Midji Verdol (Entrepreneur) – “J’avais cette petite voix en moi qui me disait que la Caraïbe était mon avenir, que la Caraïbe était l’avenir”

Peut-on vivre de sa passion ? Peut-on faire de sa passion sa vie ? Notre QUEENSPIRATION du jour, elle, a décidé que sa vie n’en serait pas autrement. Sa passion : La Caraïbe. Aujourd’hui consultante en coopération régionale, Midji Verdol nous raconte et se raconte.

RTM | Bonjour Midji, avant de commencer peux-tu te présenter pour nos lectrices et lecteurs ?

Midji | Bonjour, la team. Je m’appelle Midji Verdol, j’ai 31 ans. Mon parcours est assez atypique. Suite à l’obtention d’un bac L, je me suis orientée vers des études de droit que j’ai entamées en Guadeloupe et que j’ai poursuivies à La Sorbonne, à Paris. Rapidement, je me suis rendue compte que j’avais envie d’autre chose. J’ai donc arrêté mes études de droit pour me diriger vers un métier plus libre. Je voulais être indépendante, vivre une vie en adéquation avec mes aspirations de vie et de confort. Je me suis rapidement tournée vers l’évènementiel.

J’ai commencé par effectuer des prestations juridiques, relatives à mes compétences. Puis, mes différentes expériences m’ont poussé à aller sur le terrain. J’ai découvert la réalité du booking, des tourneurs, du spectacle. J’ai touché à pratiquement tous les métiers : assistante, chauffeur, bookeur… J’ai même été Manager pendant 1 an et demi. Plus les mois passaient, plus je ressentais l’envie de rentrer sur mon île, en Guadeloupe, de me rapprocher de la Caraïbe. J’avais cette petite voix en moi qui me disait que la Caraïbe était mon avenir, que la Caraïbe était l’avenir. Ce sont ces différentes expériences qui m’ont petit à petit amenées à la coopération.

A mon arrivée en Guadeloupe, je me suis investie dans le Rotary qui m’a permis d’explorer la Caraïbe. Mes casquettes d’agent et de bookeur m’ont également permis de faire découvrir la Caraïbe aux artistes avec lesquels je collaborais. Je me suis également lancée dans l’organisation d’évènements, avec « Les Urban Friday » qui ont connu beaucoup de succès. C’est à la fin de l’expérience Urban Friday, que j’ai décidé de me concentrer sur la Coopération Régionale. Je fais de la Coopération pour rapprocher les gouvernements, les îles de la Caraïbe. Aujourd’hui, je suis donc consultante en coopération régionale. Je suis à la tête d’une structure qui se dénomme « Bridging the Gaps ». J’ai fait de ma passion mon travail et de ma passion mon lieu de travail.

RTM | En langage entrepreneurial, on dirait de toi que tu es « une slasheuse » (multicasquette). Est-ce un terme qui te parle ?

Midji | Complètement. Quand je dépeins mon profil, on se rend bien compte que je peux passer du coq à l’âne, du droit à l’évènementiel pour aujourd’hui évoluer dans la coopération. Je suis impliquée, engagée dans plusieurs projets, je suis sur plusieurs fronts. J’ai la chance  de pouvoir adopter plusieurs casquettes. Je pense que c’est ce qui me plait dans ce que je fais, je ne peux clairement pas m’ennuyer.

RTM | Quels ont été tes premiers contacts avec l’entrepreneuriat ?

Midji | Mes premiers contacts avec l’entrepreneuriat se sont faits à l’âge de 23 ans, lorsque j’ai décidé d’arrêter mes études de droit et de vivre mon rêve d’indépendance professionnelle. A cette occasion, j’ai créé une micro entreprise qui m’a servi pour mes activités durant plusieurs années.

“La Guadeloupe n’est pas que territoire ou collectivité publique français, elle est aussi profondément caribéenne.”

RTM | Selon toi, qu’est-ce qui t’a mené à la Coopération Régionale ?

