En seulement 3 ans, elle est devenue la référence de l’Afrique à Paris. Jacqueline Ngo Mpii, créatrice de la plateforme Little Africa s’est donnée pour mission d’offrir une autre vision du tourisme parisien en valorisant la richesse de sa diversité.

Elle est notre QUEENSPIRATION du jour, et elle a accepté de revenir sur les prémices de cette start-up pleine d’avenir. 

RTM | Peux-tu te présenter pour nos lectrices et lecteurs ?

Jacqueline | Je m’appelle Jacqueline Ngo Mpii. J’ai 28 ans bientôt 29. Je suis la fondatrice de Little Africa, une agence culturelle et touristique de promotion de l’Afrique, plus précisément l’Afrique diasporique ou hors frontière comme on l’appelle. Nous souhaitons faire un focus de cette Afrique qui vit en dehors du continent. C’est un peu comme un cercle de réflexion sur les impacts de l’immigration, l’esclavage, l’héritage des racines africaines et culturelles qui continuent de vivre hors frontière.

J’ai découvert pour la première fois qu’il y avait des noirs en Amérique latine, ce que je n’imaginais pas au vu de l’image qui a longtemps été véhiculé

RTM | Comment t’es-venu l’idée de créer Little Africa ?

Jacqueline | L’idée m’est venue à l’époque où j’étais au Mexique. J’avais 22 ans. J’ai découvert pour la première fois qu’il y avait des noirs en Amérique latine, ce que je n’imaginais pas au vu de l’image qui a longtemps été véhiculé : une Amérique latine blanche que l’on nous présentait à travers les télénovelas, les journaux et l’industrie touristique. Sur place, je me suis retrouvée à côtoyer des afro descendants qui écoutaient la même musique que moi, qui me ressemblaient, qui partageaient une même spiritualité. Je suis rentrée en France bouleversée car je prenais conscience de toutes ces choses que je ne connaissais pas sur le continent. J’ai eu envie d’en savoir plus.

Je ne me voyais pas du tout entrepreneur entrepreneuse au départ. Après avoir travaillée 10 ans dans le tourisme, j’ai eu envie de créer une agence de voyage. Je venais de quitter un emploi qui ne me plaisait pas, je ne me reconnaissais pas dans les offres et les missions que l’on proposait. J’en voulais plus, je considérais qu’au vu de mon CV je méritais plus. Je ne voulais plus perdre mon temps. Ce sont ces différentes frustrations liées au marché du travail qui m’ont poussé à vouloir créer mon entreprise. Je voulais créer une agence de voyage portée sur les questions culturelles et historiques liées à l’Afrique.

Pour monter une agence de voyage en France, il faut avoir un certain nombre de garanties financières, et prendre une licence qui coûte 200 000€. J’ai monté mon dossier, je me suis présentée et on m’a refusé les fonds pour la licence. Fin 2014, je me suis donc retrouvée bredouille, avec mes indemnités de chômage qui prenaient fin. C’est comme ça que je me suis retrouvée guide, un métier que j’avais exercé auparavant sans vraiment trop de conviction.

Un ami m’a fait remarquer que j’avais abattu un travail colossal et que je ne devais peut-être pas tout laisser tomber à cause d’un refus. Nous nous sommes embrouillés car j’avais l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait. Puis, je me suis dit qu’il avait raison et que j’allais faire les choses autrement et à plus petite échelle. J’ai donc décidé de lancer la plateforme Little Africa, qui permettrait de faire découvrir cette Afrique hors frontières.

RTM | Comment t’es venu le nom Little Africa ?

Jacqueline | Je me suis souvenue d’un voyage à New York et des quartiers Little Italy, Little Cuba ou encore Little Haïti que j’avais visités. Je me suis rendue compte que c’était exactement ce que je voulais faire : valoriser l’empreinte d’une communauté dans une ville en dehors de son pays d’origine et qui vaut son pesant d’or (économiquement et culturellement) dans le pays où elle se trouve.

C’est ainsi qu’est née Little Africa.

RTM | Très peu de temps après, tu lances une campagne de crowdfunding afin de lancer le City Guide, le City guide de l’Afrique à Paris. A quel moment décides-tu de proposer un format papier ?

