? Chercher ensemble à se connaître, se comprendre. Exposer nos désirs profonds, nos attentes, observer nos maux et transcender l’Amour.

Selon moi ces colères sont parfois de l’ordre de la mémoire transgénérationelle. C’est en ce sens que j’apprends à les accueillir non à les contrôler. J’expérimente… Quelles sont-elles ? Comment les exprimer ? A quel moment ? Sous quelle forme ? L’agressivité n’étant pas toujours le meilleur moyen de la cristalliser. Elle peut s’avérer nécéssaire. 

J’ignore encore où cela me mènera mais j’aimerai en faire des perles propices à ma productivité, mes combats, mon épanouissement et mon rayonnement.

RTM | Tu es une comédienne, poétesse et metteuse en scène guadeloupéenne. Comment la vie t’a bercé vers ces voies artistiques ?

Anyès | Dans une telle conjoncture j’ai bien du mal à accepter tous ces titres. Mais l’expression artistique est d’avantage la mise en lumière d’une faille que le doux balancement d’un berceau. Le monde peut être si brutal et injuste. La créativité artistique ou non, est peut être l’expression la plus proche de notre âme, de l’enfant en nous aussi.

D’abord un exutoire sur mon parcours, je crois que les chemins prient sont probablement les circonstances de la vie. Un tempérament. Une nécessité d’existence dans l’oubli de ma propre tête. Une sombre contradiction me direz vous. Ce qui peut être a amené certaine société à penser l’artiste comme un marginal, un clairvoyant, un fou parfois même. Reste encore à définir la folie. Et en ce sens j’ai envie de reprendre les mots du rappeur panafricain Elom 20ce «dans un asile, les gens normaux sont pris pour des fous. »

Il n’empêche que si nous pensons à une Nina Simone, une Maya Angelou ou à un Sonny Rupaire  pour ne citer qu’eux, l’Art peut s’intégrer à tous les combats socio-politiques et c’est ce qui touche au plus près la femme que je suis aujourd’hui.

RTM | Quelle est la pratique artistique qui t’offre, selon toi, le plus de liberté ? Poésie ? Comédie ? Mise en scène ?  

Anyès | La poésie. 

J’aime comme tout peut être poésie. Elle s’incruste dans le laid. Laisse une traînée de lumière dans le tragique. Elle est de tous les supports. On peut la retrouver dans un texte certes, mais également dans une mise en scène. Ainsi, un corps, un décor, un costume, un silence, la vulnérabilité d’un homme est poésie. Avec cela s’accompagne le sentiment que je peux dire comme je veux ce que je veux et le spectateur se débrouille au niveau où il est pour s’en approprier en toute liberté. 

Pour finir elle reste encore le seul moyen direct que j’ai de m’exprimer -un crayon, du papier- nul besoin de public, de comédiens, je dis ce qui me traverse au quotidien. 

RTM | Qu’est-ce que le théâtre permet de dire autrement ? 

Anyès | Le théâtre contemporain permet de mobiliser tous les sens du récepteur. Tu pourrais même, si tu le souhaites mobiliser son odorat… n’est-ce pas merveilleux !??  

Quelque part il permet de contraster à différents endroits sur le propos soulevé. Une lumière différente et le ressenti est différent. Du moins j’aime à le croire. 

RTM | Gouyad Sen Pye est une pièce que tu as mise en scène et qui traite des conditions de vie de femmes dans les prisons en Haïti. Tu parlais dans une interview de l’importance du social dans un travail de transmission et de sensibilisation. Que souhaitais-tu transmettre à travers cette pièce et en travaillant sur cette thématique ?

 Anyès | Je disais à quel point il est important d’inclure l’Art au social. Je sais ce que le théâtre a apporté à l’adolescente que j’étais et en cela j’y vois un outil thérapeutique qui marque celui qui le pratique -avec un intervenant avenant-de manière durable. 

La première chose qui a surgit dans mon esprit au moment où l’association Quatre Chemins m’a proposé ce travail – d’abord de sensibilisation au théâtre mais aussi de mise en scène d’un texte en cours d’écriture – c’est la notion d’enfermement. Au delà même des conditions carcérales je voulais mettre en exergue ce que le corps des femmes charroit comme oppression, annihilant une grande part de sa liberté à être. Constamment réduit à une certaine idée de la sexualité, le corps devient réceptacle de négativité. Ensemble on s’est questionné sur le sujet et nous avons tenté de vivre ce dernier de manière positive. 

