Dans ce documentaire lumineux et intense, le réalisateur de «Bovines» filme un travailleur congolais sur le chemin de son labeur. Dans la région de Katanga, un jeune villageois, espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail.

Makala suit, au sens le plus précis du terme le processus du charbon. Du choix de l’arbre, l’abattage, la découpe, la transformation en charbon (qui, en swahili, se dit makala) dans un four en terre construit par Kabwita, puis empaquetage du charbon dans des sacs aidé par sa femme Lydie, les attachant sur un vélo et traînant insoutenablement sur ce 2 roues de fortune surchargé sur cinquante kilomètres jusqu’à arriver à Kolwezi (république démocratique du Congo) pour vendre le fruit de son labeur sous des contraintes climatiques pas évidentes. C’est l’essentiel de ce que montre ce documentaire aussi patient et obstiné que l’homme auquel il est consacré.

Nous sommes plongés dans un suspense : Kabwita parviendra-t-il sain et sauf à la capitale ? Aura-t-il l’habileté de récolter l’argent nécessaire à faire vivre sa famille et surtout réaliser son projet de construction de maison.

Le réalisateur nous offre un puissant thriller. Emmanuel Gras fait plus que documenter une réalité extérieure, il nous fait vivre le quotidien de ce héros. Il nous fait découvrir la valeur des efforts et du prix des rêves de ce jeune père de famille où on apprend le contraste entre le travail fourni et la valeur économique.

Il accompagne littéralement Kabwita, adopte sa temporalité, marche sur ses pas, éprouve le monde avec lui, dans un effort conjoint, il sublime cette réalité en révélant sa part d’étrangeté, de grandeur ou même de beauté, et il élève son personnage à hauteur de mythe en faisant résonner la condition humaine en ce seul être, sorte de Sisyphe incarné en un miséreux prolétaire africain.

Une des séquences qui m’a marquée, c’est lorsque le héros, abat l’arbre, les plans de la caméra s’élèvent et tournoient lentement, comme portés par le vent et guidés par les circonvolutions des branches, j’ai été subjuguée par la puissance de la beauté des paysages. Il nous propulse directement en Afrique. Plus tard, des travellings fluides le long des routes découlent comme naturellement de la marche du charbonnier lors de son pénible parcours vers la ville. Et lorsque, de nuit, il entre enfin à Kolwezi, le montage s’accélère dans une accumulation de bruits, de lumières électriques, de visages croisés furtivement. Ce lyrisme vibre aussi dans les violoncelles de la musique composée par Gaspar Claus.

On reste en haleine devant les efforts surhumains de Kabwita, on suit la marche fatiguée de Kabwita dans des paysages secs et sous une chaleur hostile, comme une errance qui nous paraît sans fin. On est totalement concentré sur la pénibilité du cheminement de ce charbonnier. Le réalisateur offre un puissant thriller.

Mon regard a été transformé par la simplicité et la pureté de l’image qui nous entraine irrésistiblement en terre du Congo. Ce documentaire est juste impressionnant, il soulève des problèmes politiques dans un système ultra libéral et laisse à méditer sur la réflexion de la déforestation en Afrique, un problème majeur !

Prix décerné à Makala, le Grand prix de la semaine de la critique de Cannes 2017

NE RATEZ PAS CE DOCUMENTAIRE ÉPIQUE QUI SORTIRA EN SALLE LE 06/12/2017 !

Contributrice

Angie ZeGooD
Angie ZeGooD
Danseuse à mes heures perdues Passionnée de musique, de nature joyeuse, je rêve de faire le tour du monde du haut de mes talons de 10 cm avec mon verre de vin à la main.

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