Camille (Jemenbatsleclito) – “En 2019, la plus féministe des féministes dira « Je m’en bats les couilles » “

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Le féminisme français à ses nouveaux visages. Jeune, belle, et « unapologetic » comme dirait notre chère Ririh, ces jeunes femmes n’ont pas peur de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Aujourd’hui nous rencontrons Camille, 22 ans, fondatrice du compte Instagram «  Je m’en bats le clito ». Figure de cette nouvelle génération qui se dit féministe et surtout qui l’assume.

Son champ de bataille ? La sexualité. A coup de punchlines pleines d’humour et d’amour, Camille déconstruit un à un les clichés et stéréotypes liées à la sexualité des femmes. Rencontre avec une QUEENSPIRATION qui porte avec fierté sa couronne. 

RTM | Bonjour Camille, peux-tu te présenter pà nos lectrices et nos lecteurs ?

Camille | Hello, je m’appelle Camille. J’ai 22 ans. Je suis la créatrice du compte Instagram « Je m’en bats le Clito » et l’autrice du livre éponyme qui porte le même nom.  J’ai également fondé la marque JMBLC, une marque écoféministe qui encourage à accepter sa sexualité et surtout à abattre les tabous autour de cette thématique.

 RTM | « Je m’en bats le clito » est né il y a environ un an. En octobre 2018, plus précisément. Quelle a été la genèse du compte Instagram ?

Camille | Un jour j’étais chez mon meilleur ami, et je l’ai surpris en pleine conversation avec ses potes sur la sexualité et le plaisir au féminin. Ils parlaient des orgasmes féminins. Comment faire pour qu’une meuf ait un orgasme. Plus j’écoutais leurs conversations, plus je les trouvais à côté de la plaque. J’ai compris qu’ils n’étaient clairement pas au courant. Le plus grave selon moi, c’est qu’il ne fallait surtout pas les reprendre quand ils sortaient des âneries.

Je me suis demandée si l’on abordait réellement tous les sujets dans son cercle amical. Est-ce que l’on parle vraiment de tout ? des sujets tabous ? Je me suis vite rendue compte que non. Même avec ma meilleure amie, il y a des sujets que l’on n’abordait que vaguement.

En 2019, la plus féministe des féministes dira « Je m’en bats les couilles ».

J’ai eu envie d’abattre les tabous sur  la sexualité. Sauf qu’on ne peut pas abattre des tabous dont on ne parle pas. Sur Instagram, en faisant un peu le tour, je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas de compte qui t’expliquait la base de la base sur la sexualité, et cela de manière un peu humoristique. Il manquait un côté frais, sincère, réel, pas fake à ce qui était dit sur la toile à ce sujet. J’ai donc décidé d’en parler de manière simple. J’avais envie de dire aux femmes qui se sentent seules ou « chelous », tu n’es pas seule, c’est simplement qu’on n’en parle pas.

J’ai lancé un premier post en octobre, puis un second. Et ça s’est très vite emballé.

RTM | Le nom « Je m’en bats le clito », quelle en est l’inspiration ?

Camille | Je voulais un nom qui fasse réagir. En 2019, la plus féministe des féministes dira « Je m’en bats les couilles ». Et ça ne choquera personne. Je pense qu’il faut commencer par adapter son langage. Dans la langue française, il n’y a pas vraiment d’équivalent aussi « punchy » et fun que je m’en bats les couilles. J’ai testé « je m’en bats les boobs », « je m’en bats les ovaires », mais celui qui pesait le plus c’était « je m’en bats le clito ».

https://www.instagram.com/p/BypVOMMiR8f/

RTM | As-tu grandit en étant à l’aise avec ta sexualité ?

Camille | Je n’ai pas reçu une éducation où on parlait de cul à la maison, mais j’ai reçu une éducation où j’étais libre de poser des questions sans tabous. Mes parents ont toujours développé chez moi ce sens critique, à toujours tout remettre en question, toujours donner mon avis. Je n’ai pas grandit en parlant de clito à table, mais j’ai grandit sans la peur de poser des questions. Ce que je fais avec « Je m’en bats le clito » où je donne mon avis via des « punchlines » humoristiques, c’est simplement qui je suis. Il suffit de parler avec moi 5 minutes pour comprendre.

J’ai hérité ce caractère de ma mère, dire les choses, poser le poing sur la table. J’ai toujours été une gueularde.

Ce que l’on voit peut-être moins directement à travers mes posts, c’est la dimension plus politique. Ce que je dois à mon père que j’ai perdu. Le format utilisé permet simplement de dédramatiser le sujet. L’humour a toujours été le moyen pour moi d’aborder les phases et épreuves difficiles de ma vie.

RTM | Comment ta page et le projet a-t-il été reçu par ta famille ?  

Camille | Je pense que j’étais la plus réticente à l’idée de le dire à mon entourage car tout le monde l’a très bien accepté. J’avais besoin que ce soit concret à mes yeux pour en parler à mes amis et ma famille. Ils m’ont tous dit que c’était évident que je sois derrière la page. Ils ont reconnu ma pate, ma façon d’écrire.

