C’est la fin des vacances pour certaines, mais restons dans un mood Kiki-do-you-love-me, puisqu’apparemment c’est le son de l’été.

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Voici la réponse que j’entendais en 2014 quand je parlais de mon projet de partir en backpack en Indonésie. Une réponse souvent suivie d’un « t’es folle.. » plutôt inquiet qui signifiait « Une fille, Noire de surcroît, en mode Dora toute seule en Asie ? ».

Cette réaction m’étonnait à moitié, car :

  1. je ne connaissais personne de mon entourage qui l’ait fait
  2. C’était une première et j’avoue, j’avais un peu peur
  3. Je dois admettre que j’ai moi aussi longtemps vu ça comme « un truc de blancs ». Au même titre que le théâtre, la rando ou regarder Hercule Poirot sur TMC (choses que je kiffe de ouf en vrai :O).

Mais alors… Comment en suis-je arrivée là ?

Grâce à une amie qui m’a rendue le meilleur service qui soit en me ‘ghostant’ deux mois avant de partir (Comtesse du Rougail si tu me lis, god bless u).

J’avais 24 ans, je venais de terminer mes études et ça me déprimait. Pour faire court, j’avais l’impression de ne pas avoir les compétences requises pour survivre en entreprise et je ne savais pas quoi faire de ma vie. Honnêtement j’en sais pas beaucoup plus aujourd’hui, mais ça fera peut-être le sujet d’un autre post..

Au milieu de cette déprime, mon amie et moi avons décidé de prendre des vacances bien méritées avant d’entamer 45 années de souffrance sur Excel. Après de nombreuses recherches impliquant des critères essentiels tels que le coût de la vie, la culture, le rapport aux Noirs/niveau de racisme/deux-Noires-ont-elles-une-chance-de-survie ? ou encore le climat, nous avons opté pour un départ en Indo début juillet.

Sauf qu’à partir du mois d’avril précédent, CDR (Comtesse du Rougail, pour celles qui ne suivent toujours pas) faisait la morte: plus de réponses aux mails et aux textos, désertion du Google Doc et changement systématique de sujet dès que j’abordais prudemment la question. Au bout d’un moment, elle a quand même admis que c’était difficile pour elle de partir aussi loin toussa toussa..

Du coup, je fais quoi ?

1ère réaction: être vénère. Honnêtement je l’aurais bien tuée si elle n’avait pas disparu dans un écran de fumée.

2nde réaction: J’y vais toute seule ou… ?

3ème réaction : Oui.

Je vous épargne la description des deux mois précédant le voyage où j’ai bossé nuit et jour (littéralement) pour me payer mon séjour, le stress, les soirées à surligner mon Lonely Planet et surtout les mensonges éhontés à ma mère « Oui, je pars avec ma copine Margot » – alors que je n’ai aucune pote de ce nom.

Le 8 juillet 2014, j’ai pris mes billets et j’étais morte de peur. Je me demandais si c’était une bonne idée, si j’allais pouvoir me débrouiller toute seule, supporter la solitude… Mais au fond de moi, je savais qu’il fallait que je le fasse.

Le 22 juillet, j’étais dans l’avion et le lendemain j’arrivais à Jakarta.

A la minute où je suis sortie de l’avion, alors que je me prenais cette vague de 35 degrés en pleine face, je savais que j’avais fait le bon choix. Je me sentais libérée de je ne sais trop quoi, contente, excitée, euphorique, limite émue alors que je suis un robot.

Les deux mois suivants ont été intenses : beaucoup de découvertes, des expériences que je n’aurais jamais envisagées (genre dormir dans la jungle et choper la dengue), de nouveaux amis avec qui je suis toujours en contact 4 ans après. J’en suis sortie grandie et changée: un peu moins nerveuse, plus sociable et plus indépendante (peut-être trop :p).

Et depuis ?

Et depuis, je ne pars en vacances que comme ça, à quelques week-ends près. Les mauvaises langues diront que c’est parce que je suis difficile à vivre (j’avoue.. un peu) mais à vrai dire je ne me suis jamais autant sentie Moi que lorsque je suis loin de mon quotidien. Il y a un sentiment de liberté inégalé à ne pas savoir ce que l’on va faire de sa journée ou de sa semaine, à décider de son itinéraire au gré des rencontres ou de son humeur. Je suis convaincue qu’il faut l’avoir fait au moins une fois dans sa vie, pas forcément très loin et très longtemps, mais au moins essayer.

Enfin, pour en revenir à la question initiale, Non ce n’est pas un truc de blancs. Même si j’admets que dans les destinations que j’ai choisies, je n’ai pas vu beaucoup de Noir-e-s, seul-e-s ou entre amis/en famille. Pas à chaque coin de rue en tout cas.

Mais les choses évoluent. A mon échelle, je vois de plus en plus de copines/cousines qui mettent à mal ce cliché selon lequel ‘Les Noirs ne voyagent pas’ (à part pour aller bled.. smh..). A l’échelle mondiale, ça s’exprime par plus de visibilité sur les réseaux sociaux, comme le montrent de nombreux comptes (et hashtags) sur Instagram: @travelnoire, @blackvoyageurs ou encore @blackgirlstraveltoo.

Pour finir, comme pour beaucoup de choses dans la vie, faites ce que vous voulez et ne vous mettez pas des barrières sous prétexte que ce n’est pas un truc fait pour vous ou pour des gens qui vous ressemblent. Faites-le, basta.

Contributrice

Saba Nbk
Saba Mn
Curieuse de nature. J'aime lire, voyager et le jaune.

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