Passionnée de musique depuis sa tendre enfance, notre QUEENSPIRATION du jour est une artiste complète. Originaire de Basse-Terre (Guadeloupe), Rachelle Allison navigue entre la dancehall, la soul ou encore le R’n’B. De nature réservée, cette artiste qui rayonne par sa sérénité a accepté de nous en dire plus sur son parcours et sa passion. Elle est notre QUEENSPIRATION de la semaine.

 

 

RTM | Bonjour Rachelle, peux-tu te présenter pour nos lectrices/lecteurs ?

Rachelle | Je m’appelle Rachelle Allison. Je suis guadeloupéenne. J’ai grandit à Basse- Terre plus précisément et je suis chanteuse.

RTM | Quels sont tes premiers contacts avec la musique ?

Rachelle | Difficile de donner une date. J’ai toujours côtoyé le milieu musical. Ayant des membres de ma famille dans le milieu, j’ai très vite été immergée dans l’univers des studios d’enregistrement .

Mon premier projet en revanche, je l’ai lancé en 2012 en collaboration avec deux amis d’enfance : Mike et Arno, avec qui je continue de travailler aujourd’hui. Nous nous sommes retrouvés sur Paris après que chacun ait fait son bout de chemin, moi dans le sud de la France, Mike en Louisiane et Arno sur Paris. Nous avions la même vision, ce qui nous a poussé à lancer un premier projet sur la toile afin de voir ce que ça allait donner et les choses ont commencé comme ça. On peut dire que je suis une artiste du web.

 

« Internet aide beaucoup d’artistes à lutter contre le monopole médiatique. »

 

RTM | Tu disais dans une interview que tu ne préférais pas définir ton style musical. Est-ce toujours d’actualité ?

Rachelle | J’ai fait des morceaux R’n’B, reggae, dance hall… c’est l’univers musical dans lequel j’ai grandit, c’est ma génération. Quand il s’agit de composer je laisse la vibe prendre, naître. Si on veut absolument mettre un terme, je dirai peut être un style « afro urbain ».

 

 

RTM | Ca fait déjà quelques années que tu évolues dans la sphère musicale aux Antilles. Quel regard portes-tu sur la scène antillaise ?

Rachelle | Le secteur musical aux Antilles est assez particulier. On nous donne l’impression qu’il n’y a pas de place pour tout le monde, alors qu’en fait si. Ce qui est compliqué, surtout en tant que femme, c’est le fait de vouloir nous ranger directement dans la catégorie zouk, car c’est le style qui semble le mieux fonctionner pour les artistes féminines. A mes débuts, on me demandait souvent pourquoi je ne faisais pas de zouk, comme si c’était le passage obligé.

Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, je trouve qu’en tant qu’artistes nous ne sommes plus soumis aux formats imposés. C’est vraiment le public qui met la lumière sur les artistes de demain, et les médias suivent. Internet aide beaucoup d’artistes à lutter contre le monopole médiatique. Après il y a un tas de débats autour de ce « nouveau » tournant. Les achats de vues et de followers, la recherche du buzz avant la qualité et le message.

 

« Je fonctionne dans le milieu musical comme dans la vraie vie, au feeling. »

 

RTM | En parallèle de ta carrière de chanteuse, tu as également fait le choix de poursuivre tes études en management d’entreprise. C’était important pour toi d’avoir cet équilibre ?

Rachelle | Cela fait partie de mon éducation, ma mère ne m’a clairement pas laissé le choix (sourire). « Tu veux faire de la musique ok, mais l’école d’abord ». Je me voyais également mal faire de la musique sans faire d’études. C’était important pour moi d’avoir ce bagage scolaire.

La musique c’est tellement aléatoire. Tu peux exploser pendant 3 ans et ensuite plus rien. J’avais conscience de la difficulté à être une artiste et à en vivre. Etant en plus très timide, je m’imaginais mal faire ma Beyoncé sur scène, et Dieu seul sait à quel point j’en avais envie! Il fallait donc trouver un équilibre.

 

 

RTM| Comment parviens-tu à gérer les deux ?