La dernière personne au courant, bizarrement, a été mon meilleur ami, à l’origine de tout.

Ma mère également a tout de suite adoré. Ma mère a plus de franc parler que moi. Les seules personnes qui ont été un peu choquées au final ce sont les ami.e.s de mes parents qui ne comprenaient pas trop mon choix de tout arrêter, notamment la cuisine, pour me concentrer sur « Je m’en bats le clito ». Passé 55 ans, beaucoup ne comprennent pas au premier abord.

« L’homme féministe en voie d’apparition ce n’est pas normal. »

RTM | En parlant de tout quitter, qu’est-ce qui t’a poussé à arrêter la cuisine ?

Camille | Je n’arrivais pas à gérer les deux. Mon amour pour la restauration représentait 16h de travail par jour et gérer mon compte Instagram qui s’emballait également 16h par jour. Malheureusement il n’y a pas 32h dans une journée.

J’ai pris un peu de recul et je me suis dit qu’il fallait choisir. J’avais la crainte d’être médiocre dans les deux. Je savais surtout que je pouvais reprendre la cuisine quand je voulais. « Je m’en bats le clito », c’était maintenant ou jamais. Et je ne veux surtout pas avoir de regret plus tard.

Mais je ne vais pas mentir, la cuisine me manque.

RTM | Il y a quelques mois, « Je m’en bats le clito » est également devenu un livre. Qu’est-ce qui t’a encouragé à considérer le format papier ?

Camille | La première raison est que j’en avais simplement envie. La deuxième était mon  besoin de matérialiser mon engagement, de pouvoir le toucher concrètement. Tu sais, une fois sur Instagram, lorsque tu as choisi ta ligne éditoriale, ton template…, c’est compliqué de proposer complètement autre chose. En sortant un livre, j’ai eu l’impression de repartir de zéro et de construire quelque chose de plus personnel. J’ai pu intégrer du contenu que je ne pouvais pas intégrer via Instagram. J’ai pu aborder des sujets périphériques qui me touchent également : l’art, le cinéma, mon expérience dans la cuisine. Le livre, c’est un concentré de Camille.

Le livre me permettait également d’aller toucher un autre public.

Je voulais laisser une trace. Une page Instagram ça se supprime, contrairement à un livre. Le format Instagram m’emprisonnait un peu. Le livre m’a permis d’être beaucoup plus libre tant sur le fond que dans la forme.  

RTM | As-tu une punchline favorite ?

Camille | Impossible d’en choisir une. Elles ont toutes quelque chose. Les punchlines qui ont le plus fonctionné ne sont pas forcément mes préférés. Surtout, je ne sors pas de punchline si je ne l’aime pas ou si elle ne me fait pas beaucoup rire. J’essaye de rester libre dans ce que je propose, et ne pas faire uniquement ce que les abonnés aiment. Je peux aussi bien parler de bodypositive, d’acceptation de soi, d’amour ou de sexe. Je peux également publier un post tous les jours pendant une semaine, puis ne rien publier pendant une semaine et sortir 3 posts le même jour. Si à 2h du matin, en sortant de soirée, j’ai une idée, je la poste. Même s’il y a 4 fautes et que j’ai 9 grammes. Je me l’autorise.

RTM | Tu n’as aucune difficulté à te proclamer féministe. As-tu toujours assumé ce mot ?

Camille | Je pense que je suis féministe depuis mes 9 ans.

Je me souviens plus jeunes, les femmes de talents étaient mon sujet préféré pour les exposés.

Je pense que j’assume cette casquette de féministe de par mon éducation et l’environnement dans lequel j’ai grandit. Ma mère travaillait et mon père était à la maison. Ma mère partait en voyage d’affaires et mon père faisait les courses et les lessives.

 Je n’ai pris conscience que récemment du format non traditionnel de la relation de mes parents. Pour moi, il s’agissait de ma normalité. Mon père n’a jamais développé de complexe d’infériorité. Il n’a pas eu l’impression de perdre sa virilité en m’élevant à la maison. Ma mère ne se sentait pas « super-héroïne » parce qu’elle était diplomate. Pour eux, c’était normal.

Du coup, c’est également la norme pour moi de rencontrer un homme qui cuisine, qui fait le ménage et que je puisse avoir envie de niquer le game d’un point de vu professionnel.  

RTM | Dans ta vie sentimentale aujourd’hui, rencontres-tu des difficultés à trouver un homme qui soit sur cette même longueur d’onde ?

Camille | Je pense que chaque femme doit poser ses règles sur la table dès le départ. Souvent, je dis que le mec qui sort avec moi, il est au courant de ce que je suis, de ma vision des choses. Tu ne peux pas le louper. Tu es obligé de prendre le pack « Camille de je m’en bats le clito » dans sa globalité.

