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Spread black love !

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Le temps est venu de parler black love !

Le black love, l’amour noir est un « concept » qui nous vient de nos amis américains (une fois n’est pas coutume !), qui consiste à valoriser les couples noirs. Cela peut paraître logique pour certain, anodin pour d’autres. Pour moi c’est une vraie question, c’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire cet article. Le black love a rencontré plusieurs obstacles aux Etats-Unis. Tout d’abord avec l’esclavage période durant laquelle le concept de famille noire, de couple noir ne pouvait exister puisque les esclaves étaient vendus et revendus, les enfants séparés de leurs parents, les couples séparés et surtout les mariages entre esclaves interdits. Je passe très très vite mais on a ensuite l’incarcération de masse (cf mon article sur The 13th documentaire d’Ava Duvernay) qui explique comment et pourquoi aux Etats-Unis 2,3 millions d’individus sont incarcérés, pourquoi la majorité sont pauvres, noirs, métisses.

L’incarcération de masse a privé des millions de familles noires de leurs pères. Ajoutez à cela, l’image péjorative des hommes noirs véhiculée par les médias : homme à femmes, homme n’étant pas capable d’assumer une famille etc. Avouez que le mélange de tout cela ne valorise pas les couples noires, la famille noire et ne peut empêcher les personnes noires de se mettre en couple entre elles. Dans l’imaginaire collectif de certaines personnes, les couples noirs sont dysfonctionnels et la solution ultime pour avoir un couple stable : c’est le fameux « dating outside your race ».

On se concentre ici sur le contexte américain mais en France, l’image véhiculée des femmes et des hommes noir.e.s et loin d’être glamour : niafous, fatous flinguées sont des termes souvent utilisés par des hommes noirs (je suis moins au courant des termes péjoratifs utilisés pour « qualifier » les hommes noirs). Tout cela ne présage pas non plus des relations ultra saines !

Le black love sert à lutter contre cela. Grâce à lui, on montre que les relations homme noir/ femme noire sont totalement possible, qu’elles peuvent être pacifiques, saines. On montre, que ces relations sont belles et quelles aussi peuvent « vendre du rêve ». Que l’on peut aussi les afficher sur les réseaux sociaux, que ce type de relations vaut également pour modèle de référence. Au-delà de promouvoir l’amour entre deux personnes noires, le blacklove c’est aussi l’acceptation de soi, c’est valoriser les modèles de couples noirs dans une société où les couples métisses et blancs sont la norme. On valorise le black love, on valorise le couple noir, on montre que l’on accepte sa couleur et que l’on est fiers !

En France, le black love a-t-il sa place ?

En France, le terme apparaît timidement. On voit apparaître sur les réseaux sociaux des # mettant en lumière des couples noirs « français ». Personnellement, je pense que le terme à toute sa place car ici aussi on rencontre des difficultés à mettre en avant/ à valoriser le couple noir. Je repense à cette vidéo que j’ai récemment visionnée sur les réseaux sociaux. Un jeune homme noir (pas plus de 18 ans) questionne son ami en lui demandant quel est son genre de meufs. Il lui demande tu vas finir ta vie avec une blanche, une arabe ou une métisse ? ou alors cette autre vidéo dans laquelle un jeune homme noir essaye de convaincre son ami noir de ne surtout pas sortir avec une femme noire !

Dans le premier cas la femme noire est totalement invisible, elle n’est même pas citée dans les options, ce n’est même pas une option ! Dans la seconde vidéo, la femme noire devient une option mais la pire des options, la dernière des options ! Dans la deuxième vidéo, un des protagonistes dit à son ami “tu ne vas quand même pas sortir avec une noire alors que tu peux avoir une métisse ou une arabe”. Ce que l’on constate dans les deux vidéos, c’est que ce sont des hommes noirs qui parlent. Pourquoi ont-ils tant de mal à s’imaginer en couple avec une femme noire. Pourquoi il y a-t-il cette forme de rejet que l’on ne retrouve pas forcément dans les autres « communautés » ?

Dans les vidéos que je cite, ce sont des hommes noirs qui sont acteurs mais l’idée ici n’est pas de blâmer les hommes noirs ou les femmes noires car ce genre de discours peut exister au sein de la gente féminine (la preuve un peu plus bas dans le témoignage). Non l’idée ici est de comprendre les mécanismes qui conduisent à rendre si compliqué l’amour noir. Pour moi, tant qu’il y aura ce genre de discours, il sera nécessaire de valoriser le black love, l’amour noir. Montrer qu’il existe plusieurs modèles de couple et que le couple noir est un modèle à part entière.

Pour illustrer mon article, j’ai interviewé Léa, une amie qui nous explique comment son engagement militant a radicalement changé sa manière de concevoir son couple. Son engagement, sa lutte contre les discriminations ont eu un réel impact sur sa vie amoureuse, sur sa manière de concevoir ses relations amoureuses. Retour sur son histoire.

