Ma langue, mon regret

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Quand j’étais petite, lorsque j’entendais mes parents s’exprimer en langue maternelle, j’avais coutume de dire : « Mais qu’est-ce que vous racontez ? Est-ce du charabia ? Je ne parle que français, je ne comprends pas cette langue ». Et d’aussi loin que je m’en souvienne, ils se mettaient tous à rire de mes dires. Plus tard, quand pour la période des vacances scolaires, je fus amenée chez ma grand-mère, je me suis attelée à apprendre les mots de base : j’ai faim, bonjour et bonne nuit. Parfois, ma chère grand-mère était obligée de parler en français pour nous contenter mes cousins et moi, comble de l’ironie, nous trouvions toujours à redire avec une pointe d’amusement mal déguisée à ses paroles.

Je n’ai jamais vraiment ressenti le besoin de parler ma langue maternelle sauf par curiosité pour être au courant de tout en temps et en heure.

Aujourd’hui que je suis en âge adulte, expatriée de surcroît, entourée de personnes d’horizons divers qui trouvent en la moindre occasion un moyen de parler leurs langues, je me sens exclue. Je me dis souvent que, si j’avais l’occasion de retourner en arrière, j’effacerais ce sourire sur le visage de mes proches et j’empêcherai ma grand-mère de s’exprimer en français juste pour me contenter.

J’ai bien envie de rejeter la faute sur eux, de me dire qu’ils auraient dû être plus strict avec cette part de mon éducation, mais je sais tout au fond de moi que la faute m’incombe et que j’ai une part de responsabilité non négligeable.

Je sais à présent que j’ai perdu une part de mon identité et je me demande avec regret ce que j’apprendrai à mes enfants.

 

 

11 COMMENTS

  1. L’apprentissage de sa langue maternelle nous connecte avec notre famille, nos traditions culturelles.
    Il n’est jamais très tard pour retrouver une petite part de cette identité perdue.

  2. Bel article qui résume la situation de la plupart des jeunes africains qui souffrent cruellement d’hybridisme culturel et maka heureusement trouvent leurs langues locales rébarbatives. Mais peut-on alors remonter le temps?
    Je mène ce combat actuellement avec mes trois enfants. Je leur ferai lire cet article.

  3. Je te lis et les mêmes regrets amers sont là…ton article fait remonter en moi les souvenirs d’une conversation que nous avions eu avec wilfried T au sujet de notre “acculturation” il avait predit que ce jour viendrait ou nous partirions à la recherche de notre identité culturelle car nous serions orphelins de ce langage que nous ne nous étions pas donné la peine d’apprendre….
    bel article

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