La culture du viol ou une humanité en perte de vitesse

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En tâchant de réfréner ma colère, je ne comprends ni intellectuellement ni émotionnellement l’existence de la culture du viol. Non seulement cela répond à quelque chose d’illogique mais elle est le signe d’un mode de pensées qui a traversé les siècles de façon erronée et dont on a normalisé le fonctionnement alors même qu’il va à l’encontre de notre propre humanité. 

Si demain on entend qu’un meurtre est survenu, d’emblée, on va éprouver de la compassion pour la victime, sa famille, ses proches, pour tous ses rêves brisés par son départ prématuré. Et à raison car notre humanité, notre capacité à être en empathie, nous pousse à ressentir tristesse et indignation voire colère envers le meurtrier. 

Or, quand on parle de viol, c’est un système de pensée totalement opposé qu’on va adopter. Alors que, les ravages causés par un viol sont du même ordre que ceux d’un meurtre. Cela détruit la victime qui est dans un état d’errance jusqu’à sa résurrection (la métaphore n’est pas de trop), cela bouleverse ses proches et sa famille dont l’annonce les choque et les sidère, cela peut annihiler sa vie de famille et amoureuse. Brisée, la victime peut avoir beaucoup de difficultés a encore avoir des rêves car son énergie sera dépensée à ne pas réveiller sa mémoire traumatique pour ne pas souffrir. Et, rappelons que du point de vue de la loi, le viol et le meurtre sont du même ordre. Je me risquerais même à dire que le meurtre met fin à une vie et c’est l’entourage laissé derrière qui souffre alors que le viol met fin à la vie d’une victime tout en la condamnant à exister encore. C’est être mort-vivant ou un cadavre ambulant.

Pourtant, bien que des hommes soient aussi victimes de viols mais la majorité des victimes est de sexe féminin, dans ces cas-là, la société toute entière va chercher à prouver que la victime à provoquer son viol. 

Comment était elle habillée ? Connaissait-elle son agresseur et l’a-t-elle séduit ? Avait-elle bu de l’alcool ou consommer de la drogue ? Je m’arrête là pour les questions types et absurdes constitutives de la culture du viol car je sens une boule de colère qui remonte en moi.

De fait, le comportement sociétal général sera de se montrer virulent envers les victimes et compatissant envers les agresseurs hommes. Ce mode de pensée n’est que l’illustration même du patriarcat dans toute sa splendeur où je ne m’y connais pas ! N’abordons même pas l’idée reçue selon laquelle l’homme aurait des besoins à assouvir. Les besoins physiologiques – et la relation sexuelle en est d’abord une – sont les mêmes chez les deux sexes. Du moins, rien ne peut prouver que le besoin de l’homme soit supérieur à ou plus incontrôlable  que celui de la femme car personne n’a encore expérimenté d’être dans le corps des deux de façon indépendante pour valider cette théorie. De surcroît, l’être humain se distingue de l’animal par sa capacité à gérer ses pulsions en ayant recours à son libre arbitre. Donc, homme et femme ont cette capacité de résister à leurs pulsions. Sachant que le viol n’est nullement l’expression d’une pulsion mais d’un désir d’asservissement et de destruction de l’autre.

Si toutefois vous pensez qu’effectivement il y a quelque chose de pulsionnel irrépressible chez l’homme, ne pensez-vous pas que cela revient à lui donner un permis de tuer ? Car, si véritablement il ne peut résister à ses pulsions, il pourrait très bien s’emporter dans les transports en commun face à un individu qui le bouscule, sortir une arme et le tuer. Pourquoi lui en voudrait-on ? C’est plus fort que lui ! C’est une pulsion ! Il ne la maitrise pas. 

Balivernes !

À mon sens, ces raisonnements ne font que donner des excuses à des injustices trop longtemps admises et acceptées. En continuant de les accepter aujourd’hui, c’est toute notre sécurité qu’on met en péril, notre principe de justice, notre liberté et même notre humanité ! 

Pouvons-nous encore se dire humain et faire preuve d’empathie quand on reste silencieux devant les viols ? Quand on les cautionne via la culture du viol ? Quand on ne s’indigne pas quand des viols sont commis ? Quand on ferme les yeux sur les souffrances des victimes qui traversent nos vies ? Une telle indifférence peut-elle encore nous faire dire qu’on est humains ?

Je vous laisse sur cette dernière question qui répond à une urgence d’ouvrir enfin les yeux. 

#ilfautquecacesse


Crédit illustration : Maude Bergeron

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