La QUEENSPIRATION que nous souhaitons vous présenter fait partie de cette génération de femmes qui a décidé de dépoussiérer le monde de l’édition. En autoéditant son premier roman jeunesse, Neïba Je-sais-tout, la jeune auteure Madina Guisse nous offre une héroïne noire dont l’histoire, à la fois drôle et touchante, risque bien de séduire petits et grands.

RTM | Bonjour Madina, peux-tu te présenter pour nos lectrices.teurs ?

Madina | Je m’appelle Madina. Je suis l’auteure de Neïba Je-sais-tout, un roman jeunesse à destination des enfants à partir de 6 ans.

RTM | Peux-tu nous raconter l’histoire de Neïba, l’héroïne de ce roman ?

Madina | Neïba, petite fille de 9 ans, drôle, un peu de mauvaise foi, mais c’est ce qui fait tout son charme, qui a du mal à garder des secrets. Un jour elle apprend un secret sur son frère Ibrahima qu’elle a du mal à garder pour elle…

Divisé en deux parties, la première partie très humoristique nous permet de suivre Neïba dans sa mission. Tandis que dans la deuxième partie, ce sont les adultes qui prennent la parole et qui expliquent à Neïba, pourquoi c’est important de garder un secret et en quoi ça nous rend précieux.

RTM | Tu as décidé de te consacrer entièrement à tes projets d’écriture depuis pratiquement un an. Quelles étaient tes motivations ?

Madina | L’idée de me lancer dans l’écriture d’un projet murissait en moi depuis un certain temps, mais le déclencheur est venu au moment où j’ai voulu quitter mon poste pour faire autre chose. J’étais chargée de communication dans un cabinet d’audit depuis 4 ans, et j’ai voulu changer. J’avais fait le tour. J’ai commencé à envoyer des CVs. J’étais toujours short listée mais on me disait toujours « non, ce ne sera pas vous ».

Un jour, je tombe sur une offre de poste qui correspondait exactement à mes attentes. Je m’étais dit, ce poste est pour moi. J’ai postulé de manière classique. Pas de réponses. Donc j’ai pris l’initiative d’envoyer de nouveau ma candidature en la personnalisant. Ils ont trouvé mon geste culotté et m’ont rappelée. J’ai passé deux entretiens qui s’étaient très bien passés puis plus rien, plus de nouvelles.

Lorsque j’ai recontacté l’entreprise afin de connaître les raisons du refus de ma candidature, ils m’ont dit qu’ils avaient préféré prendre une personne qui avait de l’expérience dans le secteur de l’agroalimentaire et puis que j’avais été trop expressive. Je n’ai pas compris cette remarque, ça m’a un peu démoralisé et là je me suis, « Madina, tu te rends compte à quel point tu t’épuises et dépenses de l’énergie pour des entreprises qui ne veulent pas de toi. Pourquoi tu n’investirais pas cette énergie pour toi ? ». C’est ce qui m’a poussé à vouloir me construire un projet professionnel enraciné dans mes considérations personnelles.

RTM | Et à quel moment nait ton héroïne Neïba ?

Madina | A partir de février 2016, suite à la réponse négative du groupe en question. J’ai fais un bilan de compétences sur mes expériences acquises, ce que je savais faire et ce que j’aimais faire. Puis le projet est venu tout doucement Et en me replongeant notamment dans les réalisations dont j’étais le plus fière, je me suis rendue compte que ça tournait généralement autour de l’écriture. Une fois que j’ai pris conscience de cela, je me suis demandée les thématiques que je voulais aborder et le genre de livre que je voulais proposer. J’ai pensé à moi lorsque j’étais plus jeune, à mes neveux nièces et tout naturellement c’est le roman jeunesse qui a émergé.

J’ai démissionné fin septembre 2016, et j’ai commencé à écrire Neïba, en décembre de la même année.

J’avais envie d’une belle histoire et d’une belle leçon de vie à partager avec des enfants. Je ne voulais pas d’une héroïne simplement drôle.

RTM | Pourquoi t’être orientée vers le roman jeunesse ?

Madina | Petite, je lisais beaucoup : Les malheurs de Sophie, Tom Tom et Nana, Tintin, Le petit Nicolas, les romans d’Agatha Christie…De très beaux livres, où l’on apprend beaucoup de choses mais malheureusement je ne ressemblais pas au Petit Nicolas, je n’avais pas les mêmes cheveux que Sophie et j’avais encore moins la vie de Tintin. C’est en grandissant que je me suis rendue compte que le manque de personnages auxquels j’aurais pu m’identifier étant petite à travers mes lectures, était à l’origine de mon manque de confiance en moi. Je me suis vite rendue compte que je n’étais pas la seule dans cette situation. Sauf qu’en 2017, je trouvais cela triste de devoir encore se contenter du manque de diversité de la littérature jeunesse. J’ai des neveux et nièces, et lorsque je vais à la Fnac pour leur acheter des livres, j’ai le choix entre Kirikou et Tintin au Congo lorsque je veux trouver des personnages qui leur ressemblent.

