Tessa Naime: “Si une maison d’édition accepte de vous publier, c’est que vous en valez la peine.”

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A tout juste 23 ans, Tessa Naime est le nouveau visage de la littérature antillaise. Rencontre avec une Queen de l’écriture.

 crédit photo : @KarmaCloud

Présente toi à nos lecteurs

Tessa Naime, étudiante et Auteure antillaise, âgée de 23 ans. J’ai vécu 20 ans en Guadeloupe, puis Un  an en Alsace, à Strasbourg où j’ai écrit mon premier livre.  Maintenant, je me suis installée au Québec, par rapport aux études. Ce n’est pas le premier voyage inspirant, ce ne sera pas le dernier. Il y a beaucoup de choses que j’aime, mais la chose la plus importante dans ma vie c’est l’écriture, bien sûr.   Après avoir écrit deux livres, je poursuis. L’inspiration est là. Je suis sur l’écriture d’un troisième livre, qui mettra un peu plus en avant la société antillaise.

Il y a beaucoup de choses que j’aime, mais la chose la plus importante dans ma vie c’est l’écriture.

 Tu as publié ton premier livre en librairie, Que ressens tu ?

Je suis fière d’être aller jusqu’au bout de ce projet.

C’est un grand plaisir. C’est toujours agréable de parler de ma première collaboration avec une maison d’édition, d’aborder les sujets de mon livre et dire qu’il a été publié. Je suis fière d’être aller jusqu’au bout de ce projet. C’est le début d’une longue et belle aventureJe suis satisfaite, mais pas entièrement. Parce que j’ai déjà beaucoup d’autres projets en tête. Je suis fière aussi, d’apporter un espoir aux autres jeunes auteurs qui souhaitent passer à l’étape de la publication. C’est très important de montrer et d’exploiter ses œuvres.

Parle nous du monde de l’édition. Que t’a apporté cette première expérience ?

Les auteurs ont autant besoin des éditeurs, que ces derniers ont besoin de nous.

Le monde de l’édition est immense à mes yeux. Tout est bien organisé, structuré. Je ne connaissais pas vraiment le fonctionnement du circuit éditorial, et je dois avouer que cela m’impressionne. J’avais conscience que ce n’était pas mon domaine.  Quand on est extérieur à l’organisation et la direction d’une maison d’édition, on est vraiment loin de la réalité. En fait, Il y a  le champ de création, le champ de promotion, le champ de diffusion, la partie communication marketing.  Une fois que le manuscrit est validé par le comité de lecture, et donc accepté par l’éditeur, on passe de la création à la commercialisation. Cette expérience a détruit mes préjugés. Maintenant, je sais et je comprends : les auteurs ont autant besoin des éditeurs, que ces derniers ont besoin de nous.

Quand on se lance dans une telle aventure, de quoi a t-on besoin ?

La patience, la compréhension, et la confiance. Etre patient, parce qu’éditer un livre ce n’est pas un travail simple. Il faut être certain, être capable de s’affirmer, de collaborer. Etre en mesure d’expliquer ses préférences ou choix. Les premiers pas sont toujours un peu maladroits. Après, tout se passe bien. Sans se comprendre, on ne peut pas travailler en équipe. Je parle de confiance parce qu’on essuie les critiques et les découragements. Il suffit de garder la tête haute. Si une maison d’édition accepte de vous publier, c’est que vous en valez la peine.  Et si elle n’accepte pas, il ne faut rien lâcher. Soit on sait ce que l’on veut et on fonce. Soit on ne fait rien et on regarde les autres faire. C’est inutile de se mettre des barrières puisqu’il y a de la place pour tout le monde.

Dans ce premier roman, tu livres une grande partie de ta vie, pourquoi avoir fait ce choix ?

Il s’agissait de communiquer une douleur, une honte, pour me rendre compte finalement qu’il n’y a aucune douleur honteuse. C’était un choix bénéfique pour moi et pour mes proches. Il me fallait parler de ces périodes difficiles, comprendre, partager ce que j’avais compris et ce que j’avais ressenti. A l’époque, j’aurais aimé acheter un livre comme le mien, le lire, et me ressaisir plus tôt. Je livre une grande partie de ma vie, bien consciente que d’autres jeunes vivent ou vivaient les mêmes choses.