Je refuse de me dire que ce cas de figure, ce n’est pas la normalité. C’est l’inverse qui n’est pas normal. On ne devrait pas applaudir un homme qui reste à la maison et on ne devrait pas glorifier une femme qui travaille. L’homme féministe en voie d’apparition ce n’est pas normal. Tous les hommes devraient être féministes. Et surtout, les hommes féministes ne devraient pas se sentir comme des super héros.

RTM | Comment vois-tu l’évolution de « Je m’en bats le clito » ?

Camille | J’ai envie que cela devienne un état d’esprit national, voire au delà. J’ai envie de rallier un maximum de personnes. A termes, j’aimerais que le compte s’auto-gère, que les abonné.e.s puissent également créer du contenu. Que ce ne soit plus simplement « Je m’en bats le clito » mais « on s’en bats le clito ».  J’aimerais également que le livre cartonne, qu’il soit traduit en d’autres langues. Je réfléchis également à d’autres formats.

Je peux tout faire honnêtement avec « Je m’en bats le clito ». Je peux faire de la télé, du mannequinat, du placement de produit… Je ne m’interdis rien.

https://www.instagram.com/p/B2V968rIlEI/

RTM | Quand on regarde les commentaires de tes interviews, on se rend compte que la majorité des critiques proviennent de femmes…

Camille | Oui, mes haters les plus virulents sont des femmes, des femmes de 40 ans. Je pense qu’il y a un fossé générationnel et historique. On est passé de Mai 68 à Me too, et entre les deux, pas grand-chose. Je pense que je suis plus proche de la mentalité de ma mère qui a 62 ans, que de la mentalité d’une femme de 40 ans. La petite nana de 20 ans qui déboule de nul part, qui perce et qui est noire, ça fait aussi bien chier.

RTM | Comment fais-tu face à ces critiques d’ailleurs ?

Camille | Pour quelques critiques, tu as 100 fois plus de messages d’amour et de remerciements tous les jours. Paquita et Bernadette, frustrées de la vie, qui ont le seum parce que dans la sphère privée elles sont incapables de parler de sexe, je m’en bats le clito, mais grave.  Quand elles m’envoient des messages pour me dire qu’elles espèrent que leurs filles ne me suivent jamais, il y a une chance sur deux pour que leurs filles soient déjà abonnées. Evidemment ça ne fait jamais plaisir, mais je m’en détache.

J’avais surtout peur de l’attaque raciste. C’est pour cela que j’ai mis du temps à dévoiler mon identité. Je me souviens lorsque j’ai dévoilé mon identité à la télévision, j’ai reçu des messages de personnes qui me disaient se sentir cons parce que dans leurs imaginaires, il était inconcevable que je puisse être noire. Une femme noire qui se dit féministe et non afro-féministes, qui veut parler à toutes les femmes ?

Ca dérange certaines personnes que mon combat premier ne soit pas le racisme. Sauf que le combat contre le racisme est marqué sur ma gueule. Les journalistes sont les premiers déstabilisés.

RTM | Peux-tu nous citer une difficulté rencontrée ?

Camille | Je dirai la médiatisation. C’est toujours bizarre de devenir le centre d’intérêt principal de quelqu’un qui n’en avait strictement rien à faire de toi 2 mois auparavant. On n’est jamais prêt à cela. Même si j’ai tendance à me dire que ça ne peut que débouler sur du positif et des opportunités.

https://www.instagram.com/p/Bz1AyHViJY7/

RTM | 3 femmes qui t’ont inspiré …

Camille | Rougi Dia, cheffe française noire. C’était mon modèle en grandissant. Je me disais que si elle l’avait fait alors moi aussi j’en étais capable. Elle est aussi l’auteur d’un ouvrage qui s’intitule « Le chef est une femme ».

Ensuite il y a clairement ma mère. D’un point vu professionnel, j’ai rarement rencontré plus dans le game qu’elle.

Les femmes du quotidien également m’inspirent. Les femmes dont on ne parle pas. C’est Noémie Delattre qui au cours d’un post rendait hommage aux femmes dans l’ombre : aux infirmières, femmes-flics, les femmes dans l’armée ou autres.

Les grands-mères espagnoles m’inspirent, elles, pour leur franc-parler et leurs énormes paires d’ovaires.

Je passe beaucoup de temps à observer les gens.

RTM | Si tu devais donner un conseil à une femme qui hésite à se lancer …

Camille | Je lui dirais que si elle crève demain, elle aura le seum de ne pas l’avoir fait. Etre sur son lit de mort et se dire « je n’aurais clairement pas pu faire mieux », c’est ça pour moi une vie réussie.

RTM | Pour conclure, qu’est ce qui fait de Camille, une Reine Des Temps Modernes ?

Camille | Je dirais tout. Le fait que je sois une femme, que j’ai cette volonté de rendre le féminisme accessible à toutes et à tous.

Si je peux le faire alors tout le monde le peut.

QUEEN C comme QUEEN Camille, QUEEN Clito. Je suis une Reine Des Temps Modernes, tout mon être l’est !


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