Léa, 30 ans : “si je devais écrire un récit avant/après ma rencontre avec l’amour noir…”

Je m’appelle Léa, je suis une femme noire de 30 ans. Juriste dans une grande entreprise, je tiens également un blog mode/beauté et je propose gratuitement du conseil aux personnes qui rencontrent des litiges avec leur employeur.

Aussi loin que je me souvienne, mes compagnons ont toujours été blancs. Je ne me suis jamais posé la moindre question sur ce que cela impliqué. Avant je n’accordais aucune importance à cela !

Tout a basculé lorsque j’ai intégré le monde du travail. Très vite, je constate qu’au sein de mon entreprise je suis l’une des rares à occuper un poste de cadre. C’est à ce moment que mon engagement débute. J’intègre le milieu militant et le milieu afro-féministe. A cette époque, je suis en couple avec Xavier, un homme blanc qui ne comprend absolument pas pourquoi je perds mon temps dans ce combat. Au fil des années, autour de moi quand je parle de mon engagement afro-fem et que l’on voit la personne avec qui je suis en couple, je sens que ça tique. Je quitte Xavier puis reste célibataire pendant un moment.

La question du black love, de l’amour noir se pose quand je rencontre Lynnel avec qui je suis en couple maintenant. Lynnel est d’origine éthiopienne et moi je suis d’origine béninoise. Lors de nos premières conversations, on parle de nos relations passées et il me pose une question que je ne m’étais jamais posée avant: « mais comment cela se fait que tes anciens partenaires soient tous blancs ? ». Durant plusieurs jours cette question résonne en moi. Je reprends le fil de mon histoire pour comprendre : est-ce que mon choix pour mes anciens compagnons s’explique ou alors est-ce que c’est le fruit du hasard ?

Enfant, je grandis avec mes deux parents qui sont tous les deux d’origine béninoise. Je grandis au sein d’une famille noire. Durant toute la période où j’ai vécu chez mes parents (jusqu’à mes 25 ans) ma mère et mes tantes me répétaient souvent qu’avec mon niveau d’études je pouvais me permettre de choisir. Je n’ai compris le sens de cette phrase que beaucoup plus tard. J’ai compris qu’elles espéraient que je leur ramène un homme blanc. Mes tantes et ma mère étaient dans des relations de couples plus ou moins chaotiques. Elles fantasmaient beaucoup sur les hommes blancs. Je me souviens de conversations dans lesquelles elles disaient que si elles pouvaient revenir en arrière, elles choisiraient un homme blanc qui prendrait soin d’elle et ne les tromperait pas. Je ne pensais pas que ce discours aurait un impact aussi fort sur moi. Mais c’est évident, les paroles prononcées par les adultes de notre entourage ont un impact sur notre construction.

Dans mon entourage, on me disait souvent que j’étais ultra engagée pour la communauté, que je passais mon temps à valoriser les femmes et les hommes noir.e.s mais que ma vie personnelle ne reflétait pas mon engagement. En somme que je défendais une équipe de toute mes forces mais que le jour du match, le jour le plus important je me présentais avec le maillot de l’équipe adverse. Au début, je répondais très sèchement à ce type de remarques en disant que c’était ma vie privée et que cela ne regardait que moi. Puis un jour, j’ai eu une conversation qui a tout changé. Une personne de mon entourage m’a dit simplement que oui j’avais le droit d’être en couple avec des hommes blancs mais en tant que personne « déconstruite », « consciente » des rapports de domination en France, je me devais de me poser cette question : pourquoi je ne sors qu’avec des hommes blancs. Cette personne m’a également dit que si je sortais avec des hommes blancs parce que je les mettais sur un piédestal et que les hommes noirs n’étaient pas dignes alors oui c’était problématique.

C’est à ce moment-là que j’ai lu plusieurs choses concernant le black love, différents témoignages. J’ai repensé aux discours de ma mère et j’ai compris que le choix de mes partenaires n’était effectivement pas anodin. Inconsciemment, je mettais l’homme blanc sur un piédestal, je pensais que l’homme noir était dénué de tout sens des responsabilités et même si mon père a toujours été présent voir plusieurs femmes noires seules autour de moi a beaucoup joué. M’imaginer avec un homme noir était très insécurisant pour moi. Je n’avais pas confiance et pour moi les hommes noirs étaient des fuck boys. L’image que j’avais d’eux était celle de personnes de banlieues, pas assez diplômées. Des personnes avec qui je ne pourrais pas avoir des conversations intéressantes, des hommes avec qui je ne pourrais pas faire des sorties culturelles. Je me rends compte aujourd’hui à quel point c’est débile !

J’ai rencontré Lynnel lors d’une soirée networking. Il intervenait et j’ai eu un coup de cœur. En échangeant avec lui, en passant du temps avec lui, j’ai pris conscience que mon amour pour l’homme blanc était lié à des fantasmes et des projections. J’ai réussi, je pense à déconstruire le rapport que j’avais aux hommes noirs. Aujourd’hui, j’adore mon couple, j’adore vivre avec un homme avec qui je peux militer et échanger des heures sur l’afro-féminisme ! C’est en m’acceptant moi que j’ai levé mes freins !

