Dossier : Les violences faites aux femmes – L’implosion et le silence furent telles qu’ils ont généré l’envie de faire sortir ce calvaire de moi

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Le silence des violées résulte de l’incompréhension des autres

Une amie a appris le suicide d’un artiste qu’elle affectionne. Une fois le choc de l’annonce et la tristesse passés, la voilà qui condamne le geste, qu’elle qualifie d’égoïste. Elle en profite pour m’avouer qu’il avait vécu des agressions sexuelles dans l’enfance qui l’ont conduit à de multiples dépressions dans sa vie, avant de le mener à la mort.

Je prends aussitôt la défense de l’artiste en réfutant que la peine était certainement trop grande pour préférer la mort à la vie (si vie il y a encore vraiment), qu’il n’avait certainement pas dépassé le traumatisme et qu’à force de le porter jour après jour, celui-ci avait eu raison de lui.
Sûre d’elle, elle rétorque qu’il existe des psys ou des thérapies qui auraient pu l’aider.

« Cette remarque m’a fait mal et j’ai pris conscience d’une chose : celles et ceux qui n’ont pas été violés – et je leur souhaite de ne jamais connaître ça – sont loin d’imaginer combien vivre est une lutte incessante et épuisante. »

Que dis-je ? Survivre est éreintant. J’aimerais donc mettre en évidence certaines choses afin de faire taire toute forme de jugement à l’égard des victimes, qui ne font que les condamner davantage.
Certes, il existe des praticiens, psychiatres ou psychologues, mais ils sont ô combien insuffisants pour l’ensemble des victimes. La France les recense à 70 000 par an : je conteste ce chiffre car nombreuses passent sous les mailles de la loi du silence et ne sont pas comptées. Sans oublier toutes celles qui subissent l’amnésie traumatique, ne se souviennent pas du viol et donc, ne peuvent être incluses dans les 70 000 personnes. Ensuite, il faut en moyenne 13 ans à une victime pour trouver un thérapeute qui lui convient, 13 années durant lesquelles son secret la ronge, où elle n’a probablement personne avec qui en parlait, ou cela la tue à petits feux.

Quant aux praticiens, parlons-en : ils sont très peu nombreux à être formés aux psychotraumatismes. Choisir un thérapeute dans le bottin d’internet et espérer, sous coup de loterie, qu’il sera efficace, c’est au petit bonheur la chance. D’aucuns passent par plusieurs thérapeutes et thérapies avant de trouver LA bonne personne. Moi-même j’ai vu 5 personnes différentes avant de tomber sur la 6e qui me correspond pour l’instant. Et pendant tout ce temps, j’ai trimbalé ça à l’intérieur de moi, comme une souffrance intenable qui, par moments, semblait me tuer. Et dans ces instants-là, ni amis ni famille ne m’ont été d’un réel secours. Au contraire. Je rêvais de leur en parler tout en ne les sentant pas prêts à l’écoute car j’ai l’impression qu’ils ne veulent pas entendre cette horreur. Combien, de nos jours, sont encore capables d’une réelle écoute ? Peuvent-ils écouter sans comprendre ? Je ne compte pas le nombre de fois où, m’étant confié à des amis, je l’ai regretté car ils étaient – probablement sans le savoir, dans le jugement.

PLUS LES VIOLS ONT LIEU DANS L’ENFANCE ET PLUS LES TRAUMATISMES SERONT PROFONDS, ANCRÉS ET LONGS À COMBATTRE.