 A l’aide de plusieurs ateliers d’initiation au théâtre -corps|voix|interpretation- nous avons déconstruit avec ces femmes, alors élèves-comédiennes, leur acquis inconscients pour trouver en elles ce qu’elles sont réellement. Ce n’est pas toujours simple mais c’est un partage. J’en apprends autant qu’elles. Il est important pour moi de mettre la personne au même niveau que moi.

La femme n’est pas potomitan parce qu’elle porte tout mais parce qu’elle est sacrée. Et si Le mythe avait été déformé ?

RTM | Qu’est-ce que le milieu carcéral dit de nos sociétés ?  

Anyès | Le milieu carcéral haïtien n’est pas le milieu carcéral guadeloupéen ou même américain mais ce qui est certain c’est qu’il y a un point commun quant à la violence avec laquelle on enferme, spolie et avilissons les hommes noirs issu de milieux défavorisés. Il me semble qu’il y a un lourd héritage colonialo-esclavagiste dans la formation du corps professionnel de cette institution. 

En écoutant les témoignages des anciennes prisonnières avec lesquelles j’ai travaillé, j’ai observé que la prison est un microcosme de nos sociétés. Et en ce sens le milieu carcéral dit sur notre rapport à l’humain, comment nous faisons société. 

RTM | Tu vis depuis plusieurs années en Haïti. Comment décides-tu de t’installer en Haïti ? 

Anyès |  La logique a d’abord été caribéenne. Ça commence avec un film, des rencontres et la magie a opéré… ou pas d’ailleurs. Excuse moi d’être brève. Parfois je me demande si on me poserai la question si j’étais à New York… Lorsqu’on est confronté autant en Guadeloupe qu’en Haïti à la bizzarerie d’un tel choix, on doit se poser la question de notre position face à notre connaissance de nos histoires respectives et de notre place dans le bassin caribéen. Il fut un temps où les étudiants guadeloupéens et martiniquais venaient étudier en Haïti. Comment se fait-il que nos parents pouvaient recevoir les radios de l’arc alors qu’aujourd’hui c’est à peine si on capte celle de la Dominique ? pourtant si proche de la Guadeloupe. Il faut se poser les bonnes questions. 

RTM | Comment la culture haïtienne influence-t-elle ton art ? 

Anyès | Il est important pour moi de m’appuyer sur le vécu de celui que je fais travailler. Ayant donné plusieurs ateliers d’initiation, je cherche à toucher la part ethnologique de la cible. D’abord à travers le chant mais aussi aux habitudes, à la gestuelle, aux silences, aux onomatopées. Tout cela fait langue et langage. 

En Guadeloupe nous avons tendance à créolisé le français de la personne. Je suis donc également influencée en ce sens par l’haïtien. Ca m’amuse de le faire dans mes ecrits récents. Notre langue est une banque de métaphore incroyable. Encore de la poésie…

J’ai aussi été sensible au Panthéon Vaudou qui touche en moi quelque chose de lointain qui marche aisément avec ma façon de voir, de penser et de me projeter en tant qu’être… créatrice. 

On nous apprend la mythologie grecque et romaine alors qu’il y en a une autre plus proche de nous que nous dévalorisons et méprisons même. Il en va de même pour l’Egypte. Cela représentait pour moi une façon de me rapprocher de mes racines africaines. Je citerai ce moment où j’apprends que le poteau au centre du temple vaudou s’appelle « potomitan ». Il est l’axe du monde allant de la Terre au Ciel. C’est autour de lui que s’établît la communication entre le monde des humains et celui des esprits/divinités. Ça a résonné. Moi qui avait depuis longtemps été en rejet fondamental de cette appellation, qui selon moi a été récupéré par les hommes -dans leur grande perte- pour se délester de leurs responsabilités. La femme n’est pas potomitan parce qu’elle porte tout mais parce qu’elle est sacrée. Et si le mythe avait été déformé ? Elle n’a pas à être protégée par l’homme parce qu’elle est fragile mais parce qu’elle est sacrée… à creuser.

