Cela m’a pris un long moment de réflexion avant que je ne me décide à écrire mes confidences. J’avais peur d’incriminer mes parents avec mes mots maladroits et peut-être tranchants mais surtout peur de me retrouver avec une étiquette d’ingrate sur le front pour avoir pointé les dysfonctionnements de mon éducation.
Sauf que dernièrement je suis tombée sur cet article de Odissey : “Dear Black Parents, You Need To Stop Doing These 13 Things”. J’imagine que parmis celleux qui l’ont lu, beaucoup s’y sont retouvé.e.s. J’ai ri et ai même regretté le temps où je vivais encore chez mes parents.
Je vais donc revenir sur les points qui m’ont touché et qui, selon moi, sont vraiment à revoir.

“Va me chercher la rigoise !”

Le quatrième point aborde la maltraitance ainsi que de violence physique.

J’ai 26ans et je ne réside plus chez mes parents. Je pense que si j’habitais encore chez eux ils n’auraient pas hésité à m’en coller une à la moindre parole déplacée ou écart de conduite mais qu’en est-il face à un enfant ? Je me souviens que petite ma mère me pinçait la joue lorsque je répondais de la tête, que mon père me réprimandait quand je renversais un verre d’eau. Mais était-ce nécessaire d’user de la paume de la main quand j’appelais un membre de ma famille par son prénom ? Ou claquer la ceinture sur mes cuisses quand j’osais claquer la porte de ma chambre après une énième réprimande ? J’en doute fortement parce qu’en agissant ainsi, mes parents ont surtout façonnés l’image que je me faisais d’eux de crainte et non de respect. Certes, petite, je les aimais, les respectais puis je les voyais comme des modèles et c’est toujours le cas aujourd’hui mais c’est bien la crainte que je place au premier plan au point que la communication avec eux n’a rien de spontanée ou naturelle. De base la “communication” avec mes parents ne s’appuyait pas sur l’échange (le comble !) mais plutôt sur le  monopole de la parole de mes parents. Alors quand j’ai pu exposer mes idées -toujours dans la crainte- tout était calculé afin que la “discussion” n’aggrave pas l’hypertension de ma mère.

Et maintenant ? Eh bien je pense que le fait d’avoir préconisé les coups à l’échange on fait que j’ai d’énorme lacunes en communication. Avec mon entourage proche (sans compter la famille) je parle rarement si ça ne va pas et quand j’ose me confier ce n’est qu’à moitié. Sans oublier le fait que lorsque j’ai peur de contrarier ou décevoir je me tais. Alors je vous laisse imaginer avec mes parents…

“C’est pas pour les hommes ça !”

Le point suivant demande aux parents de laisser l’enfant développer sa créativité. Je me souviens que vers mes 7-8 ans ma mère m’avait demandé si je ne voulais pas apprendre à jouer du piano, j’ai répondu que non (chose que je regrette beaucoup aujourd’hui), elle n’a pas insisté. Vers mes 11 ans j’ai demandé à mon père si je pouvais prendre des cours de danse mais avec la TV qui vomissait les clips US de MTV il n’était pas rassuré par ces mouvements quelques peu osés que je reproduisais naïvement alors sa réponse fut évidente : “non”. Je n’en ai pas souffert. Cela ne me tenait pas tant à cœur de plus j’avais d’autres occupations. Je dévorais les livres du CDI, j’écrivais des histoires débiles quand je ne savais plus comment nourrir mon skyblog. Mais j’ai remarqué que dans notre communauté, un enfant qui envisage une vie d’artiste est peu (ou pas du tout…) encouragé par ses parents.

J’aimerais dire à ces parents qu’il n’y pas de mal à ce que votre enfant ne finisse pas dans un bureau avec une plaque à son nom sur la porte, qu’avoir un fils danseur ne le rendra pas moins homme, qu’avoir une fille chanteuse n’a rien de scandaleux. Appuyez ses motivations si vous jugez que la voie qu’il souhaite entreprendre est saine. Donnez-lui (tous) les outils nécessaires afin que le chemin lui soit le moins ardu possible. La vie d’artiste semble pénible, ingrate alors pourquoi lui soustraire le plus important (selon moi) des soutiens ?

“T’es bête !”

Il y a également un sujet qui n’est pas abordé dans l’article mais qui est très important pour moi : la valorisation. Mes parents avaient une drôle de manière de m’encourager, surtout mon père. Il avait tendance à mettre en avant mes faiblesses, me dire que si je ne comprenais pas un exercice c’est que j’étais tout simplement bête. Si cette  “technique” a fonctionné avec mon frère qui voulait à tout prix lui démontrer que sa tête était bien faite et que ses méninges s’articulaient parfaitement il n’en a pas été de même avec moi. A force d’entendre que j’étais une incapable ou encore que je n’arriverais à rien j’ai fini par le croire. C’est donc tout simplement que j’ai grandi avec un gros manque de confiance en moi qui me gêne encore aujourd’hui. Je me remets sans cesse en question, j’ai souvent (pour ne pas dire toujours…) besoin qu’on me valorise, qu’on valide mes choix même quand je sais qu’ils sont bons et je passe surtout à côté de beaucoup de chose parce que je m’estime inférieur. Triste n’est-ce pas ?

Malgré ces quelques points négatifs qui font heureusement (ou malheureusement) ma personne, je dois tout de même dire que mon éducation n’était pas tant à plaindre que cela. J’ai quand même de très bons et beaux souvenirs de mon enfance.

Mais je sais surtout que je ne donnerais pas l’exacte éducation que j’ai eue à mes enfants.

Non merci.

Contributrice

Sophie
Sophie
Sophie, Afrofem en apprentissage, déconstruction en cours. Selon mon entourage je suis pétillante, amour, naturelle, authentique, hypersensible, engagée, gentille et souriante

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