Pour en revenir au suicide de cet artiste, je rajouterais que, plus les viols ont lieu dans l’enfance et plus les traumatismes seront profonds, ancrés et longs à combattre. Je ne fais pas de hiérarchie avec un viol adulte et un viol d’enfant, ce que je veux dire c’est que l’enfant n’a pas encore accès à ce qui lui arrive, rien dans son vocabulaire ne coïncide avec la réalité de l’agression. Il ne sait même pas qu’il se fait violer et, bien souvent, il vivra une amnésie traumatique dans une vaine tentative de son cerveau de le faire grandir « normalement ». Il portera les séquelles en lui, aura des comportements qui lui paraîtront insensés alors qu’il s’agira de la manifestation de mécanismes de défense présents pour le protéger autant que faire se peut. Il n’est pas rare qu’il soit confronté à une dissociation de son corps et de son esprit, incapable de ressentir la moindre émotion. Il vivra en façade, dépossédé de ses émois. Il aura l’impression d’être dans un corps qui n’est pas sien, d’être constamment dans une scission du corps et de l’esprit qui deviennent deux éléments distincts en lui et non un tout. Le viol déchire littéralement la personne. Combien de fois ai-je voulu me taper la tête contre un mur pour ne plus avoir mal ou justement pour ressentir ? Combien de fois ai-je voulu que mon cerveau libère toutes mes émotions pour me redonner ma liberté, tout en ayant peur d’ouvrir les vannes c’est-a-dire le couloir à émotions car je craignais que cela déborde et que personne ne puisse m’aider à les traverser ? Combien de nuits ai-je passé à pleurer, à vouloir crier, à vouloir sortir cet épisode de ma mémoire, de mes souvenirs car je ne sais pas vivre avec ? Combien de fois ai-je espéré que cela ne me soit pas vraiment arrivé ? Combien de fois ai-je rêvé d’un accident de voiture qui me tuerait sur le coup pour abréger mes souffrances ? Combien, combien, combien…

Je ne suis qu’une douleur interne qu’on ignore, qu’on ne voit pas, qu’on n’écoute pas. J’ai espéré ô combien de fois que la mort vienne me prendre, j’ai voulu mettre un terme à la survie, à cette souffrance aveugle.

Je comprends ô combien la douleur de l’artiste, ses peines ont été les miennes, sont les miennes, je serai les siennes, pas tout à fait de la même manière ni complètement différemment. Ils font sens en moi, rappellent de vieux souvenirs et le présent de mon calvaire. Il va sans dire que si je ne croyais pas en Dieu, j’aurai eu des suicides accomplis qui n’auront été que la prolongation du viol. Mon agresseur a laissé mon corps en « vie » mais il a tué mon âme. Est-ce vraiment mourir que de suicider quand on est déjà mort à l’intérieur ?

Parole d’un fantôme excédé des jugements d’autrui qui parle, définitivement, sans savoir.

Silence !

Je me suis tue pendant 20 ans car, après avoir quitté le local poubelle dans lequel il m’a violée, mon agresseur m’a menacée « si t’en parles, je te défonce ». Alors j’ai gardé le silence, craignant ses coups, ceux de ma famille en plus de ceux que je n’ai pas su éviter de la vie. J’avais déjà assez mal, je ne voulais pas m’infliger d’autres blessures. En me taisant, je me protégeais de ses coups. C’était donc un silence salvateur.
Puis je me suis tue car c’est tabou, en France, en 2017 de parler de viol. Quand j’en parle autour de moi, quand j’avoue, quand je sors du silence qui ne me protège pas – je l’ai appris au bout de 20 ans – je réalise combien, les autres préfèrent que j’y reste. Les gens ne veulent pas savoir que j’ai été violée. Ils l’entendent puis, comme moi avant eux, le mettent dans une case de leur tête pour l’oublier. J’ai oublié pour me protéger. Quelles sont les raisons qui les poussent à le faire ? J’avoue que je ne saurais y répondre car trop obnubilée par ma propre douleur. Mais je trouve cela frustrant de constater que le peu de fois où je tente de mettre le sujet sur la table car tout étouffer finit par me tuer à petit feu, je réalise que les gens changent vite de sujets, ne veulent pas en savoir plus, comme s’ils avaient honte d’entendre que j’avais été violée. Comme si leurs oreilles et leur cœur ne supportaient pas que quelqu’un de leur entourage l’ait été. Et ça m’énerve cette attitude qui me fait me sentir de plus en plus seule. J’aimerais trouver une seule personne bienveillante à qui en parler. Mais à force de voir des attitudes pareilles, je n’essaie même plus de parler car je connais les réactions des gens. Décevantes. Et ça me fout en rogne. Ce silence est plus dévastateur que celui que m’a imposé le violeur. Lui il ne m’aimait pas. Mes amis et famille le prétendent mais leur silence me montre le contraire.