RTM | J’ai pu lire que tu étais proche de l’organisation féministe Négès Mawon fondée en 2015 à Port-au-Prince. Comment perçois-tu le féminisme haïtien et penses-tu que l’on puisse parler d’un féminisme guadeloupéen ? 

Anyès | Nous avons collaboré ensemble plusieurs fois. Notamment sur la coordination du projet qui a été à l’origine de ma venue en Haïti en 2015. Il s’agissait de donner des ateliers de théâtres à plusieurs dizaines de femmes de tous bords à travers tout le pays. Je voulais confronter ma réflexion qui avait pris naissance en Guadeloupe à une dimension plus large; caribéenne. Je les ai questionné sur la solitude des femmes, leur position d’attente face aux hommes, leur impact dans l’éducation des hommes et nos rôles respectifs.

Les organisations féministes en Haïti font un gros travail. Face aux manquements étatiques, elles endossent à la fois la violence faites aux femmes avec tout ce que cela comporte, incluant suivi psychologique. Mais aussi la santé préventive, l’éducation, la protection juridique. Certaines mènent des actions auprès des paysannes pour améliorer leurs conditions de travail. Sans compter le législatif face à la mono-parentalité mais également concernant l’avortement, illégal encore à ce jour.  Autant de dossiers qui portent avec eux les difficultés socio-économiques du pays. 

Il est vrai que je n’ai pas relevé une position féministe qui s’appuierait sur une théorie spécifiquement haïtienne. Mais elles s’associent aisément autour d’une même cause lorsqu’il s’agit de faire front face à des dossiers publics et politisés. 

Cela dit, la théorie est elle le point de départ à l’engagement féministe ? Engendre t-elle une pratique intègre ? N’y a t-il pas une dimension innée face à la lutte ? Comment rester insensible face aux conditions des femmes ? Fils comme filles ont vécu leur souffrance et leur frustration en première ligne. 

En ce qui me concerne j’ai eu besoin de me détacher du féminisme dans lequel l’on met aujourd’hui beaucoup de choses. Il était devenu pour moi un fourre tout où parfois l’on y retrouve des gèguerres, alors que, selon moi, le premier féminisme serait de joindre son émancipation, sa liberté personnelle pour aider les autres femmes à en faire autant. C’est un long parcours certes. Mais qui peut aussi se faire en simultané. 

En plus de la charge que porte le mot, les idées préconçues, la multitude de mouvements qui s’y perdent; il y a la genèse de l’idéologie qui ayant prit naissance en Europe dans un contexte occidental et esclavagiste nécessitait dans mon parcours une déconstruction. Un retour en arrière pour être plus juste. Observer les civilisations traditionnelles africaines notamment. Instinctivement, ma réflexion et mon vécu m’ont poussé à avoir une approche plus spirituelle qui saurait réunir les deux polarités. Féminin et masculin. Tous deux existant en chaque individu qu’il soit homo| hétéro| trans| non-binaire etc. 

Détruisant toute supériorité vis à vis de l’un ou de l’autre mais un équilibre miroir, sain et sacré. Je crois que cette dimension spirituelle où l’on reconnaît une complémentarité -féminin masculin- d’abord en nous-mêmes, permettrait d’insuffler un changement profond en chacun de nous. Il est des combats qui demandent de militer contre soi-même et nos diktats culturels avilissants pour tous.

J’ai  retrouvé dans la bibliothèque familiale « la femme guadeloupéenne ». Une sorte d’essai politique rédigé par l’UGTG -l’Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe- en 1975. Dans les grandes lignes, il semble partir d’un féminisme marxiste pour donner une place à la femme loin du doudouisme de l’époque. Allant de l’engagement politique au changement des rapports hommes/femmes. Un brin obsolète pour notre société actuelle mais qui en vaut le détour pour tous ceux qui souhaiteraient apprendre du passé pour élaborer un futur sur de bonne base. Au delà de ça, de mon lieu, je ne peux parler d’un féminisme guadeloupéen. Toutefois j’ai pu constater qu’il y a de plus en plus de cercle de femmes qui se réunissent pour s’apprendre, échanger sur la société, débattre sur la pharmacopée, prendre soin l’une de l’autre en soulevant des questions intimes, généalogique et spirituelle. C’est peut-être le premier féminisme qui soit et qui fut dans l’histoire de l’humanité.