Jacqueline | La plateforme est née en Novembre 2014. Les premiers parcours de visites sont arrivés en mai 2015 et l’idée de créer un City Guide papier est née en décembre 2015.

En réalisant les parcours de visites, j’ai commencé à détecter un besoin. Les participants me demandaient fréquemment de leur remettre un support pour pouvoir continuer les visites. Je me suis simplement rendue compte que la plateforme digitale ne suffisait pas, les gens en voulaient plus.

Nous avons tenté d’approcher quelques maisons d’édition sans succès. Donc après 5 mois de recherche et suites aux recommandations d’une dernière maison rencontrée, nous avons décidé de faire les choses par nous même. Mon graphiste qui venait de rejoindre l’équipe et qui avait refait toute l’identité graphique de Little Africa, m’avait dit un jour qu’il avait eu une expérience d’édition de livres.

C’est ainsi que nous avons pris la décision de produire le City Guide en autoédition. Nous avons eu un mois pour mettre en place la campagne de crowdfunding car nous savions déjà que nous allions participer à la foire AKAA (Also Known As Africa). Le City Guide devait absolument sortir pour cet événement phare. Ne pas avoir le City Guide prêt pour la foire, c’était rater le lancement du livre.

Heureusement nous avons pu être dans les temps, mais les 5 mois qui se sont écoulés entre le début de la campagne et la sortie du livre ont été très intenses.

RTM | Qui se cache derrière l’équipe Little Africa ?

Jacqueline | J’ai mon webmaster qui est là depuis le début de l’aventure. Il est à l’origine de Guiroot, il nous accompagne sur toute la stratégie de communication. Il y a aussi Stéphane, notre graphiste qui s’est chargé de maquetter le livre. Il y a également Honorine, ma sœur, qui est arrivée cette année. Il y a aussi Alice et Dora aux partenariat et à la communication.

A mes yeux, le plus difficile est de trouver des personnes qui sont prêtes à travailler avec toi avec passion, à s’engager jusqu’au bout malgré les difficultés financières du début notamment.

RTM | Si tu devais parler d’une difficulté entrepreneuriale …

Jacqueline | Il y a quelque chose qu’aucun manuel, aucun article ne pourra expliquer et anticiper, ce sont les relations humaines. A mes yeux, le plus difficile est de trouver des personnes qui sont prêtes à travailler avec toi et avec passion, à s’engager jusqu’au bout malgré les difficultés financières du début notamment.

Pendant toute une année, j’ai été seule et c’est n’est pas faute d’avoir essayer de trouver un associé. Je voulais même désespérément trouver un associé. Mais c’est difficile de trouver une personne qui sera prête à s’engager et à prendre en charge de vraies responsabilités, avec une vraie vision de développement, lorsque cette personne n’est pas à l’origine de l’idée de départ.

Pour moi le plus difficile a été de trouver un vrai socle. Aujourd’hui on est une petite équipe solide de 4 à 5 personnes. Je sais que c’est le noyau. Mais ce noyau là, ça a pris du temps pour le mettre en place.

RTM | Quelles sont les ambitions de Little Africa à l’international ?

Jacqueline | Aujourd’hui, nous souhaitons développer Little Africa à Londres, à travers des publications et des collaborations avec des personnes en local. Si Little Africa s’appelle Little Africa et non « Little Africa Paris », c’est aussi lié à cette ambition de pouvoir s’étendre à d’autres grandes villes.

RTM | 2017, a été une grosse année culturelle où l’Afrique était au cœur de bons nombres d’événements. Selon toi, il y a t-il un véritable mouvement qui se met en place ou s’agit-il d’une tendance qui pourrait s’essouffler ?

Jacqueline | Je considère qu’il s’agit là d’un véritable mouvement. C’est vrai que tout d’un coup, les grandes institutions se sont parées de la thématique « Afrique » mais je pense aussi qu’il y a un véritable mouvement emmené par notre génération qui est amené à perdurer. C’est à nous de ne pas laisser ce mouvement s’essouffler et de nous organiser pour les années à venir.

RTM | Comment te positionnes-tu par rapport au continent africain ? Il y a-t-il une ambition de s’y développer ?

