Ca y est l’été est arrivé à Paris. Les journées se rallongent et le soleil de 20h00 est encore plus doux lorsqu’on en profite en terrasse, un verre de rosé ou un mojito à la main. C’est dans cette atmosphère de fin de journée tiède que nous nous sommes rendues au Pop up du label au 14 rue Abel dans le 12ème arrondissement. Au programme d’hier soir de jeunes talents tout droit débarqués d’une autre planète : Ouais Stéphane, le marseillais qui nous parle de plage et de sensualité sur des rythmes acidulés, le romantique Aprile qui a fait le trajet depuis la Belgique et celle pour laquelle nous nous sommes déplacées, l’envoutante Mélissa Bon.

Quelques minutes avant sa prestation, je vais à sa rencontre pour lui signifier ma présence et lui demander une interview après son show. Melissa accepte très décontractée et le sourire aux lèvres. Lorsqu’elle arrive sur la scène l’énergie qu’elle dégage est magnifique. Á l’image de la musique qu’elle crée, à la fois douce, fragile et mystérieuse. Dans son élégant smoking noir, la chanteuse de vingt-quatre ans nous interprète quelques titres de son premier EP, Away, qui sortira le quinze juin prochain. Dès les premières notes, on se laisse transporter dans un univers où se rencontrent des influences de Sade et de James Blake.

Très vite on est frappé par une chose : il y a deux Mélissa sur scène. L’une est véritablement habitée par sa musique et se balance aux rythmes des percutions qui s’étirent puis dans un sursaut s’accélèrent. L’autre Mélissa apparaît entre deux morceaux. Elle est plus timide, émue aussi par les acclamations de son public. Avec ses mains elle capture les volutes d’une fumée invisible comme pour nous hypnotiser d’avantage. On ne peut pas retenir quelques mouvements du bassin pour accompagner ces mélodies et des vocalises qui frôlent le lyrisme.

Après les applaudissements d’un public plus que conquis, je laisse le temps à Mélissa de saluer ses proches puis je vais à sa rencontre…

Crédit : Elina Tran

RTM : Salut Melissa ! Pour commencer, comment est-ce que tu te sens après ta prestation de ce soir ?

Mélissa Bon | Je me sens hyper bien ! Délivrée quelque part ! C’est toujours un moment riche en émotion et un peu particulier de sortir de scène. Ça fait plaisir de voir ses proches, de voir les gens qui me suivent depuis un moment, qui ont fait le déplacement ce soir.

RTM | C’est marrant parce qu’on à l’impression sur scène qu’il y a deux Mélissa : il y a Mélissa qui chante, qui transmet beaucoup d’énergie et puis juste après il y a Mélissa qui s’adresse à son public, plus timidement. Que peux-tu nous dire à ce propos ?

Mélissa Bon | C’est vrai, mais je n’ai jamais eu la volonté de travailler sur un personnage ou un alter ego pour la simple et bonne raison que j’écris à propos de choses que j’ai vécu. Je me sens habitée quand je les chante parce que ce sont des moments très intenses pour moi. Quand je suis entre deux titres il y a toute ma timidité et toute ma gène qui reprennent le dessus. Là c’est la Mélissa de tous les jours et celle qui n’est pas dans cette profondeur. Mais cette dualité me vient naturellement.

RTM | Tu commence la musique à quinze ans, à l’époque c’est quoi le déclic ?

Mélissa Bon | J’ai toujours été sensible à la musique. Plus jeune je chantais dans ma chambre, je chantais un peu partout, tout le temps, sans vraiment y réfléchir. Un jour ma tante m’a entendu chanter et c’est elle qui m’a plus ou moins introduit à une équipe avec qui j’ai commencé à faire des concerts. J’ai été jeté assez rapidement dans la cage aux lions et j’y ai pris goût. Dans ma famille je suis la seule à avoir cette passion pour la musique. Mes parents me racontent souvent comment toute petite je chantais toutes les chansons Disney que je regardais parce que j’en regardais beaucoup (rire). La musique a toujours fais parti de moi.

RTM | Le grand public fait ta connaissance pour la première fois dans The Voice donc j’imagine qu’on doit t’en parler souvent mais comment est-ce que tu t’ai servi de cette expérience et qu’est-ce qui a changé depuis ?

Mélissa Bon | C’était de toutes les façons une grosse expérience dans ma vie. Je faisais déjà de la scène avant The Voice mais essentiellement des reprises. C’est une autre dimension quand on arrive sur l’émission avec toute la machine que ça représente. La scène, le public, le rapport télévisuel, etc. c’est un environnement qui est hyper impressionnant. Mais c’est aussi une belle expérience humaine. Et puis ça a été un tremplin pour moi puisque ça m’a permis de rencontrer les deux réalisateurs qui m’ont accompagnés pour ce nouveau projet. Indirectement ça m’a servi dans mon projet actuel donc je ne peux pas éviter l’épisode The Voice que je considère comme une belle expérience passée.

