Valérie Lavital (Illustratrice) – ” Etre illustrateur, c’est mettre sa technique au service d’une idée.”

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Aujourd’hui direction la Guadeloupe, à la rencontre de notre QUEENSPIRATION de la semaine. Elle s’apelle Valérie Lavital et elle est illustratrice. Trouver sa voie, définir son style, être son propre patron, évoluer en tant qu’artiste sur une île, sont tant de sujets que nous avons eu la chance d’aborder avec Valérie. Une passionnée de son art, dont la créolité émane à chaque coup de crayon et de pinceau.

Crédit : BlxckDreadShot

RTM | Bonjour Valérie, est-ce que tu pourrais te présenter à nos lectrices et nos lecteurs ?

Valérie | Je m’appelle Valérie Lavital. J’ai 28 ans. Je suis née et j’ai grandit en Guadeloupe et je suis illustratrice depuis maintenant 2 ans.

RTM | Parles-nous de ton parcours ? Comment devient-on illustratrice ?

Valérie | Après l’obtention de mon bac, j’ai intégré le CMA, le Centre des Métiers d’Arts de Bergevin, en Guadeloupe. C’est l’artiste Yohan Pedre, qui était l’ami d’un ami à l’époque qui m’en avait parlé. Au CMA, on te prépare à passer les concours des écoles d’arts. A la suite de cette formation d’1 an, j’ai intégré les Beaux Arts d’Angers. J’y suis restée 1 an. Je pense que le cursus ne me convenait pas.

Les Beaux Arts sont orientés arts contemporains, on t’apprend à conceptualiser tes idées. Alors que j’étais plus dessin. J’étais plus arts appliqués que beaux arts. Je ne voulais pas quitter Angers. Du coup, je me suis ensuite orientée vers une école qui faisait de l’Histoire de l’art : l’UCO, l’université Catholique de l’Ouest. C’était une école privée catholique. Je n’avais jamais été en école privé. J’ai pu poursuivre ce cursus grâce à une aide de la Région Guadeloupe. J’y suis restée 4 ans. J’ai enchaîné avec un Master à Paris toujours en histoire de l’Art, où je me suis spécialisée sur la Biennale de la Havane de 1989. Je m’en suis sortie mais ça n’a pas été un long fleuve tranquille. Je ne suis clairement pas l’élève idéale.

A la fin de mes études, j’ai fait une année de pause. Une année pendant laquelle je ne parvenais plus à dessiner. Pendant cette année « sabbatique », j’ai réalisé une liste des choses que j’avais envie de faire. J’ai noté : écrire, lire et dessiner tous les jours.

Il a fallu près d’un an pour que je me remette à dessiner. J’ai même cru pendant un temps que je ne savais plus dessiner.

Quand le dessin est revenu, j’ai réalisé à quel point j’aimais ça. J’ai donc commencé à me renseigner sur Internet « Comment devenir illustratrice ? ». Je suis tombée sur le blog d’Elodie Paper Good, une illustratrice qui donne tout un tas de conseils sur comment devenir illustrateur, faire ses devis, avoir une méthode de travail. C’est comme ça que j’ai commencé.

RTM | Comment décroches-tu ton premier contrat en tant qu’illustratrice ?

Valérie | J’ai monté mon entreprise lors de mon retour en Guadeloupe. Quelques temps après, je suis repartie sur Paris pour suivre une formation donnée par The Family. J’ai suivi une formation qui associait des créatifs à des start-ups. C’était un programme sur 2 mois pendant lequel ils nous formaient à travailler dans l’esprit start-ups. C’était une chouette expérience.

Pendant cette formation, j’ai été contactée par une entrepreneure passionnée par l’éducation, qui souhaitait proposer une réforme de l’éducation en France. Elle a écrit un livre à ce sujet et m’a demandé de réaliser les illustrations de l’ouvrage. Ca a été mon premier contrat.

RTM | Comment tes parents ont-ils soutenus tes choix ?

Valérie | Mes parents m’ont toujours soutenue. Ils m’ont même poussée vers cette voie.