Midji | J’ai de la famille en République dominicaine. Très jeune, en découvrant cette île, en voyageant dans la Caraïbe, j’ai pris conscience de la richesse de notre bassin. Riche en diversité, riche en culture, riche en histoire, riche de par son identité, de par ses économies. Je souhaitais m’orienter vers un métier qui m’offrirait l’opportunité d’évoluer dans la Caraïbe et de la faire évoluer. Je voulais être une ambassadrice de la zone. Je ne savais simplement pas comment m’y prendre, vers quel métier me tourner. Après 3 années passées en France, j’ai pris la décision de rentrer en Guadeloupe et j’ai commencé à me chercher.

Au départ, je n’avais pas de plan. Je savais simplement que je souhaitais être dans la Caraïbe. J’ai commencé en étant agent d’artistes, ce qui m’a permis d’élargir mon réseau et dans le même temps de m’inspirer de ce que je voyais ailleurs en termes d’évènementiels. Chemin faisant, les choses n’arrivent jamais par hasard, un jour alors que j’étais à la Barbade dans le cadre d’une prestation d’artiste, je découvre le Cricket. Je découvre la force de ce projet dans la Caraïbe, le nombre d’adhérents, la force économique de ce sport et surtout la force de son lobby. Ce fut ma révélation. Je me suis dit, « voilà, c’est ce que tu dois faire ». Tu dois faire de la coopération par le sport. Le Cricket a été ma porte d’entrée vers la coopération régionale. Aujourd’hui, je développe d’autres projets de coopération en dehors de sport pour le compte de gouvernements mais également d’organisations non gouvernementales ou de sociétés.


“J’ai fait de ma passion mon travail et de ma passion mon lieu de travail.”

RTM | Qu’est-ce que le cricket peut apporter à la Guadeloupe ?

Midji | Le cricket permettra d’apporter de la coopération et de la tolérance pour les Antilles-Guyane Françaises qui se rendront compte du fonctionnement des îles voisines et de la richesse que contient la Caraïbe, à travers le sport. Ca nous permettra également d’être moins nombrilistes, nous ne savons pas tout. J’ai pris une belle claque en découvrant le cricket à 25 ans, ça m’a rendue plus humble.

Il y a également des avantages économiques, touristiques et coopératifs. A termes, nous aimerions avoir un stade homologué qui permettra de recevoir des clubs sportifs de cricket, proposer des matchs de compétitions régionales et internationales qui permettront d’approcher des investisseurs, des porteurs d’affaires dans le sport. Le cricket est une réelle manne financière pour nos voisins, pourquoi pas pour nous ?

RTM | Qu’est-ce que la Guadeloupe a à gagner, à se rapprocher de ses voisins caribéens ?

Midji | Se rapprocher de ses voisins caribéens permettra à la Guadeloupe de prendre conscience de qui elle est. Elle prendra conscience également de certaines de ses lacunes identitaires. Il y a des aspects de l’identité guadeloupéenne qui sont complètement inexistants. Exemple tout simple : le drapeau. Nous n’avons pas de drapeau. Comment s’identifier auprès d’une île voisine quand on vient chez elle sans drapeau ? Elle prendra également conscience qu’être libre de ses choix, être indépendante, n’est pas synonyme de pauvreté.

Elle prendra conscience que les pays de la Caraïbe ne sont pas pauvres, bien au contraire. Elle prendra également conscience qu’il y a des peuples vivant à côté d’elle qui n’attendent sur personne pour se réveiller tous les matins, pour manger et avancer. On peut exister sans l’aide de la mère patrie. Et puis elle verra ô combien nous nous ressemblons : le créole que l’on retrouve dans toutes les îles, la diversité culinaire, les accents. La Guadeloupe n’est pas que territoire ou collectivité publique français, elle est aussi profondément caribéenne.

Cricket Fest – Guadeloupe – Décembre 2018
RTM | La notion de réseau est centrale dans ton activité …

Midji | Complètement. Le réseau est très important. On peut ne pas avoir d’argent, mais avoir un réseau pour s’en sortir. J’en suis la preuve vivante. Nourrir son réseau, le consolider, c’est primordial. Chaque réseau a son fonctionnement, il faut l’analyser, l’appréhender avec intelligence et surtout il faut savoir le faire fructifier pour justement évoluer et progresser. Qui dit réseau, dit union, dit progression commune.

RTM | Quel conseil donnerais-tu aux jeunes qui souhaiteraient attaquer le marché caribéen ?

