Actuellement installée à Zurich, notre QUEENSPIRATION du jour, Alice Gbelia, est une passionée d’art. En 2017, elle lance Ayok’a Deco, une plateforme dédiée à la culture pop noire. Avec sa boutique en ligne, cette jeune entrepreneur ivoirienne souhaite rendre accessible les oeuvres d’artistes noir.e.s en manque d’exposition au plus grand nombre. Rencontre avec une femme de talent bien décidée à  transformer l’art numérique traditionnel.

 

RTM | Bonjour Alice, avant de commencer peux-tu te présenter pour nos lectrices et lecteurs ? 

Alice | Je m’appelle Alice Gbelia et je suis d’origine ivoirienne. Ma famille a quitté la Côte d’Ivoire pour la France quand j’avais 8 ans. J’ai donc grandi et fait mes études en France mais c’est au Royaume-Uni, plus particulièrement à Londres, que j’ai bâti mon parcours professionnel dans les médias et l’e-commerce. Je vis désormais à Zurich, d’où j’ai lancé Ayok’a.

 

“D’un côté j’offre aux consommateurs un moyen simple et efficace d’acheter des posters d’art uniques à prix abordables, de l’autre, je permets aux artistes de vendre facilement.”

 

RTM | Quelles étaient tes motivations quant à la création de cette plateforme dédié à l’art ?

Alice | Je voulais me lancer dans le commerce en ligne et je cherchais la bonne idée. Mon seul critère était que ce soit lié à la culture noire, car c’est le sujet qui me passionne. L’opportunité s’est présentée quand j’ai voulu acheter des posters d’art pour décorer mon nouvel appartement à Zurich. La tâche s’est montrée ardue car les sites d’affiche d’art ne vendaient pas forcément ce que je recherchais. Ensuite, les artistes que je trouvais sur internet étaient difficiles à joindre. Cela m’a donné l’idée de la plateforme : d’un côté j’offre aux consommateurs un moyen simple et efficace d’acheter des posters d’art uniques à prix abordables, de l’autre, je permets aux artistes de vendre facilement.

 

 

RTM | Quel constat fais-tu quant à la représentation des afrodescendants dans le monde de l’art occidental ? 

Alice | Le monde de l’art a toujours été plutôt fermé aux artistes noirs : les galeristes, commissaires d’exposition et collectionneurs sont en majorité blancs et ils ont tendance à faire la promotion d’artistes qui sont dans leur cercle et qui leur ressemblent. Les artistes noirs ont donc dû se battre pour trouver leur place. Les choses commencent à changer, non seulement parce que les institutions deviennent plus diversifiées mais aussi parce que les réseaux sociaux donnent aux artistes les moyens de faire leur propre promotion et d’aller plus facilement à la rencontre de leur public.

RTM | Depuis quelques années, il y a un véritable élan de popularité autour de l’art africain. Penses-tu que ce type d’initiative permettrait de pérenniser cet engouement ? 

Alice | Oui, et pas seulement de l’art africain, mais de l’art noir en général. Nous avons désormais des grandes foires internationales de l’art africain (comme 1 :54) et aux Etats-Unis, la grande popularité d’artistes comme Kehinde Wiley et Kerry James Marshall. Les plateformes comme la mienne permettent d’offrir une nouvelle dimension à ce mouvement, qui reste quand même élitiste. Très peu de gens peuvent s’offrir les tableaux que l’on trouve dans les galeries et les foires d’art. Par contre tout le monde peut apprécier le talent des artistes émergents présentés sur les plateformes comme la mienne, et s’offrir des beaux posters d’art ou une coque de téléphone sympa illustrée par un vrai artiste.

RTM | Tu vis actuellement en Suisse, il y a t-il un intérêt pour l’art africain là bas ? 

Alice | L’appétit pour les créateurs noirs commence à se développer, que ce soit pour l’art, la musique ou la mode. Les événements se multiplient, comme l’excellent Afrodyssée à Genève, que j’ai découvert cette année et où je compte présenter Ayok’a l’année prochaine.

https://www.instagram.com/p/BbZv2FtlDtO/?taken-by=ayokadeco

 

RTM | En se baladant sur ton site, on remarque que les femmes artistes sont aussi bien représentées que leur homologue masculin. Ce qui est rarement le cas dans le monde de l’art traditionnel. Est-ce un choix de ta part ?