J’avais envie de pouvoir leur offrir des histoires qui leur ressemblent et surtout qui se passent en Occident, parce qu’ils sont nés ici et que je voulais qu’ils puissent s’identifier à des personnages .

RTM | Quel est ton rapport à l’écriture ?

Madina | J’ai toujours aimé lire et écrire. Je ne fais pas partie de ces personnes qui tenaient un journal intime depuis qu’elles ont l’âge de lire, d’ailleurs je n’en ai toujours pas ! Mais j’ai toujours eu beaucoup d’amour et de respect pour l’écriture. Quand il fallait écrire des rédactions en cours, lorsqu’il y avait des concours d’écriture, je prenais toujours beaucoup de plaisir à participer. Aujourd’hui, mon rapport à l’écriture a évolué. Je comprends que c’est un travail, ça se travaille tous les jours. C’est la raison pour laquelle j’ai une coach qui me suit. On ne se réveille pas un matin en écrivant des poèmes fulgurants. Même Guillaume Apollinaire a du s’exercer fort avant d’écrire « Le pont Mirabeau ». Je le répète souvent : un talent sans travail c’est comme un bel homme sans bonnes manières : ça ne sert à rien.

RTM | Tu as fait le choix d’autoproduire ton roman. Qu’est-ce qui t’a motivé à faire ce choix ?  

Madina | Lorsque j’ai commencé à me poser la question sur les moyens de production du roman, j’hésitais vraiment entre passer par une maison d’édition et autoproduire. Je me suis cependant rendue compte que mes motivations pour passer par une maison d’édition n’étaient pas suffisantes. L’un des problèmes majeurs de ce choix résidait dans la rémunération attribuée à l’auteur qui s’élève généralement à 5/6% en moyenne. J’avais l’impression qu’en tant qu’auteur, on était un peu le bûcheron qui allait couper du bois, qui le ramène ensuite à la maison d’édition et qui repart avec deux allumettes.

J’ai donc décidé de faire les choses par moi même. Je savais que ça allait être compliqué en termes de démarches. Je devais apprendre un nouveau secteur, un nouveau métier. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé très tôt de me faire accompagner notamment pour la diffusion. Evidement, il faut faire attention sur Internet où on trouve de tout. Mais j’ai finalement décidé de passer par Publishroom, qui me semblait proposer le meilleur rapport qualité/prix. Je me suis également rapprochée d’une agence littéraire pour une énième relecture.

C’était important pour moi de ne pas être seule et surtout j’avais envie de proposer un produit de qualité. Les enfants étant les premiers lecteurs, je me devais d’être très rigoureuse. Il y a tellement peu d’offres en termes de littérature jeunesse afro que l’on se doit d’offrir de la qualité.

RTM | Peux-tu nous parler des magnifiques illustrations du livre ?

Madina | Elles ont été réalisées par une artiste qui s’appelle LylyBlabla que j’ai découverte via son compte Instagram. J’aimais son travail, je le trouvais qualitatif et je n’ai pas hésité même si ça impliquait de revoir mon enveloppe budgétaire pour justement pouvoir offrir des illustrations à la hauteur de mes attentes.

RTM | Où peut-on se procurer ton ouvrage ?

Il est disponible en commande dans de nombreuses librairies dont la Fnac, Présence Africaine et la Griffe Noire. Il est également disponible sur Amazon. J’ai également une boutique en ligne sur Tictail où l’on peut le retrouver. N’hésitez pas à passer par ce dernier biais, je pourrai vous l’envoyer dédicacé

RTM | Quelles ont été les difficultés que tu as dû affronter ?  

Madina | As-tu une heure devant toi ?  . Plus sérieusement, l’une des premières difficultés a été la gestion de mon temps. Après avoir passé 4 ans en entreprise où tu te lèves tous les jours avec ta TO DO de la journée et des objectifs à court, moyen et long termes à atteindre, c’était difficile d’organiser mon temps et mes journées. C’est difficile de juger son propre travail.

La deuxième difficulté, c’est la solitude. On se retrouve seule à devoir prendre des décisions, à devoir se rassurer, se motiver. Ne plus avoir de collègues à qui se confier, ce n’est pas évident à gérer. Et puis il y a le regard des autres à gérer qui nous considère comme des super héros et qui ne voient pas forcément toutes les phases de galères, les moments de doutes, et de découragement.

Aujourd’hui j’ai la chance de m’être constitué un petit réseau dans l’entrepreneuriat et d’avoir des personnes avec qui échanger. La sororité aussi c’est très important.

