Je ne sais pas être une femme, par Lyvia Cairo

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” Parfois, elle retenait son cerveau de voir la réalité de sa vie. Son métier, c’était du vent. Les conversations qu’elle avait, c’était du vent. Les services qu’elle offrait, c’était du vent. Mais avec toutes les années passées à faire ce job (5 ans, 7 mois et 23 jours), elle avait fait du vent sa réalité “. Ella, dans Je ne sais pas être une femme.

 

J’ai mis du temps à écrire mon avis sur le livre parce que pendant longtemps, je n’ai pas su quoi écrire, quoi dire. J’ai laissé mes sentiments infuser, je me suis laissé le temps d’y penser, de m’interroger, et de comprendre pourquoi j’hésitais à donner mon avis sur ce livre qui si on en croit les revues sur le net, est un franc succès littéraire.

Je vous raconte tout depuis le début. Quand Lyvia Cairo a annoncé la publication de son livre, j’étais parmi ceux et celles qui comptaient les jours pour l’avoir entre les mains (ou dans mon cas, dans mon Kindle). Il faut dire que je suis tombée amoureuse de la plume de Lyvia il y a un peu plus d’un an, puis quand je l’ai rencontrée, les expériences que nous avons vécues ensemble lui ont forgée une place spéciale dans mon cœur. Tout ça pour vous dire à quel point j’attendais son livre ! Une femme que j’aime et que j’admire, une plume que j’apprécie beaucoup, une sœur avec qui je me sens des atomes crochus, une auteure engagée dans des combats que je partage. Une influenceuse, afro descendante, qui publiait dans l’un de mes genres préférés, la romance et l’érotique. Que demander de plus ?

Avant d’aller dans le vif du sujet, je dois vous dire que je suis lectrice avide du genre depuis des années. Je sais ce que je recherche dans mes lectures, ce que je veux ressentir à la fin du livre, ce que je veux vivre. Ce qui fait que bien que je lise beaucoup de romance et d’érotique, je lis en général les mêmes auteurs parce que je suis familière de leur plume, et je dévie très rarement de ce groupe d’auteurs. Je ne sais pas être une femme était donc à la base une sacrée sortie de ma zone de confort littéraire, ne serait-ce que parce que je ne lis jamais de romans érotiques en Français.

J’ai donc ouvert le livre, et c’est ici que les choses se corsèrent. Je ne parle pas ici de l’écriture même du livre, étant donné que je suis fan du style de l’auteur depuis un bout de temps. Je veux parler de ce qu’un livre peut et doit soulever en vous, vos tripes, votre centre, votre cœur ou votre entre-jambe.

Dès les premières pages, je me suis sentie mal à l’aise. J’ai eu du mal à accrocher avec Ella. Parce qu’elle était sensée me ressembler, je pensais pouvoir plonger dans le bouquin immédiatement en m’identifiant à elle. Ce n’est pas arrivé, et j’ai donc lu tout le livre, sans pouvoir m’approprier le personnage et rentrer dans son histoire. Moi qui aime m’immerger dans une histoire dès les premières phrases du livre, c’était loupé. Ce sentiment d’inconfort s’est poursuivi jusqu’à la fin du livre.

J’ai pris le temps d’interroger cet inconfort, et voici ce qui en est ressorti :

  • J’avais des attentes bien précises par rapport à ce que j’avais lu au sujet du livre, avant même de l’avoir ouvert. Alerte : Je ne sais pas être une femme n’est pas une romance. Ce n’est pas non plus un livre érotique, malgré quelques scènes chaudes à l’intérieur. Ce n’est pas non plus un livre de développement personnel. Ce n’est pas un roman de gare, qu’on lit rapidement lors d’un vol et qu’on oublie dans l’avion. Ce n’est pas un livre juste pour passer le temps. « Je ne sais pas être une femme » est un livre qui se lit en conscience. Et de ça, personne ne m’avait prévenu ! J’avais mis le livre, avant même de l’avoir ouvert, dans une case je dois dire assez étroite, et j’ai eu du mal à arracher les contours de cette case et jusqu’aujourd’hui, le livre est un OVNI dans ma bibliothèque. Il m’a fait réaliser à quel point j’étais cloisonnée dans mes lectures. C’est vrai. A part mes pauses romantico-érotiques, les livres vers lesquels je me tourne en général sont plutôt du côté du spirituel, business, ou littérature Africaine en générale, sans me cantonner à un genre spécial. En gros, pour mon plaisir, si vous n’êtes pas un auteur Africain -ou Afro descendant- (tous genres et toutes époques confondus) ou si vous n’êtes pas un auteur romance américain, il y a peu de chances que je vous ai dans ma bibliothèque. « Je ne sais pas être une femme » répondait à tous ces critères, et en même temps pas du tout, d’où le fait que j’ai été déstabilisée assez rapidement.