Je veux que mes lecteurs se disent « Ce livre a eu un impact sur ma vie ».

Une manière de mettre des mots sur un combat personnel, une lutte contre moi-même et contre le Monde. C’est déjà assez dur de s’exprimer, d’exprimer sa souffrance. C’est encore plus dur de l’écrire. Alors, imaginez le stress quand on sait que toutes ces pages seront lues par des proches et des inconnus. Je veux que mes lecteurs se disent « Ce livre a eu un impact sur ma vie ». Je veux qu’il puisse relever des têtes, arracher des larmes mais aussi des sourires. Le fait de me livrer entièrement crée une intimité avec le lecteur, engendre une certaine proximité. C’était bien le but : me rapprocher du public !!

Tu as cette capacité a changer d’univers dans tes écrits, Quelles sont tes plus grandes inspirations ?

Le Monde, la Vie, les gens. Les voyages. Les discussions avec mes proches, les discussions avec des étrangers. Tout ce qui est dit, tout ce qui est fait autour de moi me permet d’écrire. Il y a aussi des auteurs qui m’inspirent comme Paul Eluard, Frantz Fanon, même mes écrits  ne se rapprochent pas de leurs écrits. C’est que leur plume charme l’esprit…Le livre « Papa Pourquoi m’as-tu fait ça » de  Fiona Doyle  qui retrace l’histoire d’une petite fille violée par son père, a été l’une de mes plus grandes inspirations pour l’écriture de mon premier livre. Parce que Fiona a su affronter le regard des autres et exposer son mal-être. Actuellement, je m’inspire énormément de l’auteur Shere Hite, qui est aussi sexologue et féministe. Je pense que l’écriture peut se lier à tout ce qui nous entoure.

Si tu devais être un modele pour quelqu’un que voudrais tu qu’on dise de toi ?

 

Si je devais être un modèle pour quelqu’un, je  voudrais que l’on dise de moi que je suis une Femme forte, qui n’abandonne pas.

Je n’aime pas trop le concept de « modèle ». Chaque personne doit créer son univers, créer son art. Je n’ai jamais pensé au fait que je puisse influencer des personnes. Mais si l’influence est positive, pourquoi pas ?

Alors, si je devais être un modèle pour quelqu’un, je  voudrais que l’on dise de moi que je suis une Femme forte, qui n’abandonne pas. Une Femme entreprenante et ambitieuse, qui laisse le dernier mot à sa créativité. J’aimerais surtout que ma motivation et ma détermination pousse cette personne à réaliser ses propres rêves, à s’engager vraiment.

Que souhaites tu pour la littérature caribéenne ?

 

Je souhaite que la littérature caribéenne transporte, qu’elle brave les interdits. Qu’elle repousse ses limites. Il faut que cette littérature soit plus reconnue, appréciée et respectée chez nous, et chez les autres.  Je sais qu’il y a encore beaucoup de travail à fournir et que l’on doit jouer notre rôle dans le développement de son autonomie. Tout ce que je peux lui souhaiter c’est de transgresser les règles, de se tourner vers l’originalité.

Qu’elle ne cesse jamais de s’alimenter, de progresser et même de voir plus grand. Avec le Congrès international des Ecrivains de la Caraïbe, les auteurs caribéens peuvent déjà travailler ensemble : Se réunir, se transmettre, se fixer de nouveaux projets, innover.

Comme tous les auteurs antillais, je m’interroge sur l’usage que fait notre société de cette littérature caribéenne. Elle est encore peu ou mal connue. Pourtant, elle a son importance sur cette société justement, puisqu’elle évolue en même temps que notre histoire.

 

1 COMMENT

  1. Article magnifique. Je découvre une ancienne camarade de classe d’une façon complètement différente mais qui reste positive à son égard.
    Je te félicite pour ton exploit, ta détermination et ton courage.
    Bonne continuation !

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