Survivre au viol

La noirceur surgit par intermittence. Les jours d’accalmie sont traîtres, doux apaisements avant la tempête. Ils laissent s’enliser dans un repos trompeur qui, si tôt la garde baissée, fait resurgir les instants dépressifs.

La solitude ronge quand les mauvais sentiments s’éveillent : solitude d’avoir une forte émotion à l’intérieur de soi, si grande qu’elle annonce de grands dégâts dans les trous qu’elle creuse dans la confiance en soi déjà si petite.

L’envie de vivre devient leurre, sans sens. La vie est déjà loin, envolée dans les basculements qu’a subi le corps lors de l’agression. Un « va » enfonçait l’arme destructrice dans le corps tandis que le « vient » l’en retirer. À la fin des « va et vient » de l’agresseur, il ne restait plus rien, juste un corps sans vie qui traverserait les décennies, s’enfonçant dans les limbes d’une dépression indescriptible.

Indescriptible. Des milliers de mots pour des centaines de langues et de dialectes mais aucun n’est assez grand pour dire la souffrance ressentie. Car il ne reste que cela : de la souffrance, du vide, une déchirure de l’âme, une confusion des états d’esprit qui ne cristallisent que la sanction d’être en vie.

Certains arrivent à vivre avec, d’autres font la promesse que ce sera possible. Personne ne donne la recette pour y parvenir, nous laissant dans ce capharnaüm de promesses, de mots volés, inscrivant un espoir là où il ne reste plus rien à espérer. La solitude demeure plus grande encore. Le néant se suffit à lui-même, ne promet rien, n’attend rien. La promesse, elle, laisse miroiter des bonheurs possibles tout en s’abstenant de donner les clés pour le faire. Les mots sont vains, les paroles blessantes dans ce qu’elles donnent de vide. Elles sont sans substances, à l’image du vent.

Parler est inutile et futile. D’aucuns vanteront les bienfaits de délivrer la parole, d’extraire de soi cet « impossible à dire » sous prétexte que, même dit maladroitement, le sentiment de délivrance est présent. Que nenni ! Ils ont été bercés par l’imaginaire collectif de la parole délibérative mais, à moins d’avoir fait mon expérience, ils ne peuvent pas parler à ma place, bien que je sois dépossédée des mots.

Mes maux ont été dits, écrits, imaginés et même dessinés dans mon esprit. Je leur ai donné chair à travers des personnages pour donner à voir ou à ressentir ce mal. Ils ont noirci des centaines de pages mais toujours le même vide se creusait en moi, peut-être plus profondément cette fois-ci, avec la douleur d’avoir succombé à un supposé remède qui n’a rien soulagé.

Les mots des autres sont assassins, tranchants car ils sont pleins de bienveillance, d’envie d’être utile, de soulager du fardeau. La fausse politesse conduit à cette jolie, altruiste, irréalisable promesse : quiconque a idée de ce calvaire n’en voudrait pas une miette, fusse été sa propre mère qui le porte. De plus, l’idée de sa non réalisation encourage davantage à dire ses mots puisque leur portée n’ira pas plus loin que leur énonciation. Enfin, après l’aveu du crime subi, après quelques jours passés, l’énonciateur de cette belle parole reprendra le cours normal de son existence tandis que moi, je resterais avec le poids de cette brisure, en attente d’une solution que je n’ai ni la force de chercher, ni les moyens pour le faire et peut-être plus l’énergie non plus de m’y adonner.

L’impuissance cède aux sentiments qui pourrissent une âme déjà peu fleurie : l’envie, la jalousie, l’orgueil, la colère, la détresse, la méchanceté, tout est bon pour les laisser mûrir dans le cœur : un couple qui s’embrasse, des amis qui partent en vacances ensemble, des projets de vie qui se concrétisent chez les autres, des succès qui grandissent… En lieu et place de l’état de joie pour leur réussite, seule reste en moi la distance qui me sépare d’eux pour seulement espérer atteindre, moi aussi, une parcelle de leur vie. Et ces sentiments gonflent puis balaient les zestes d’humanité qu’il me restait, jusqu’à ne laisser que l’aigreur s’installer.