 

  • Autre chose qui m’a déboussolé : Ella et sa sœur me ressemblaient, elles ressemblaient à mes sœurs, à mes amies. Leur quotidien était un peu trop proche de la réalité. Leurs questionnements, leurs batailles me semblaient un peu trop familiers. « Je ne sais pas être une femme » n’assigne pas de rôles prédéfinis aux personnages du livre, pas d’héroïne à la recherche d’un sauveur, pas de héros mal compris par la société, pas de héros d’ailleurs, rien que des gens normaux, comme vous et moi, qui se posent les mêmes questions existentielles que nous nous posons. Ce ne sont pas des personnages torturés ni traumatisés à outrance et du coup, l’aspect dramatique qui peut exister dans d’autres livres n’est pas aussi poussé. Il leur est arrivé des accidents de la vie, comme à tout le monde dirait-on, mais elles ne se morfondent pas dans le pathos et avancent dans la vie, se forgeant des outils d’acceptation au fil du temps. Les personnages sont parfois joyeux, parfois déprimés, parfois tristes, parfois anxieux, parfois amoureux. En lisant « Je ne sais pas être une femme », j’ai eu l’impression de lire ma vie ou celle de quelqu’un de proche, et cette « normalité » m’a déstabilisée. Ella et sa sœur, c’est toi, c’est moi, ce sont les conversations que nous avons avec nos sœurs et amies (« vire le, ce con ! – mais je l’aaaaiiiiimeeee ! » « Fais voir ton feed Insta !» « On n’a pas envie d’aller à cette fête mais on y va quand même parce qu’il faut faire plaisir à tel ou telle », etc.) En lisant, j’avais l’impression de me regarder dans le miroir ou plutôt, je me voyais en train de me regarder (je ne sais pas si ça a du sens). En tout cas, c’est ainsi que je l’ai ressenti. Un peu comme quand on enregistre sa propre voix pour l’écouter plus tard. En s’écoutant, on reconnaît le son et le timbre de sa voix mais en même temps, on se demande si ce n’est pas une autre personne. Et en me regardant dans le miroir d’Ella, je me suis reconnue. Je n’étais sûre d’aimer ce que le miroir me renvoyait, du coup le livre m’a irrité.

Voilà en gros, les deux raisons principales pour lesquelles je suis restée « sans voix » à la lecture de « Je ne sais pas être une femme ». En gros, au lieu de me sortir de mon cadre habituel, le livre de Lyvia Cairo m’a remis au centre de ma vie, m’a renvoyé mes questions au visage et au lieu de me permettre de m’enfuir, de me voiler la face, m’a remis au centre de la tourmente…et je n’ai pas aimé.

En pensant à cette œuvre de Lyvia Cairo, les mots qui me viennent à l’esprit sont : vérité, sensibilité et vulnérabilité. C’est ce que « Je ne sais pas être une femme » a soulevé en moi, et je n’étais pas prête. Maintenant que je ne sais toujours pas si j’aime ou pas le livre, je vais le prendre en vacances en moi et je vais lire le tome 2 également, avec un autre regard. Relire ce livre, avec conscience et intention, c’est mon objectif. Avec bienveillance envers moi-même, envers les personnages et leurs difficultés. Avec amour pour ma zone de confort, mais aussi pour ces sentiers vers lesquels la vie me mène, cet inconnu qui m’appelle et me fait peur en même temps.

Et vous, vous lisez quoi cet été ?

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