RTM | Tu viens de sortir ton premier clip, ton premier EP sort le 15 juin prochain, comment est-ce que tu te sens ?

Mélissa Bon | Tout ça est le fruit de trois années de travail intense. Tout a démarré par la recherche de composition et d’écriture. J’ai mis beaucoup de temps à me libérer et à transcrire mes émotions. C’est un processus qui a été assez long ce qui fait qu’il y a un an j’avais hâte. Je me disais « il faut que ça sorte », « je peux plus garder ça pour moi ! » (rire). Lorsque le clip de Blank est sorti je l’ai vécu comme une délivrance. Je me suis sentie allégée, libérée d’un poids. J’ai eu comme une espèce de redescente de pression. J’étais hyper fatiguée pendant trois jours mais ça m’a fait vachement de bien.

 

Crédit photo : Elina Tran

 

RTM | Où es-tu allée piocher tes influences pour ce premier EP ?

M.B. | Il y a un mélange de plusieurs choses. Par exemple, sur toute la partie électronique, il y a beaucoup de James Blake parce que je l’ai écouté en boucle. Par ailleurs, j’ai grandi avec la musique de Sade, donc ce sont des influences qui font parti de moi et qui transpirent forcément dans ma musique. On peut aussi citer London Grammar que j’aime beaucoup. Il y a un peu ces trois références là mais pour autant sur lesquelles je ne me suis pas appuyée quand j’ai travaillé. C’est-à-dire que j’ai commencé par jouer du piano chez moi et à écrire des trucs qui me sont venus comme ça. Il s’avère que parce que j’ai beaucoup écouté tous ces artistes, ça ressort dans ce que je fais.

RTM | Tu nous parle de musique électronique qui est très présente dans cet EP, comment s’est faite la collaboration avec tes musiciens ?

M.B. | J’ai commencé par travailler au piano et à la voix et j’ai présenté le résultat aux deux réalisateurs qui ont arrangés le projet. Très vite j’ai été mise en contact avec Alexandre Saada, mon pianiste et Arnaud Girard, qui est aux percutions et aux machines. On a fait une première session d’enregistrement très peu de temps après que je présente les morceaux de démo et le feeling est passé.

RTM | Sur scène et sur les réseaux sociaux tu apparais au naturel pourtant tu a rédigé un article à propos de tes cheveux et à quel point ils te complexaient étant plus jeune. Sachant que RTM s’adresse majoritairement à des lectrices noires ou afro-descendantes, qu’est-ce que tu as envie de leur dire de la beauté noire et de l’acceptation de soi ?

M.B. | Je suis à moitié éthiopienne et franco-suisse et j’ai grandi dans une espèce de dualité. J’avais un manque de repères parce que je voyais tous mes cousins qui étaient éthiopiens et à côté j’allais à l’école et mes camarades étaient tous blancs. Par ailleurs Je n’ai pas été baigné dans la culture éthiopienne et je ne suis allée qu’une fois en Ethiopie. Dans le regard des autres je n’étais ni suisse ni française, mais je ne me sentais pas non plus éthiopienne. C’était un paradoxe que j’ai mis beaucoup de temps à accepter. Je pense que c’est important de savoir qui on est et d’où on vient. Si on n’a pas eu l’occasion de le ressentir dans notre éducation, il faut essayer de renouer le plus possible avec la richesse que représentent nos origines. Pour moi les cheveux font partie de l’identité d’une personne.

Pour revenir à cette époque de ma vie, je me rendais compte que je passais les trois quarts de mon temps dans la salle de bain à me tirer les cheveux. J’allais chez le coiffeur, blanc, pour me les faire défriser. Et au bout d’un moment je me suis rendu compte que je les perdais par poignées. Je ne comprenais pas pourquoi je me battais autant pour ressembler à ce que je ne suis pas. J’ai fini par accepter, j’ai passé le cap un peu du jour au lendemain en me disant qu’il faut que j’apprécie ce que j’ai.

RTM | Enfin c’est quoi pour toi une Reine Des Temps Modernes ?

M.B. |  Une reine des temps modernes c’est une femme qui s’accepte pleinement dans sa féminité et dans sa masculinité. Qui a un esprit libre, ouvert et émancipé. Elle évolue avec son époque tout en conservant tout son bagage culturel et émotionnel. Elle prend les bagages que sont sa vie et ce qui l’entoure et elle les porte avec elle.

Á toutes nos reines et à tous nos rois, vous pourrez retrouver l’EP de Mélissa Bon à partir du 15 juin sur toutes les plateformes digitales : Deezer, Spotify, Itunes store, Apple music, Qobuz, Amazon music, Napster et Google play. Mais sans plus attendre on vous laisse découvrir Blank, le premier clip de Mélissa.

 

Contributrice

ValerieLa
ValerieLa
Valérie, 26 ans, je suis accro à Instagram et je ne me soigne pas. J'ai décroché mon master en histoire de l'art entre deux hashtags. Je ne m'ennuie jamais : je dessine.

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