Rachelle | Sur le long terme, mon objectif est de pouvoir vivre de ma musique. J’aimerais ne plus avoir le temps de travailler. C’est assez compliqué à gérer, il faut caler les heures de studios, gérer les diverses demandes, la vie de famille… Mais je m’organise comme je peux.

RTM | Tu disais avoir un caractère assez timide. Comment on gère sa communication notamment sur les réseaux sociaux lorsque l’on est timide justement ?

Rachelle | Je ne peux pas sourire, si je n’ai pas envie de sourire. Je ne sais pas faire semblant, et parfois ça peut être assez difficile car il y a beaucoup d’attitudes à adopter dans ce milieu… Mon naturel me rattrape toujours. Je fonctionne dans le milieu musical comme dans la vraie vie, au feeling. Au départ, je ne savais pas comment m’y prendre, je ne savais pas comment gérer ma communication sur les réseaux sociaux.

Finalement, je me suis rendue compte que je pouvais être naturelle et montrer à mon public qui je suis. S’ils aiment ma musique, ils aimeront surement ma personnalité… ou pas (sourire). J’ai donc appris à me montrer telle que je suis.

 

« Il est courant que les messages positifs soient très jolis en légende instagram mais moins acceptés en musique. »

 

RTM | On a l’impression que la musique sans l’image n’a plus vraiment sa place aujourd’hui. Comment trouver le juste milieu ?

Rachelle | Tu ne trouves pas le juste milieu, c’est le juste milieu qui te trouve car pour produire du contenu à outrance il faut avoir le porte feuille et le budget qui va avec. Les artistes sont tellement tombés dans le piège du clip à tout va que les réalisateurs ont augmenté leur prix. A l’époque tu pouvais produire un bon clip pour 2 000€, aujourd’hui certains clips coûtent entre 20 000 et 30 000€.

Quand j’ai démarré, nous avions décidé de proposer de jolis packages. Nous n’avions pas forcément les moyens de mettre beaucoup de sous dans les clips.

Pour les premiers morceaux, nous nous sommes concentrés sur la musique, les subtilité des photos, la bonne typographie… Arno étant designer et Mike travaillant dans l’audiovisuel, l’image ils connaissent. On ne sort pas de clip à la chaîne car ça fait quand même mal au cœur de mettre de gros budgets dans un clip alors qu’au final ce n’est pas toi qui décide si le son va marcher ou pas.

Je continue de croire que la bonne musique sera toujours retenue avec ou sans clip.

 

 

RTM | En parlant de tes textes, ressens-tu un accueil différent des morceaux plus conscient ?

Rachelle | Ce n’est heureusement pas toujours vrai mais j’observe que les morceaux les plus conscients passent pour moralisateur et ne touchent finalement que ceux qui se sentent réellement concernés.

Il est courant que les messages positifs soient très jolis en légende Instagram mais moins acceptés en musique.

Aujourd’hui je me positionne plus sur la féminité. Je n’écris que sur ce que je connais et là pour le coup… c’est mon domaine! Je parle d’amour, de sexualité féminine, de relations amoureuses, des femmes, du plaisir… Je veux montrer que l’on peut parler de ces sujets sans forcément tomber dans la vulgarité, dans le trash. Certains de ces morceaux sont très bien accueillis par le public.

 

« On vit sur une île où il y a une vraie proximité avec le public. Il y a des avantages mais également des inconvénients, car cette proximité casse certains privilèges que le public et les organisateurs peuvent offrir volontiers à des artistes étrangers. »

 

RTM | Parles-nous de tes inspirations ?

Rachelle | Je m’inspire des choses qui vont me tenir à cœur, des choses que je vais vivre de manière individuelle ou par procuration. On a tous cette amie qui t’appelle pour te raconter sa vie et ses malheurs pendant des heures, tu gaspilles ton temps et ton énergie à essayer de la remettre sur le droit chemin, qui à la fin de la conversation, te dit oui j’ai compris et qui t’appelle la semaine d’après pour te dire qu’elle a recommencé ou qu’elle s’est remise en couple. Ce sont ce genre de situations qui peuvent à la fois m’agacer et m’inspirer.

