« Elle s’est suicidé. »

Je ne savais pas comment l’écrire.

Il y a une semaine, je recevais un message qui m’annonçait le suicide d’une ancienne amie. Je ne savais pas comment l’écrire, ou plutôt, je ne trouvais pas les mots. C’est tellement plus facile de créer des drames que d’écrire sur ceux qui existent déjà.

Pendant tout ce temps, j’imaginais son corps suspendu, bleu, froid. J’imaginais le silence d’une pièce, brisé par des cris. J’imaginais comment l’horloge avait continué de tourner, jusqu’à ce que l’on découvre son corps sans vie. J’imaginais le temps qui s’était arrêté ensuite. Mais je me trompais. Rien ne s’était arrêté. Ni le temps, ni l’existence, ni les rires. En fait, c’est précisément à cet instant, que je me suis rendu compte qu’il n’y avait rien de surprenant à la mort.

Ce n’était pas étonnant de mourir. Ce qui l’était, c’était son choix. C’était l’envie, le besoin d’en finir. Alors j’étais là, muette, abasourdie. Durant ces jours, je n’étais plus l’écrivaine. Je n’étais plus « celle qui retranscrit ». Ma peine était bien plus grande que je l’aurais imaginé. Son acte, le seul dont on se souviendra toujours, me hantait. Parce que vous saviez bien, qu’elle ne retrouvera plus son nom… Son nom sera éternellement associé au mot « suicide ». C’est incroyable comment le suicide nous interpelle, alors que les raisons… nous les remarquons jamais.

« Comment te sens-tu ? Je sais que vous étiez proches autrefois ». Je me sentais mal, et soudainement déçue. Tous les souvenirs d’enfance devenaient, alors, plus précis. Plus clairs. Ils se manifestaient plus souvent dans ma tête, comme si mon cerveau prenait un malin plaisir à me rappeler qui était cette jeune femme pour moi. Je la voyais, jeune, devant les barrières du collège. Je la revoyais dans la cour d’école, à l’heure du goùter. Je la revoyais vêtue de sa tenue de sport. Et mon enfance m’accablait encore et encore.

Souvent, je le dis : ce n’est que la mort qui peut nous rappeler ce que l’on a vécu. Ce n’est que l’absence qui nous prouve à quel point la présence d’une personne nous a marqué. Elle m’avait marqué par ce qu’elle dégagait, par sa mine,  par ses marches silencieuses dans les couloirs, par son style. Par ses petits sourires. Par son air sérieux. Par le fait que nous nous fréquentions à une période et qu’ensuite nous nous étions perdus de vue. Je ne lui ai jamais dit ce que je pensais, ce qu’elle représentait. Nous n’étions pas doués pour communiquer. Nous étions encore moins doués pour se rendre compte qu’il n’y avait pas de communication. Donc je me contentais d’un « like », d’un commentaire sur une photo.

Et pourtant, aujourd’hui, c’est le manque de communication qui nous a conduit là. C’est ce qui me rends triste maintenant.

Ce qui me fane c’est qu’ils sont des millions à mettre fin à une souffrance, que personne ne pouvait comprendre. C’est que je pourrais écrire, durant des heures, mais qu’aucun de mes mots ne la ramènera. C’est que je dois accepter qu’elle voulait s’en aller, que je n’aurais rien pu faire pour échapper à cette situation. Ce qui m’émeut ce sont les rires que nous avions partagé, enfants. Ce sont ces rires que j’entends. Ce sont toutes ces choses que nous avons manqué. Toutes ces fois où j’ai voulu la contacter et que je ne l’ai pas fait. Toute cette souffrance qu’elle a du enduré.  Et des fois, je me dis « et si elle m’avait lu.. », peut-être que tout se serait passé différemment.

La souffrance, c’est ce qui nous lie tous. Ce qui nous distingue c’est la manière dont nous gérons celle-ci. Nous pensons, par erreur, que nous n’avons rien en commun avec les autres. Nous nous habituons à nos peines, et nous n’imaginons pas, une seule fois, que les autres font de même. C’est égoïste et puéril.

Alors, j’espère qu’elle sera en paix. J’espère de tout coeur, qu’elle a enfin trouvé cette paix que le Monde n’aurait pu lui apporter.

 

 

 

 

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