Alice | Tout à fait, c’est un choix délibéré ! Je suis très fière du fait que nous avons quasiment une exacte parité des genres parmi les artistes présents sur notre plateforme. Quand j’ai commencé à démarcher les artistes, j’avais une liste de tous les artistes qui m’intéressaient, avec des informations les concernant, notamment leur genre. Je garde un œil sur ces statistiques, de façon à maintenir cette parité.

RTM | D’ailleurs, peux-tu nous présenter une artiste féminine que l’on peut retrouver sur ta plateforme ? 

Alice | Delphine Alphonse, qui est basée en région parisienne, est l’une des premières artistes que l’on a signé. C’est une peintre extrêmement talentueuse qui réalise des portraits de femmes noires à la chevelure sublimée avec des fleurs. C’est tout simplement magnifique !

 

Souvenir de famille n°2 #vintage #butterfly #portrait #art #afro

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RTM | Quelle est la principale difficulté que tu as pu rencontré dans la mise en oeuvre de cette plateforme ? Et surtout comment y as-tu fait face ? 

Alice | La principale difficulté est que j’ai monté la plateforme seule et que je suis la seule à la gérer. Je recherche un co-fondateur (que celles intéressées me contactent !) car je pense qu’un business à deux ou à trois a beaucoup plus de chances de survivre. Je m’en sors en travaillant avec des freelance de manière ponctuelle, pour aider au niveau du marketing ou des relations publiques, par exemple. Cela a un impact sur mon budget, mais je considère cela comme un investissement.

RTM | Quelles sont les prochaines étapes clés du développement de la plateforme Ayok’a en 2018 ? 

Alice | La prochaine étape serait de signer plus de photographes sur la plateforme et d’arriver à un rythme où nous pourrons présenter des nouveaux artistes tous les mois. Ensuite attaquer un peu plus le marché nord-américain : nous recevons déjà des commandes des Etats-Unis et j’aimerais les multiplier. Ce marché est énorme et sera clé dans notre développement.

 

“Etre entrepreneur, c’est savoir gérer l’échec.”

 

RTM | Quelles sont les femmes qui t’ont inspiré en grandissant ?

Alice | Ma mère est une source d’inspiration constante. C’est simple : sans sa décision d’émigrer en France, seule, avec ses deux enfants, je ne serais pas ici. C’est une femme forte, qui ne se plaint jamais et qui déborde d’énergie. J’ai hérité d’elle son intelligence, sa curiosité et sons sens de l’indépendance.

RTM | Que dirais la Alice d’aujourd’hui à la Alice de 12 ans ? 

Alice | Je lui dirai d’être moins timide et de s’ouvrir un peu plus aux autres. C’est très bien d’aimer les livres et d’avoir des bonnes notes à l’école, mais c’est tout aussi important d’avoir des copines avec qui discuter des garçons et tout ça.

RTM | En période de surmenage et de fatigue psychologique, as-tu une routine self-care pour reprendre des forces ?

Alice | Mon self-care, c’est le sommeil pur et simple. Je travaille beaucoup et je travaille également tard dans la nuit, ce qui n’est pas très bon pour la santé mentale. Quand je me sens un peu à bout, je me donne une bonne nuit de sommeil d’au moins 9 heures. Et je la planifie : je mange plus tôt, je me relaxe dans un bon bain, je laisse mon laptop hors de la chambre et je me couche avec un bon bouquin. Je laisse le sommeil venir naturellement et je me réveille toute fraîche le lendemain.

 

 

RTM | Une petite citation ou un mantra avant la dernière question ?

Alice | « La peur de l’échec enterre la réussite ». Etre entrepreneur, c’est savoir gérer l’échec. On échoue tous les jours, de manière plus ou moins visible : une opportunité qu’on a été trop lent à saisir, un client qu’on laisse passer, une collaboration mal pensée… Ce qui compte c’est d’apprendre de ses erreurs et de continuer à avancer.

RTM | Qu’est-ce qui fait de Alice, une Reine Des Temps Modernes ? 

Alice | Mon goût de l’innovation. Lorsqu’il s’est agi de créer un site de e-commerce, je savais que ça ne serait pas dans le domaine de la mode ni de la beauté, parce que le marché est saturé. Par contre, il existait peu de choses dans le domaine de l’art et de la culture noire. En pionnière que je suis, j’ai décidé que je serais la première !

 

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