J’ai changé sans pour autant savoir qui je suis, je sais qui je voudrais être mais, au-delà de ma volonté, ma peur est plus forte et me contient dans ma zone de confort insécurisante, en proie à une identité qui n’est pas mienne. Je l’ai perdue aux confins d’un corps, d’un geste, de comportements qui ne n’appartiennent pas.

Je peine à accepter l’aide qu’on me tend, sachant que celle-ci sera insuffisante. Je n’essaie même plus de faire semblant, je l’ai fait trop longtemps. Cela m’a épuisée. M’aider c’est savoir ce dont j’ai besoin et réussir à me l’obtenir. Pour ça, il faudrait replonger dans le temps, au cœur des décennies que j’ai traversées et de la vie que j’ai effleurée, comprendre mes peurs y compris celles que je ne comprends pas moi-même et, de ce tourbillon incompréhensible et insensé, tout balayer par des actes, des gestes, des mots qui me feront revenir à la vie, croire en les promesses. Pas seulement les croire mais les laisser m’habiter pour ne plus remettre en cause cette vie qu’il me reste à vivre.

Voir avec le cœur

Je ne voulais plus rien ressentir mais je voulais qu’on ressente ma douleur. Je n’ai pas su la dire mais j’ai tâché de la montrer. Je n’ai été confrontée qu’à l’indifférence des autres. J’ai alors compris que les gens ne voyaient que ce qu’ils avaient envie de voir.

J’ai cherché de la compagnie, sans crier son urgence, pensant que ça allait s’entendre dans les lignes de mes sms. J’ai tenté de dire que je ne me sentais pas bien, certainement pas aux bonnes personnes, bien que je pensais qu’elles étaient mes amies. J’ai cherché une écoute, une vraie : l’oreille attentive de personnes capables d’entendre mon histoire, sans me couper la parole, ni l’interrompre de « conseils » type « tu devrais en parler à quelqu’un » comme si, en la racontant là, ce n’était déjà pas ce que je faisais. Et puis, In Fine, je n’ai rien trouvé.

Mon sommeil s’est coupé à cette période-là. J’ai parlé de ma fatigue, de ma difficulté à dormir, mais personne n’a mis ça sur le compte d’une potentielle douleur psychique ou de soucis. Alors, comme c’est ce qu’ils voulaient entendre, j’ai feint que c’était le travail.
J’ai souvent dormi avec un couteau à lame tranchante à côté de moi. Je me grattais la peau avec, incapable de me scarifier mais rêvant de laisser des marques sur ma peau pour dire ma souffrance. Mes gestes n’étaient pas assez profonds. Ma douleur l’était pourtant.
J’ai crié à l’intérieur de moi, envoyé plus de messages qu’à l’accoutumé pour dire combien j’ai mal. Je l’ai parfois exprimé sans faire le lien avec mon secret. Et cela a été minimise, à peine entendu.
Alors j’ai voulu me guérir. J’ai souhaité taire ma douleur comme l’indifférence qu’on lui manifestait la réduisait au silence. J’ai voulu cesser les cris à l’intérieur de mon corps. J’ai souhaité que mon âme oublie qu’elle était déchirée.
Dans une ultime tentative, j’ai demandé à voir une amie. Indisponible. Alors j’ai acheté du doliprane. Mon prof à l’école d’infirmière avait dit qu’à 8gr, on pouvait risquer une toxicité hépatique qui, non prise en charge, pouvait entraîner la mort. J’en ai pris 6gr. Je voulais tomber malade pour qu’on fasse attention à moi. Je voulais dire que j’ai mal mais je n’ai su exprimer ma détresse que de cette manière. J’ai mélangé les sachets en poudre avec de la glace à la coco et je l’ai ingurgité. Puis, j’ai parlé, des heures durant via facebook, à mon amie « indisponible ». J’attendais de ressentir quelques douleurs à l’abdomen témoignant de « l’efficacité » de ma mixture. Rien.