J’écoute aussi beaucoup de musique. En ce moment, j’aime écouter le rappeur 21 savage. J’ai eu une période James Blake également. J’aime aussi découvrir de nouveaux artistes. Il y a beaucoup de jeunes artistes qui font des choses magnifiques. Je pense notamment à Feez, One Blaze, Lov’ly, Ribabe… Ils apportent une certaine fraîcheur. Ca fait du bien.

RTM | Quelles sont les difficultés que tu as pu rencontrer en tant que femme dans cette industrie ?

Rachelle | Comme je te le disais au début, le fait d’être une femme aux Antilles et de ne pas faire de zouk, beaucoup de portes se ferment. On nous laisse croire que pour y arriver plus facilement en étant une femme artiste, il faut privilégier la voie du zouk. Il y a également l’inégalité de traitement. On vit sur une île où il y a une vraie proximité avec le public. Il y a des avantages mais également des inconvénients, car cette proximité casse certains privilèges que le public et les organisateurs peuvent offrir volontiers à des artistes étrangers.

Autre difficulté en tant que femme : l’entourage. Il faut savoir bien s’entourer, s’entourer de personnes de confiance. Je dirai même avoir des hommes dans son entourage, car malheureusement c’est l’un des meilleurs moyens pour freiner certaines personnes mal intentionnées.

Il y a une vraie discrimination. L’industrie musicale n’est pas favorable à l’émergence des artistes féminines. C’est une industrie composée essentiellement d’hommes qui semblent ne pas comprendre les enjeux. On attend des femmes une endurance et une constance que semblent maitriser les artistes masculins. Or on oublie ou on met le voile sur ce que c’est que d’être une femme en réalité. Aucune faute, aucun écart n’échappe à qui que ce soit quand il s’agit de celles qui maternent le Monde. Dans le monde la musique par contre, on aime le côté aguicheur, léger ou provocateur qu’on condamne dans la vie de tous les jours, ou encore une longue absence justifiée par une

maternité est synonyme de fin de carrière. D’ailleurs beaucoup de femmes abandonnent ou reculent leur projet de fonder une famille par ambition.

 

 

RTM | Quelles sont les femmes qui ont pu t’inspirer ou t’inspirent ?

Rachelle | Plus jeune, j’étais une grande fan de Tanya St Val. Pour moi, c’était une superstar, comme Witney Houston ou Mariah Carey. Il y a eu Alicia Keys qui m’a accompagné pendant une bonne partie de mon adolescence. J’avais tous ses albums que j’écoutais en boucle, que je connaissais par cœur. Il y a également eu Lauryn Hill.

Aujourd’hui les artistes féminines de talents sont tellement nombreuses qu’il est difficile d’avoir UNE icône. Queen B maybe…

RTM | Si tu devais nous citer une collaboration qui t’a marqué, laquelle choisirais-tu ?

Rachelle | La première avec Garfil, un rappeur antillais. Il a été mon premier featuring. J’aimais beaucoup ses morceaux. Il parle cru, il a un timbre de voix grave, il a cette lourdeur dans la voix et une très belle plume. C’était sa première collaboration féminine, je me suis mis la pression sur mon texte car je voulais mettre la barre haute. C’était une très belle expérience.

RTM | Quelles sont tes projets à venir ?

Rachelle | Il y a pas mal de sons prévus, des clips également pour accompagner ces morceaux. J’ai vraiment envie pour 2018 de remettre la musique au centre, sortir plus de vidéos live, acoustiques… Je vais commencer à balancer quelques vidéos d’ici peu.

RTM | Qu’est ce qui fait de Rachelle une Reines Des Temps Modernes ?

Rachelle | J’ai fait un choix musical qui est difficile. A mon niveau, je tente d’ouvrir des portes, de casser des barrières….Ca prend du temps, ça demande beaucoup d’énergie mais je ne compte pas lâcher. Je veux y arriver par la voie que j’aurai choisie. Je pense que c’est ce qui fait de moi une Reine Des Temps Modernes.

 

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