Midji | Le marché caribéen, c’est un réseau. Ce réseau n’a rien d’extraterrestre mais il a ses codes, il y a un certain nombre de règles à respecter. Il faut savoir l’approcher avec finesse. Il faut surtout montrer à ce réseau que l’on sait qui nous sommes, que l’on veut l’approcher avec une réelle identité et que l’on souhaite s’inscrire dans un rapport gagnant/gagnant, donnant/donnant. J’inciterai surtout les jeunes guadeloupéens qui s’intéresseraient au marché caribéen à se renseigner auprès des bonnes personnes, à former une équipe soudée pour représenter un lobby des territoires français de la Caraïbe.

RTM | Comment parviens-tu à trouver un équilibre entre tes différentes activités ?

Midji | Mon équilibre, c’est ma paix intérieure. Ma paix intérieure, je la trouve en faisant ce que j’aime, et j’ai la chance d’aimer ce que je fais, donc je me sens bien. En ce moment, je suis assez fatiguée, mais tout ce que l’on réalise est tellement beau et tellement grand que l’on ressent que c’est pour la bonne cause. Mon équilibre passe par le fait de réaliser ce que j’aime et ce en quoi je crois. Je suis où je devais être. Je suis assez heureuse J.

RTM | As-tu un petit secret « Self-Care » quand ton moral n’est pas au beau fixe ?

Midji | La méditation. Quand j’ai besoin de me retrouver et d’aller mieux, je me reconnecte avec la nature. Nous avons la chance de vivre dans un espace magnifique qu’est la Caraïbe. Nous avons la mer, les rivières, la montagne…C’est là où je me réfugie, où je vais me ressourcer quand mon moral n’est pas au beau fixe. Ma famille également occupe une place importante. Ils sont mon refuge. Ils me permettent de recharger les batteries pour mieux repartir.

RTM | Si tu devais nous citer une difficulté rencontrée pendant ton parcours, quelle serait-elle ?

Midji | L’être humain ! L’être humain est à la fois une force et une faiblesse pour l’homme. Surtout les êtres qui ne sont pas en accord avec eux mêmes. Ils peuvent nous faire perdre du temps, nous éloigner de nos objectifs et de notre façon de faire.  Les ressources humaines sont difficiles à gérer dans un projet quand on veut être leader. Et dans le même temps, on rencontre des personnes extraordinaires qui viennent rééquilibrer la balance. Ma plus grande difficulté a été celle-ci, gérer l’humain.

Cricket Fest – Guadeloupe – Décembre 2018
RTM | Comment l’as-tu surmontée ?

Midji | Je cherche toujours à écouter mon cœur, à faire les choses par amour et avec amour. J’ai toujours pris du recul, pris le temps de me retrouver avec moi-même, de me concentrer sur ce que je voulais, me poser les bonnes questions, sur ce que je veux, qui je suis, où je vais. Et surtout en apprenant à me faire confiance. Les autres ne peuvent pas faire ce que l’on a peur de faire soi-même. Il faut d’abord faire, avant de demander aux autres d’y croire et de déléguer. Ce fut une grande leçon de vie. J’ai grandi en m’investissant dans mes projets, en prenant à bras le corps les difficultés techniques, humaines et financières.

RTM | Peux-tu nous citer 3 femmes qui t’ont inspiré en grandissant ?

Midji | Ma grand-mère Evelyne Denys, décédée récemment. Ma maman adoptive, Marie-Alexandrine Bussman, elle aussi est décédée il y a maintenant 3 ans et Oprah Winfrey.

RTM | Qu’est-ce que tu nous prépare pour 2019 ?

Midji | Calme et renforcement. Pour 2019, je concentre mon énergie sur des projets clefs qui devront tous être la version améliorée de tout ce que j’ai pu réaliser. Structuration de mes procédés de coopération avec la Caraïbe, mieux viser et développer les projets pour les enfants et les adultes. Je vais également développer le baseball dans nos îles.

RTM | Qu’est ce qui fait de Midji, une Reine Des Temps Modernes ?

Midji | Le fait que je croie en moi, que je « leade » avec amour, avec conviction. Je « leade » pour les autres, je leade pour construire, je leade pour mon île et je ne lâche rien. Je leade en visant l’équité, en ne servant que des convictions pures et bienveillantes, pour le bien de mon île. Je pense que c’est ce qui fait de moi une Reine Des Temps Modernes.

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