Non mais moi je ne vois pas les couleurs (ou plutôt je n’en subis pas les conséquences) !

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Le point de départ de cet article (eh oui parce qu’il y en a toujours un) c’est une collègue qui n’arrêtait pas de me dire que je parlais constamment de la couleur des gens. Que j’étais obsédée par ma couleur de peau !

Elle me reprochait de faire une fixation sur la couleur de peau. J’ai alors réfléchi et effectivement je parle beaucoup de ma couleur de peau, des couleurs de peaux, mais pas par plaisir plutôt parce que quoi que je fasse « on » (les médias, les politiques, les employeurs au choix) me ramène à cette couleur (que j’adore !).

Ces personnes qui ne voient pas les couleurs, I am colorblind. I see people, not color !

Selon ma collègue pour moi, tout tournait autour des couleurs, elle ne comprenait pas pourquoi j’en parlais constamment car ELLE ne voyait pas les gens par le prisme de la couleur. D’ailleurs elle me disait qu’elle voyait l’être humain avant de voir sa couleur de peau.

Au début j’ai douté en me disant que peut-être cette question était trop présente dans mes conversations, mes questionnements. Que certains sujets ne devaient peut-être pas être abordés sur le lieu de travail. Puis j’ai réfléchi et en fait non. Non je n’aimais pas particulièrement parler de ma couleur ou de mes origines. Non ce n’était pas mon sujet de prédilection mais j’en parlais parce qu’en France c’est une réalité qui parfois dérange.

En France, quand on est noir.e et que l’on se revendique français ça cloche car « on » (les médias, les politiques, les employeurs au choix) nous renvoie à nos origines. En France quand on est noir.e et que l’on se revendique noir.e, français et africain ça cloche on nous invite à choisir un camp. Que faire ?

Mais les personnes qui pensent comme elle sont-elles nombreuses ?

Ma collègue (blanche) m’affirme donc qu’elle ne voit pas les couleurs, c’est sans doute vrai. Elle voit peut-être des personnes sans se soucier de leurs couleurs. Peut-être que dans ses interactions avec les gens elle ne voit pas les couleurs. Je la pense sincère.

Mais

On sait que cela n’est pas le cas de certains policiers parce que en France les noirs ont une probabilité 20 fois plus élevée que les blancs d’être contrôlés ;

On sait que cela n’est pas le cas de certains employeurs qui rechignent à embaucher un.e noir.e dans leurs services car vous savez nous avons déjà eu des noir.e.s dans le service et…;

On sait que cela n’est pas le cas de certaines agences immobilières qui affichent noir sur blanc dans leurs annonces que tel ou tel logement ne pourra pas être loué à des noir.e.s ;

On sait que cela n’est pas le cas de certains rédacteurs en chefs de magazine de mode, beauté, ect. qui rechignent à mettre des noir.e.s en couverture car ce n’est pas vendeur !

La liste pourrait être allongée encore et encore !

Etre noir e n’est pas une variable, dans la vraie vie c’est une constante !

On a récemment entendu les hommes politiques, les personnalités, les journalistes élever la voix pour défendre la francité des joueurs de l’Equipe de France de football et pour qu’ils ne soient par ramener à leurs couleurs ! Soit c’est très bien mais j’ai rarement entendu ces mêmes personnes s’offusquer quand les noir.e.s « lambdas » du quotidien sont discriminés à l’embauche, sont incontestablement plus contrôlés que les autres par la Police, sont ramenés à leurs origines etc etc

Moi aussi j’aimerais avoir le luxe de vivre dans un monde dans lequel ma couleur de peau ne compte pas. Un monde dans lequel ma/notre couleur serait vu comme une force et non une menace.

Seulement une partie de la population française a le luxe, le privilège de vivre dans un monde sans couleur car dans la vraie vie nous vivons avec notre couleur de peau du lundi au dimanche. Pas seulement quand la France est championne du monde !

Saffi

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