Jacqueline | C’est un peu complexe. Notre nom, c’est Little Africa. Le positionnement de la marque, c’est d’avoir un regard sur l’Afrique mais de ne pas se faire aspirer.

On veut continuer de promouvoir cette Afrique qui pour nous est en dehors du continent, et faire le lien entre cette Afrique diasporique et le continent.

L’Afrique on y viendra petit à petit, d’abord sur un positionnement artistique puisque ça fait partie de notre ADN et pourquoi pas sur des choses beaucoup plus générales qui concernent la culture de manière générale.

L’un de nos objectifs d’ailleurs pour la prochaine édition du City Guide est de valoriser les Caraïbes. La thématique est lourde, il faut que l’on dépoussière petit à petit. Il y a beaucoup de choses à faire.

RTM | En moins de 3 ans, Little Africa a eu l’opportunité de collaborer avec de belles enseignes et institutions telles que les Galeries Lafayette ou encore la Fondation Cartier. Quelles sont vos valeurs ?

Jacqueline | Je pense profondément que si les institutions se rapprochent de nous en tant qu’entrepreneur, c’est d’abord par rapport à la qualité de notre travail et à notre réputation. C’est une règle qui vaut pour tout le monde. Pour nous, il n’y a pas eu d’exception, notre travail a tout de suite séduit.

Le site a été lancé en Novembre 2014, 6 mois après, nous étions contacté par la Fondation Cartier pour un partenariat sur l’exposition Beauté Congo, puis il y a eu le Quai Branly et ensuite ça s’est enchaîné.

Nous ne sommes pas un site buzz. Nous prenons le temps d’étudier nos sujets, de faire nos recherches, d’aller chercher les sources, de faire des publications soignées et d’avoir une communication à la hauteur.

Si on regarde les chiffres de Little Africa sur les réseaux, nous sommes un petit poisson dans l’eau. Mais nous avons la chance d’avoir des partenariats solides parce que nous avons pour règle d’or de fournir un travail qualitatif.

RTM | Peux-tu nous citer l’un de tes modèles d’inspiration ? Qui sont tes modèles d’inspiration ?

Jacqueline | Une des femmes dont j’ai beaucoup suivi le travail quand je me lançais s’appelle Swaady Martin-Leke. C’est un franco ivoirienne. Elle est la créatrice de la marque YSWARA, une marque de thé de luxe africain.

Je suis beaucoup inspirée par cette femme parce que j’aime beaucoup son parcours. J’ai suivi son ascension, la manière dont elle a réussi à revaloriser la culture africaine dans un produit mainstream tout en lui donnant une dimension supplémentaire.

Je me considère comme une Amazone, une guerrière qui fait preuve de force face à toutes épreuves, tout en étant capable de rester femme.

RTM | Qu’est ce qui fait de Jacqueline une Reine Des Temps Modernes ?

Jacqueline | Je pense qu’une Reine Des Temps Modernes, c’est une personne qui arrive à mener une vision qui puisse inspirer, en utilisant les moyens de son temps et cela en toute humilité. C’est important d’avoir les pieds sur terre.

S’il y a quelque chose qui caractérise c’est le fait d’être persévérante, d’avoir une vision, non pas forcément des objectifs qui pour moi sont sur le court terme, mais plutôt une vision sur le long terme et d’être capable de s’y tenir.

Je me considère comme une Amazone, une guerrière qui fait preuve de force face à toutes épreuves, tout en étant capable de rester femme.

RTM | Quels sont les prochains rendez-vous Little Africa à ne pas manquer ?

Jacqueline | Le 16 septembre, nous présentons l’exposition « Monrovia Animated, Regard Animé » par François Beaurain à la Maison de l’Afrique. Un artiste qui travaille sur l’art numérique et digital.

Le 30 septembre, nous organisons également un “Artist TALK”, toujours avec l’artiste François Beaurain sur le thème de l’Art digital.

Nous serons également présent à la foire AKAA avec une belle surprise. A big Surprise :). Je vous invite aussi à lire mon article ici :   http://littleafrica.fr/5-expositions-foires-cloturent-2017/«  – passage sur l’année culturelle.

 

Crédits photo: Guiroot communication

 

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