Pour l’anecdote, quand j’étais en 3ème, je voulais devenir vétérinaire. Je me rappelle avoir effectué un stage chez le vétérinaire chez qui j’allais. Il y avait deux opérations de castrations de prévu. Rapidement, je ne me suis pas sentie bien. Ma grand-mère a du venir me chercher parce que ça n’allait pas du tout (Rire).

Du coup, je me suis dit, vétérinaire ce n’était pas pour moi. Au moment de l’orientation au lycée, c’est ma mère qui m’a conseillée de faire des études d’art. Elle me disait que j’avais toujours aimé ça. Ce à quoi j’ai rétorqué que j’avais envie de gagner de l’argent. Je ne pouvais donc pas être artiste. Elle m’a poussée et sur ses conseils, je me suis dit « pourquoi pas ».

“L’univers dans lequel je m’exprime, c’est le rêve. “

RTM | Comment définirais-tu le métier d’illustrateur ?

Valérie | Etre illustrateur, c’est mettre sa technique au service d’une idée. Ca peut être de l’illustration au service de l’éditorial, d’un livre, d’un article, d’une bande-dessinée. Il faut réussir à retranscrire l’idée d’autrui par le dessin. Ce n’est pas toujours évident parce qu’il faut faire un gros travail de compréhension et essayer de se mettre à la place de l’autre.

RTM | En tant qu’illustratrice(teur), le plus difficile semble de réussir à trouver sa pate qui permettra de se distinguer. As-tu l’impression d’avoir trouvé la tienne ?

Valérie | Je suis encore dans une phase de recherche de style. Je pense avoir réussi à trouver l’univers dans lequel je m’exprime, surtout quand il s’agit de mes productions. Mais j’ai encore du travail au niveau du style. Je pense que c’est quelque chose que l’on ne cesse de travailler.

Pour trouver son style, il faut pratiquer, et ne pas être trop exigent avec soi-même selon moi. Il faut essayer, tester des choses, des techniques, des outils, jusqu’à ce que l’on trouve ce qui nous correspond. Je sais qu’il y a des choses qui me plaisent, comme faire les figures en noir et dessiner sur papier. Je continue ma recherche.

RTM | Et cet univers dans lequel tu t’exprimes, comment le décrirais-tu ? 

Valérie | En prenant du recul sur mon travail, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de portraits, de figures, rarement de groupes. Mes personnages sont souvent isolés. L’univers dans lequel je m’exprime, c’est le rêve.

J’aime proposer des proportions qui ne sont pas exactes, qui ne sont pas respectées. J’aime que les choses soient plus ou moins justes. Oui, je montre des corps, mais ils peuvent être difformes.

Mon univers s’inscrit dans différents questionnements : celui de la femme, le fait d’être noir même si ce n’est pas une priorité. Je m’interroge également sur ma personne et mes états d’âme.

Tête Plante – Valérie Lavital

RTM | Tu faisais partie des artistes exposés à Paris à l’occasion de l’exposition « Décolonisation du créole ». Quel a été ton apport à cette exposition ?

Valérie | Le timing était assez impressionnant, voire improbable. J’avais commencé une série sans trop savoir où je voulais aller. Je savais juste que je souhaitais m’interroger sur le terme exotique.

Bien que je comprenne son sens, son utilisation reste malheureusement assez problématique. On l’utilise généralement pour désigner ce qui est loin de nous.

Quand tu viens des Antilles et que tu arrives en France, c’est un terme auquel on  va facilement t’associer. Tu deviens rapidement « la princesse des îles ». Pendant cette période, je me questionnais sur ce mot, sur ce que j’avais envie de répondre à ces préjugés. 

Pour l’exposition, j’ai donc proposé une série de portraits de femmes principalement qui posent avec un fruit ou une fleur, et un couteau. La première illustration montre notamment un couteau planté dans la table. Sur les autres illustrations, le couteau est présent mais de manière moins ostentatoire.