RTM | Quelles sont les prochaines étapes ? As-tu des projets d’écriture en cours ?

Madina | En priorité, je souhaite élargir le réseau de distribution et de diffusion de Neïba, me rapprocher notamment des institutions. En tant qu’auteur indépendant, il faut savoir se créer son propre réseau de distribution. On ne peut pas exister uniquement à travers le réseau de distribution classique. Même si c’est un réseau à ne pas négliger afin de pouvoir justement diversifier l’offre existante, et se retrouver entre un Petit Nicolas et une Comtesse de Ségur.

Je commence également à écrire le deuxième tome de Neïba. J’aimerais aussi me tourner vers d’autres projets d’écriture, notamment des romans Young Adults. Mais ça se fera avec le temps, j’ai dois continuer de muscler mon écriture et ma culture générale.

RTM | As-tu grandi avec des modèles ? Pourrais-tu nous en citer quelques uns ?

Madina | J’ai mis du temps à m’identifier à des modèles qui me ressemblaient et dont je pouvais m’inspirer. Les personnes que l’on me présentait comme inspirante à l’époque ne me ressemblait pas. Je me disais qu’ils avaient de la chance mais je savais que je ne pouvais pas être comme eux.

Dans un premier temps, ce sont mes parents qui m’ont servi de source d’inspiration. Ils sont une source d’humilité. Ils ont toujours travaillé, et ne se sont jamais ou rarement plains. Quand j’ai un coup de mou, je pense à eux.

Ensuite, il y a eu deux personnages importants dans ma construction. L’auteur Cheick Anta Diop qui a écrit Nation, nègres culture et civilisation. J’ai redécouvert l’histoire de l’Afrique à travers lui. Ce livre a allumé une lumière en moi, je me suis dit on vaut quelque chose. C’est terrible à dire, mais j’ai mis du temps à l’admettre car j’ai été très complexée pendant des années. Sauf que quand tu lis Cheick Anta Diop, tu passes par une phase de révolte.

Puis, j’ai lu l’autobiographie de Malcom X lors d’un voyage à New York. Ce livre m’a permis de faire la paix avec moi même. J’ai d’abord découvert une personnalité passionnante, une personne intègre. Malcom X m’a permis de comprendre que l’on pouvait s’aimer soi-même sans détester l’autre, que l’on pouvait être fier et que l’on se devait d’avancer sans pour autant oublier ou encore moins excuser. Je voulais juste me distancier de cela. C’est dommage car il est encore malheureusement présenté uniquement comme un « Angry black man ».

Les sportifs de haut niveau aussi m’inspirent beaucoup. Pour moi à ce niveau de compétences, c’est de l’art. Un sportif comme Teddy Riner est un artiste à mes yeux. J’aime regarder des interviews de ces personnalités inspirantes, car ça me rappelle que eux aussi sont passés par des phases de galères. Teddy Riner n’est pas né avec ses médailles autour du cou. Pareil pour JK Rowling, avant le succès d’Harry Potter, elle en a connu des situations difficiles.

Aujourd’hui je m’inspire de plein de choses, de pleins de parcours différents, de personnes dont la grandeur d’âme équivaut à la grandeur de leur humilité.

RTM | T’es-tu toujours sentie soutenue par ton entourage ?

Madina | D’une manière générale, je n’ai quasiment pas eu de retours négatifs. Pourtant j’ai des parents africains, pour qui c’est important d’avoir un CDI. Mais ils se sont rapidement rendus compte que je n’étais plus épanouie dans mon travail. J’étais épuisée. Ils m’appelaient parfois à 1h du matin et j’étais encore au travail, je travaillais également les week-ends. Ils ont donc accepté cette alternative avec beaucoup d’engouements. Pour eux, c’était tout sauf ce que je faisais avant.

En revanche au niveau de mon entourage, j’ai eu des réflexions du type « mais les noires ne lisent pas, pourquoi vouloir écrire un livre ? ». Je me suis dit que c’était bien la preuve qu’il y avait un problème et qu’il fallait surtout le résoudre. Entendre en 2017 que les noirs ne lisent pas, c’est extrêmement grave. C’était une motivation supplémentaire pour aller au bout de ce projet.

RTM | Dernière question, qu’est ce qui fait de Madina, une Reine Des Temps Modernes ?

Madina | Une Reine Des Temps Modernes, c’est une femme qui n’hérite pas d’un royaume mais qui le construit. C’est une femme qui se bat pour obtenir ce qu’elle veut. La Reine Des Temps Modernes que j’aspire à devenir, c’est ce mélange de la Reine de Saba, pour son élégance et d’une Cookie Lyon, pour son audace sans son impusilvité. Une Reine Des Temps Modernes, c’est une femme qui sait se faire entendre, et qui en toute circonstance fait preuve de dignité et de hauteur d’esprit.

 

 

 

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