RTM | Qu’est-ce vivre en Haïti t’a permis de découvrir sur toi même ? 

Anyès | Beaucoup.  (Long sourire)  

Ma puissance. Mon idéalisme. Ma résistance. Ma générosité. Mon adaptabilité. J’ai aussi pu observer combien tout n’est pas une question de choix mais de chemin divin imposé par les ancêtres. Parfois il n’est pas utile de forcer, car il y a plus grand que nous qui nous pousse à remplir notre mission. Comme disent les haïtiens : “Sa ou pa wè pli gran pase w.” Pour peu que tu saches te tourner vers ton intériorité. 

RTM | Récemment, on a pu découvrir le court métrage Fouyé Zétwal, réalisé par Wally Fall, où l’on entend tes mots et te voit à l’écran. Comment est née cette collaboration ? 

Anyès | « Nos Parents avaient des rêves » c’était ces mots qui allaient et venaient dans ma tête  -au milieu du reste- depuis quelques années. Attendant le meilleur moment. Peut-être la meilleure forme par laquelle je pourrais exprimer ce silence sur un pan de notre histoire -mais pas que- allant jusqu’à s’emparer de nos rues. Il était question pour moi de transmission intergénerationelle mais aussi transgénérationelle. 

Wally est un ami. Un de ces frères qui comprend ma présence en Haïti, qui encourage mes folies. Avec lui nous échangeons beaucoup sur des thématiques telles que l’indépendance de nos pays, ce que l’esclavage a muté en nous. Le façon avec laquelle nous devons marronner dans nos Arts envers et contre tous pour pouvoir nous raconter sans restriction « politique ». Alors que cette idée s’étendait depuis plusieurs années en moi, à la fin de l’année 2018, je lui propose de faire un film. Comme ça. Simplement. Alors que j’étais dans un avion pour la Guadeloupe. 

Après un « Badam !» Il a dit oui et c’était parti !

RTM | Que raconte Fouyé Zétwal ? 

Anyès | Fouyé Zetwal, Ce sont ces silences qui habitent nos rues, nos cours, tout ce qui fait amour en nous. Ce sont ces silences qui habitent nos aînés, leurs luttes, notre histoire. Ce sont ces héros, cet amour, cette soif de liberté passée sous silence. C’est l’histoire que nous nous devons d’écrire maintenant. Fouyé zetwal c’est l’appel d’une terre à la mémoire sourde comme une plaie béante  que l’on cherche à dissimuler malgré la douleur et qui commence réellement à sentir. 

RTM | J’ai eu l’opportunité de lire une interview de toi où tu parles des difficultés rencontrées en tant que femme issue de la communauté noire. Quelles sont ces difficultés liées au secteur culturel et artistique ? 

Anyès | L’année qui vient de s’écouler a été un bon condensé de ce que nous devons affronter comme difficultés. 

Quand j’y pense je n’ai pas envie de parler encore du bas qui blesse. J’ai d’avantage envie de fixer mon regard au dessus de ce que nous connaissons déjà. La vie m’a montré que pour changer une dynamique c’est à toi de faire autrement. Tu ne changeras pas l’autre en face mais les actions que tu poseras pourront contribuer à basculer le cercle vicieux. 

Au fond nous manquons de faire pour et par nous-mêmes. Nous manquons de bienveillance et d’entraide. Nous manquons d’espaces pour avancer en faisant preuve de courage face à une peur parfois inconsciente. Nous manquons de nous connaître aussi. Nos forces notamment. Cela nous rendrait plus productif, plus créatif, plus axé sur la construction et la transmission.

RTM | Si tu devais donner un conseil à une jeune femme désireuse de se lancer dans ce secteur ? 

Anyès | Je lui dirai ce que je dirai à l’ambitieuse, rêveuse et complexée Anyès de 17 ans…

N’ais pas peur de t’affirmer.  Expérimente tout ce qui te paraît juste. Nourris-toi des aînés. Écoute-toi. Baisse les voix qui t’oppressent. Intérieures comme extérieures. Ouvre-toi à tous les arts mais aussi à l’histoire, à la science, à la nature tout est inspiration. Lis de tout, sans le vomir tel quel à la première opportunité d’argumenter. Et puis sois humble mais reconnais tes forces, perfectionne-les et transmet-les.

l’Art peut s’intégrer à tous les combats socio-politiques

RTM | Si tu devais nous citer 3 femmes qui t’ont inspiré tout au long de ton parcours ? 