Je voulais représenter l’expression « sé kouto sèl ki sav sa ki an kè a jiromon ». (Seul le couteau sait ce que contient le giromon).  Seul toi sais ce qui se passe à l’intérieur de toi. C’est toi qui te définis, qui te réappropries qui tu es, qui défends ton identité. Le fruit représentait ce que l’on défend, que l’on protège, qui nous appartient.

RTM | Une exposition solo en vue ? 

Valérie |  Pas tout de suite. J’ai envie de travailler sur d’autres séries. Je n’ai pas assez de matières pour une exposition solo mais c’est clairement dans un coin de ma tête. 

RTM | Peux-tu nous citer des illustratrices qui t’inspirent ?

Valérie | L’artiste Aurélia Durand. Son travail est très coloré, très vivant, très expressif.  Egalement la peintre Ines Longevial . J’aime ce qu’elle fait. C’est doux et très poétique. Et l’artiste Pinghatta . J’aime beaucoup ce qu’elle fait, elle représente souvent des personnages féminins aux épaules très larges. C’est très coloré. Il y a pas mal de références à la mode. J’aime son univers.

RTM | Etre illustratrice en Guadeloupe ! Comment se fait-on sa place ?

Valérie | Au départ, je suis rentrée en Guadeloupe parce que je ne trouvais pas d’appartement sur Paris. J’ai donc pris la décision de rentrer pour me poser, lancer mon activité et envisager un déménagement une fois que j’aurais une stabilité. Ce qui est certain, c’est que ce ne sera pas Paris.

En ce qui concerne la Guadeloupe, c’est un petit marché, qui n’est pas forcément évident, mais il faut réussir à s’y faire connaître, dire qu’on est là.

A mon retour, j’ai été mise en contact avec l’artiste martiniquais Arthur Francietta. On a pas mal échangé sur comment travailler en Guadeloupe ou en Martinique. J’ai également la chance d’avoir gardé de bonnes relations avec mon ancien professeur du CMA, Thierry Bergam, lui aussi illustrateur, qui me donne des conseils et me fait rencontrer des éditeurs.

Je suis encore à mes débuts, mais je vois l’évolution.

The Underdog – Valérie Lavital

RTM | Peux-tu nous citer 3 femmes qui t’ont inspirée ?

Valérie | Il y a Michelle Obama, dont j’ai lu le livre et vu la conférence à Paris. A aucun moment je ne veux prétendre à ressembler ou m’approcher de ce qu’elle est, mais elle m’inspire. Elle a une telle force de caractère. Elle reste également très simple. C’est assez impressionnant. Elle ne paraît pas inaccessible. Elle force l’admiration et le respect. C’est une grande source d’inspiration.

Maryse Condé, l’autrice d’un de mes livres préférés, Moi, Tituba la sorcière. J’aime sa façon d’écrire, de décrire la femme. Et enfin Gisèle Pineau. Quand elle écrit, j’ai l’impression de voir ce qu’elle dit. Il y a une fluidité… Deux femmes guadeloupéennes qui ont un rayonnement au delà de nos frontières.

RTM | Que lis-tu en ce moment ? 

Valérie |Je lis La voie du créatif de Guillaume Lamarre. Un livre qui traite de la créativité. Un petit guide pour les créatifs.

RTM | Qu’est ce que tu nous réserves pour 2020 ?

Valérie | Je travaille sur un projet perso qui mêle écriture et dessin.  Il s’agit d’un scénario que je souhaiterais illustrer. Je travaille encore sur la forme.

RTM | Qu’est ce qui fait de Valérie une Reine Des Temps Modernes ? 

Valérie | Le fait que je me remette tout le temps en question et que je sois toujours en construction. A une époque, naître femme, c’était avoir une voie toute tracée. Aujourd’hui on peut se redéfinir en permanence. Ma mère en est un bel exemple. A 60 ans, elle s’est reconvertie, a repris ses études et fait un CAP en petite maroquinerie. Je suis une Reine Des Temps Modernes parce que je me réinvente chaque jour.

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