Virginie Sainsily – Queen On Air !

Dès que j’ai appris la nouvelle j’ai tout de suite fait des pieds et des mains pour me squeezer dans son agenda et obtenir une entrevue avec elle. Et c’est en toute simplicité qu’elle a acceptée. Elle, c’est Virginie Sainsily, 28 ans, née à Pointe-à-Pitre ; signe particulier : « droite dans ses baskets ». Et c’est elle qui est, le temps de l’été, la nouvelle présentatrice de la chaîne d’information en continue BFM TV et cela depuis le 29 Juillet !

On a vérifié pour toi mais si tu veux, vas-y allume la télé pour en être sûr… mais reviens vite que je te raconte ma rencontre avec cette personnalité à part.

 

 

On commence par le début ?

Me voici, un après-midi de 14 juillet, dans un petit parc parisien du 15ème arrondissement et c’est en tenue de sport que Virginie arrive.

À ce moment là, je pense me faire expédier juste avant sa séance de running. C’est pourquoi, je suis assez étonné dès le début de notre conversation par sa « Zen attitude » bien à l’image de nos échanges de mail précédents.

Et pendant que je me débats afin de dérouler maladroitement le micro de mon enregistreur, Virginie commence à me raconter tranquillement, ses tout débuts de journaliste. Avant même qu’elle ne prenne vraiment toute la dimension de ce métier.

Avant tout ça, il y avait eu cette rencontre avec “lui”. Car comme toute une génération elle allait être inspirée, à travers le tube cathodique ou un écran plasma (référence au choix selon votre âge) par Harry Roselmack.

« C’est lui qui m’a donné envie de faire de la télé » me confie-t-elle, l’œil pétillant. « Je trouvais cela super qu’une personnalité noire, aussi douée, passe à l’écran. ».

Je comprendrai un peu plus loin que c’est ce type de représentations positives qui lui ont permis d’outrepasser les limites qu’elle s’était imposées, à savoir sortir de sa zone de confort afin de vivre pleinement son aventure dans l’hexagone.  

Son histoire avec ce métier commence très tôt puisque “Déjà au collège je parlais d’être journaliste.” me dit-elle.

Et elle me raconte alors, comment elle a débarqué à Paris à 18 ans et comment, une fois sa licence en Droit et sciences politiques obtenue, elle était bien décidée à en découdre et à devenir, par ses propres moyens, la journaliste qu’elle rêvait d’être à l’époque où elle n’était que collégienne.

Mais c’est non sans peine, car entre recherche d’indépendance financière, examens et concours, elle me raconte cette période de « galère » avec une pointe de nostalgie.

“C’était compliqué, mes parents ne voulaient pas vraiment financer une école privée et moi je ne savais pas vraiment comment ça fonctionnait […] J’ai tenté ma chance dans une école privée et pour ne pas que mes parents puissent me faire de réflexions j’ai donc fait un prêt étudiant puisqu’une école privée ce n’est pas donné […] je me suis dit que si je voulais le faire, je devais le faire par moi-même”

5 ans d’études, 2 écoles dont la 2ème qu’elle s’est imposée afin de se donner le maximum de chance. N’oublions pas les nombreux stages et les expériences qu’elle a enchaînés sans relâche.

A mesure que Virginie me parle de ses expériences professionnelles, son ton conserve sa douceur mais son regard est de plus en plus affirmé.

Et elle me raconte comment elle a appris son métier, comment elle a été piquée par la passion du terrain et son intérêt pour les zones de conflit.

Israël, Etats-Unis, Thaïlande et bon nombre de pays d’Europe, une succession de déplacements mais surtout des rencontres.

Car quand on lui demande ce qu’elle aime dans ce métier, elle semble pouvoir parler pendant des heures de toutes ces histoires, de toutes ces personnes croisées, ces larmes et ces sourires qu’elle s’est donnée pour mission de raconter.

« Ailleurs, il y a des gens qui vivent des choses et si personne ne le raconte qui le saura ? »

 

Cap sur BFM.

C’est une journaliste déjà bien armée qui arrive à BFM. Virginie Sainsily vient d’entrer dans sa seconde école où elle suit une nouvelle formation. Cette fois en alternance et dans un établissement reconnu par la convention des journalistes. Une décision prise afin de mettre le maximum de chance de son côté.

Elle est alors JRI (Journaliste Reporter d’Image) – comprenez qu’elle est derrière la caméra – et semble me faire comprendre qu’elle ne caressait même pas l’espoir de passer devant la caméra en tant que rédactrice. Alors n’imaginons même pas présentatrice de JT.

Je m’interroge alors sur les raisons de cette évolution en pensant revenir sur la question plus après. Mais c’est en lui demandant quel était l’événement le plus marquant de sa jeune carrière que j’ai obtenu ma réponse.