Mon crush black love, c’est cliché mais c’est Jay-Z et Beyoncé !

Et vous quel est votre black couple préféré ?

Saffi

xoxo

2 Commentaires

  1. Super intéressant comme article !
    J’apporte mon point de vue sur cette construction sociale.

    J’habite la Guadeloupe, au collège et au lycée j’avais des coups de cœurs pour des garçons métisses ou blancs je les voyais plus intéressants, ils faisaient des activités excitantes que je ne connaissais pas et qui coutaient chères (surf…). J’avais intégré socialement que le blanc était quelqu’un ayant du pouvoir et stable loin de l’homme noir antillais volage et père absent (non ce n’est pas un cliché malheureusement). Autour de moi tout corroborait avec cette image, les couples, dans ma famille y comprise, étaient instables et malheureux. Combien de femmes ai-je vu le cœur brisé ou dans une joute féminine éternelle avec “l’autre” la maîtresse, l’homme s’en sortant toujours.
    Et dans les médias pas de pitié non plus, les séries pour teenagers, les romans, les dessins animés, l’homme blanc était toujours présenté comme le parangon des relations amoureuses. C’était et c’est profondément injuste mais jusqu’à présent je n’ai pas d’exemple positif dans ma communauté… Alors le “black love” pour moi c’est plus une utopie à la sauce américaine.

    J’ajouterai aussi que je me suis toujours sentie en tant que femme noire invisibilisée pour l’amour, alors je n’avais pas les attributs pour être en couple avec le blanc et bien que vivant sur le même bout d’île, nous ne partagions pas la même culture (les blancs sont plutôt très communautaristes ici); et mes relations futures avec l’homme noir seraient vouées à l’échec et au chagrin…
    La jeune fille que j’était ne se voyait pas un super brillant avenir en amour en tant que femme noire du coup.

  2. je découvre cet article aujourd’hui et je suis d’accord avec tout ce que je lis.

    je suis un jeune homme noir de 28 ans et originaire du Cameroun. Tout ce que les médias m’ont jusqu’ici présenté était : “best life, is occidental life”.
    J’avoue que la plupart du temps ma rébellion a été : pourquoi mes parents ne me démontrent-ils pas leur affection comme les parents blancs le font à la télé ?…ça a été l’une des principales sources de tension entre eux et moi, pendant une bonne partie de mon adolescence et ça a affecté ma façon de me comporter avec eux, je ne veux pas parler des choses que j’ai voulu faire et auxquelles on accordait aucune importance.

    Aujourd’hui, je constate à quel point ce “problème d’image” est profond et continue à détruire une société qui n’arrive pas à s’assumer comme “êtres humains au même titre que tous les autres”.
    J’exerce dans le domaine de la communication et du marketing et je sais aujourd’hui que nous sommes devenu de parfaits clients des modèles occidentaux que nous proposent/imposent les médias ?

    Ma solution ?
    Sincèrement nous devrons arrêter de nous battre… et commencer à nous éduquer, et éduquer nos enfants.
    Quand je parle d’éducation, je ne parle pas que de connaissances intellectuelles d’un point de vue stricte, mais des conséquences sociales de nos comportements. Les différentes incidences sur nos enfants, nos parents, nos amis, nos proches et on comprendra qu’on a un vrai “black matter”.

    La réussite, l’amour, la paix, la stabilité ne sont pas des choses que Dieu a accordé à une race et refuser à une autre, par contre il faut comprendre que nous éduquons mal nos enfants. On continue à faire croire à nos petits garçons qu’ils sont des rois et que toutes les femmes doivent lui obéir au doigt et à l’oeil sinon, il n’est pas un véritable homme (ce sujet est plus large et profond que vous ne le croirez), et nos filles entendent par-ci et par là qu’il n’y pas d’argent ni de chances de s’en sortir, donc elles doivent trouver des moyens plus dégradants pour avoir aussi par à la “grande vie”.
    Voilà pourquoi les hommes ne respectent pas assez les femmes, n’assument pas leur irresponsabilité et leur infidélité, ne sont pas capables d’aimer et de s’abandonner à leur partenaire, d’exprimer leur affection à leurs enfants (pour le faire chez leur maîtresse) et voilà aussi pourquoi les femmes se sous-estiment constamment, jalouses d’autres, sont insatisfaites de leur vie parce que n’ayant pas atteint leur potentiel ou encore pensent que la stabilité n’est pas de ce monde…du monde noir.

    Baissons les armes et soyons plus regardant envers les activités de nos enfants, les programmes qu’ils regardent à la télé les personnes qu’ils considèrent comme modèles, la façon dont ils traitent l’autre sexe etc…et je crois que les résultats de la prochaine génération seront bien meilleurs.

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