Je devais être au lycée. C’était en pleine période de carnaval. Tous les week-end, je devais négocier avec mes parents pour pouvoir assister au déboulé avec mes copines. Un dimanche, en pleine rue de Pointe-à-pitre, j’étais en compagnie de deux de mes amies et du copain de l’une d’entre elles. Il était lui même accompagné d’un ami. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais debout là, au bord de la route sur le trottoir, près d’un camion à bokit. Je portais un jean bleu ciel et un t-shirt gris. Les deux jambes légèrement écartées, le buste bien droit, mes épaules carrées attendant patiemment que les groupes arrivent.

Alors que le défilé battait son plein, l’ami en question s’approche de moi et me dit « Wendie, tu sais ce qui te rend sexy ? C’est ton côté masculin ». Humm… Ok… Ok… Je ne savais pas quoi répondre à cela. Se foutait-il de ma gueule ? Etait-ce un vrai compliment ? Comment les mots sexy et masculin pouvaient-ils cohabiter dans la même phrase ? Sur le coup, ne sachant pas quoi répondre, j’ai sourit bêtement et j’ai répondu « Merci ».

10 ans plus tard, je ne sais toujours pas s’il s’agissait d’un compliment ou d’une moquerie, mais je n’ai pas oublié cette petite phrase.

15 de judo et 10 ans d’athlétisme, ça te marque ton corps de femme ! A l’époque, impossible de déceler ne serait-ce qu’un millimètre de gras sur mon corps. Tous mes muscles étaient en place et dessinés. J’étais aussi musclé que mon frère. J’étais aussi musclé qu’un mec. J’avais la démarche d’un basketteur, comme me disait mon meilleur ami. Je n’étais pas non plus très « féminine ». Je détestais les boucles d’oreille, le maquillage ce n’était pas mon truc, les talons pas trop non plus, je n’aimais pas aller chez le coiffeur, d’où l’option locks dès mes 17 ans. Je fais également du 42 depuis que je suis au CM2. Les petites chaussures de princesses vernis ce n’était clairement pas pour moi. Les baskets sont donc rapidement devenues mes meilleures amies.

J’ai longtemps été complexé de cette période car je n’avais pas le corps de mes copines. A cause du sport, mes seins étaient relativement petits. Mes fesses, quant à elles étaient dures comme du béton. Rien ne bougeait. Rien ne voulait bouger. Rien ne pouvait bouger. Je me rappelle même qu’une fois, mon copain de l’époque (connard devant l’éternel, excusez mon vocabulaire) était venu me voir à un de mes entrainements de judo. Je n’avais pas encore de dreads à ce moment là. Je m’étais faite quatre grosses nattes pour l’entrainement. Je portais mon kimono et je suais sur le tatami enchaînants les combats. A la fin de l’entrainement, celui ci en s’approchant de moi m’a gentiment dit « J’ai pris du temps à te reconnaître. Lorsque je suis rentré dans le dojo, je t’ai pris pour un bonhomme… ». Je vous laisse imaginez ma joie sur l’instant.

Pendant des années donc je n’arrivais pas à apprécier ce corps qui était le mien. Cette masculinité qui faisait partie intégrante de ma personne.

Aujourd’hui, les choses ont un peu changé. Le sport ne fait plus parti de mes hobbies. Je le fuis comme la peste même. A choisir entre une journée de travail de 14h et une séance de footing de 20 min, je choisis la journée de travail. Pour te dire à quel point, mon corps et ma tête font un blocage. J’ai pris quelques kilos mais rien de trop alarmant. En revanche, tous mes muscles ont disparu. J’ai découvert que je pouvais moi aussi faire du booty shake. Chose qui m’était impossible de faire à l’époque par exemple. Mon dos est toujours autant dessiné et mes seins quant à eux ont quadruplé de volume. Mais j’aime ce nouveau corps. Il est pourtant loin d’être parfait. Rien n’est proportionné comme le voudrait la norme : des pieds trop grand, des seins trop gros, des lèvres trop pulpeuses, des doigts trop long, une voix trop grave, une peau trop foncée …

Lorsque je repense à cette phrase qui m’a été dite, je me dis que ce jeune homme avait clairement raison. Ma masculinité est clairement l’atout principal de ma féminité. Si autrefois, je ne l’assumais pas à cause du regard des autres, aujourd’hui elle fait entièrement partie de moi. Lorsque certaines se sentent « femme” en talons haut et mini jupe. Moi, je me sens « femme” lorsque j’emprunte les pulls de mon mec et que j’y ajoute ma petite touche personnelle. Je me rappelle d’ailleurs qu’à l’époque où je passais mes oraux d’école de commerce, toutes mes copines s’étaient achetées de jolies robes et de jolies jupes pour l’occasion. En ce qui me concerne, j’avais opter pour un tailleur veste/pantalon blanc, chemise noire et chaussure noire et blanche en hommage à Michael Jackson. Je me trouvais On Fire!

Il y a tellement de manière d’être une femme. Pourquoi se réduire à un modèle type ? Il y a autant de manière d’être une femme qu’il y a de femme sur cette planète. La femme que j’ai décidé d’être, c’est celle qui aime les travaux manuels, monter des meubles, réparer des choses. Celle qui aime parler souvent trop fort, dont le langage est rarement délicat. C’est celle qui est malheureusement l’antonyme de la souplesse et qui ne peux garder les jambes croisées trop longtemps ou s’asseoir en tailleur car ça lui fait mal aux adducteurs et bon dieu qu’est-que c’est chiant. C’est celle qui se ressert souvent deux ou trois fois à table, et qui pourtant déteste cuisiner…

Ma masculinité, je l’aime. J’aime mes épaules trop carrés, j’aime ma démarche pleine d’assurance. J’aime ma non chalance exacerbée. J’aime mes dreads trop longues. J’aime mes doigts trop long et mes boobs trop gros. Bon, j’apprends à aimer mes pieds trop long, mais je me suis trop faite taclé à ce sujet par mes potes pour assumer pleinement. D’ailleurs, Chouby si tu me lis, je ne te remercie pas. J’aime porter les mêmes baskets tous les jours. J’aime aussi mettre du rouge à lèvre sur mes lèvres trop pulpeuses et twerker devant mon miroir pour admirer le gras qui est venu prendre la place de mes muscles dans mon arrière train.

J’aime la femme que je suis et celle que je suis entrain de devenir. Mais surtout j’aime cette masculinité qui rend ma féminité si unique !

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