 

« Le premier événement le plus marquant ? » Elle réfléchit et semble ouvrir un tiroir d’archives bien trop profond pour ses quelques 28 ans. « Je pense qu’il s’agit du crash de la Germanwing, le co-pilote qui s’était suicidé …»

Moi – Pourquoi ?

Virginie – Pourquoi il s’est suicidé ?

Moi – Non…plutôt en quoi ça t’a marqué ?

Virginie – En fait on était sur un fait divers pas très loin quand ça s’est passé. Donc on nous a demandé d’y aller. Et… je discutais avec un témoin quand on est arrivé sur place et moi comme j’étais encore à la caméra à ce moment là – c’est donc l’image qui m’intéressait – je lui demande de me situer approximativement le lieu de l’impact.

Il me montre du doigt la montagne et il me dit précisément : « bah vous voyez le versant là ? Eh bien c’est juste derrière ».

Alors moi… Je cogite. Je finis par lui demander si on peut y accéder à pied et lui me répond : « ouais, ouais, si vous marchez environ 1h vous pourrez y accéder mais par contre c’est de la haute montagne quoi… ».

Je lui ai dit direct « c’est pas grave, banco ! Est-ce que vous pouvez m’accompagner ?… »

Donc le mec m’a emmenée et j’ai pu filmer le lieu du crash… ce qui était un peu glauque c’est vrai…Mais j’étais la première AU MONDE à avoir ces images là !

C’est à dire qu’il y avait toute la presse mondiale qui était sur place. Enfin… ils sont arrivés après puisqu’on était les premiers. Donc j’étais la seule à les avoir.

On a revendu les images à toute la presse mondiale et j’ai été interviewée par la presse anglaise, américaine, japonaise… Ça, ça a été vraiment marquant … ça faisait à peine 6 mois que j’étais à BFM. Ça a marqué mon esprit.

Et Virginie conclut comme vous et moi nous l’aurions fait : « Ça a aussi marqué l’esprit de mes chefs, donc peut-être qu’à partir de là, ils se sont dit que la petite là…elle en a !”

Comme peut-être certains d’entre vous, je me suis rappelé de ces images et sur le moment j’étais à la fois admiratif mais également gêné à l’idée de cette scène.

Et c’est là que le discours qu’elle me tint un peu plus tard fait sens.

Car pour Virginie Sainsily le journalisme est avant tout une aventure humaine, c’est également un métier dur et parfois opaque pour le grand public. Mais qui demeure noble de par la responsabilité qu’a le journaliste de raconter les histoires qui lui sont confiées de la façon la plus fidèle et la plus juste tout en respectant les 1m10s que doit durer un sujet.

Pas toujours facile ! Mais pour ceux qui douteraient encore elle espère « qu’avec le temps les gens comprendront que les journalistes ne sont pas des vendus. »

 

 

Une humble vocation

Qui pourrait en douter ?! Virginie Sainsily aime son métier ! Et c’est avec beaucoup d’humilité qu’elle poursuit sa carrière en tant que femme et antillaise ce qui est une « double fierté » pour elle.

“Je suis fière d’autant que les femmes sont peu représentées et les minorités visibles, il n’y en a pas beaucoup. Chez BFM TV, ils essayent quand même de les mettre en avant et de respecter la parité et c’est peut-être pourquoi je me sens si bien dans cette rédaction”

Et quand je lui parle de son île d’origine la Guadeloupe, une guadeloupéenne présentatrice « c’est pas mal » me lâche t-elle sereinement. Elle savoure discrètement ses victoires tout en pensant déjà à la suite.

Son seul regret c’est évidemment l’absence de sa mère, disparue à la fin de l’année 2016, et avec qui elle aurait, naturellement, aimé partager ce moment. Celle qu’elle décrit comme une « boule de bonheur et de joie de vivre » lui a légué ses valeurs et sa simplicité que Virginie applique parfaitement. Ce qui lui permet de voir les choses avec beaucoup de recul : « La télévision n’est rien d’autre que la télévision nous sommes journalistes. Nous ne sommes pas là pour être des stars ».

Alors pour elle, pas de grandes manifestations de joie. Cette bonne nouvelle, reste dans la continuité du lourd travail qu’elle a accompli ces dernières années. Sa priorité c’est le terrain et elle semble presque se satisfaire que cette promotion ne soit que temporaire.

Loin de prendre cette position de présentatrice comme un accomplissement elle ne cesse de me répéter que « ce n’est qu’un début ». Alors ne vous étonnez pas que je ne cesse également de vous répéter son nom, car Virginie Sainsily est sans aucun doute un nom qu’il faudra retenir.

 

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