 Anyès | Ma mère, ma grand-mere, la voisine. 

C’est en écoutant leurs histoires. En observant leurs plaintes. En me cachant sous leur jupon qu’elles savaient relever  -ren maré- et en buvant leur tristesse qui s’échappait malgré elles, qu’est naît en moi une certaine obsession pour ce qui touche à la femme et son rapport à l’homme. 

Je m’inspire des femmes que je croise dans la trivialité du quotidien. J’aime les écouter. Parfois dans la voix des hommes aussi. 

Il y a également celles qui dansent sous ma peau. J’ai le sentiment d’être habitées par des femmes. Elles sont ces émotions à fleur de peau. Cette colère empreint d’injustice qui parfois me surprends dans mes prises de paroles. Elles sont surement ces divinités qui m’accompagnent. 

RTM | Et enfin, qu’est-ce qui fait de Anyes une Reine Des Temps Modernes ?

Anyès | Merci pour l’intronisation… rires ! Je dirais que je reviens d’une longue marche. Une marche sombre. Pleine de lumière. De rencontres. D’attaches fracassantes, qui m’ont laissé des plaies encore saignantes. Je reviens d’une marche en arrière. Tournée vers mon dedans où j’ai bien cru cendrer. Je suis cette femme, afro-caribéenne artiste mais tellement plus. La majorité ne comprendra pas mes choix mais je préfère les contre-courants à la vague moutonne qui dans un même balancement nous illusionne à en toucher le fond. J’accueille aujourd’hui mes erreurs dans la pleine conscience que la première à été de me trahir.  De n’avoir donné trop peu d’espace à moi-même. Je reviens d’une marche qui m’a au moins fait connaitre la puissance dans la vulnérabilité et la sensibilité à l’autre. Et bien que des cases ont été faites, aussi, pour les êtres comme moi, j’accueille l’enfant en moi. Celui qui gambade dans la nature, parlant à il-même, créatif et sauvage. 

Dans ma marche, j’ai réalisé que j’étais porteuse de mémoires à nettoyer pour nous permettre de penser à un avenir loin de l’oppression patriarcale et capitaliste. Et ce en empruntant ni leurs armes ni en faisant preuve de vengeance. Je serai donc cette reine des temps modernes qui veut pénétrer dans ces espaces de virilité et semer les fleurs de l’Amour. Les fleurs épineuses de l’Unicité. D’abord en nous-mêmes. Ensuite dans nos rapports Femmes/hommes, ce qui nous rendra plus fort face à une société qui s’écarte de plus en plus d’une humanité profonde.

L’expression artistique est d’avantage la mise en lumière d’une faille que le doux balancement d’un berceau.

Nous devons faire peuple. Nous valoriser. Et semer les graines qui porteront nos richesses.J’ai marché. Des montagnes aux caniveaux des villes. J’ai appris. J’ai transmis. J’ai semé des bouts de moi. De la rue à mon intime, je porte mes expériences personnelles pour me confronter à mon réel engagement qui aspire à fédérer des âmes dans le but de créer ensemble. Des espaces de transmissions, des espaces nous permettant de repenser notre rapport à la nature, à nous-même, à l’autre, à notre Terre et atteindre des ciels meilleurs. La marche est encore longue mais il y a encore tant à vivre.

Pour le reste, je retiens que se battre pour un changement c’est savoir tenir, stratégiquement, la corde molle car ce n’est pas pour soi que l’on s’engage mais pour les générations futures. Oui, il faut pouvoir accepter qu’on en verra sûrement pas les prémices mais qu’à un endroit nous en sommes les prémices. Contribuons alors, fortement 

2 Commentaires

  1. Bonjour

    Je suis heureuse d’être tombée sur cette belle interwiew de Madame Anyès Noël sur Reines Des Temps Modernes. Merci pour cette bouffée d’air. Quelle fierté d’être une Femme!

  2. Wow j’adore ses propos et sa réflexion elle est hyper réfléchie et hyper deep cette nana je la connaissais pas je vais trop la suivre merci!!

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