Vers les 22 h, j’ai demandé à cette amie – avec qui je discutais de choses et d’autres sauf de ma douleur – d’appeler les pompiers car j’avais volontairement fait une intoxication médicamenteuse. Je lui ai confirmé mon adresse pour qu’elle le leur communiqué. Elle était hors-ligne. Déjà partie.
Prise de panique, j’ai commandé un Uber pour qu’il me dépose aux urgences de l’hôpital le plus proche. Je leur ai dit que j’avais mal au ventre. Je n’ai pas su dire que j’avais pris une surdose de doliprane pour ne plus avoir mal. Il y avait deux infirmiers avec moi. J’espérais qu’il n’y ait qu’une seule personne pour tout lui avouer. Je n’ai toujours su parler qu’a une personne à la fois. Au-delà, je deviens muette.
5 h ont passées. J’ai fini par voir un médecin, par lui avouer ma faute. Je voulais qu’elle voie ma détresse et non la bêtise de mon geste. Qu’elle devine la tristesse sur mon visage, qu’elle ne s’arrête pas seulement au fait que j’encombre ses urgences un vendredi soir. J’attendais qu’elle pose des questions, qu’elle voie l’anguille sous la roche. Je voulais qu’elle entende mon cri derrière mon silence. J’ai repensé à ce même prof en école d’infirmier qui nous a appris à être vigilants à tout ça, à creuser au-delà de la façade. Je suis venue pour qu’elle puisse lire ce que le monde autour de moi ne voyait pas. Elle m’a simplement prescrit des médicaments pour une maladie qu’elle venait de diagnostiquer, sans se douter que mon mal était ailleurs.

J’ai voulu mourir.

Les mots s’alignaient sous mes doigts en une poétique lettre de suicide. J’y avouais cette tare, le viol dans mon enfance, le vol de mon enfance. Je décrivais mon besoin d’être entendu, je racontais les faits et mon triple meurtre : Celui du viol lui-même, le silence et l’indifférence assassins des gens autour de moi et mon suicide. Tuée trois fois en une vie.
Et j’accusais : ma famille, mes amis, mes camarades, mes profs, mes collègues, la société, les médecins, la police, l’Etat… tous, d’une manière ou d’une autre, m’avait tuée par leur indifférence, leur mépris, leur complicité. Je survivais, je ne faisais plus semblant de sourire tout en étant meurtrie mais c’est passé aux oubliettes. J’ai réalisé combien le monde est aveugle.
J’ai pris conscience que, lorsqu’on me demande « ça va? », cela répond plus aux normes de politesse qu’à une réelle volonté de s’enquérir de mon état. J’ai mentalement compté le nombre de fois où j’ai répondu « ça va ! » avec une tête de 4 mètres de long sans qu’on aille au-delà de mes propos et le nombre de fois où je retourne simplement « et toi? » sans avoir répondu, sans qu’on ne s’aperçoive de ma non-réponse.
J’ai haï la politesse ce jour et pour toujours. J’ai détesté ces bonnes manières qui ne sont qu’illusions, qui ne sont qu’illusoires. Je me suis détesté de ne pas savoir parler et j’ai détesté qu’on ne sache pas m’écouter.
Je me suis sentie seule et j’ai réalisé que c’est un sentiment qui me poursuit depuis le viol, depuis plus de 20 ans. Et qui m’a tuée. Plus d’une fois.

Prisonnière du passé

Prisonnière du passé, je cherche en vain une issue

Me tournant vers l’avenir, j’espère enfin trouver

La voie qui me fera devenir celle que j’ai toujours enviée

La fille que j’ai cessé d’être il y a bien des journées

Je me mélange à la foule pensant pouvoir leur ressembler

D’un sourire, je tente d’illuminer ce qui a cessé de briller

Mon regard trahi mes émotions et je me sens submergée

Par une vague de tendresse qui me ramène à mes jours heureux

Inconsciemment je devine que je suis prête à affronter

Ce qui m’a un jour blessée jusqu’à me détruire de l’intérieur

J’essaie de reconstruire chaque parcelle qui s’est brisée

Jusqu’à retrouver une certaine paix intérieure

Les jours s’en vont mais ma douleur demeure présente

Ce sentiment de culpabilité me poursuit jusque dans la nuit

Allongée sur mon lit, je tente de reconstituer

Ces instants qui ont, un jour changé ma vie

J’ai fini par comprendre que le temps n’y fera rien

Il ne guérira ni n’atténuera mes blessures

Je peux seulement espérer qu’il me fera oublier

Que j’ai un jour été heureuse avant de connaître l’enfer

Éternelle solitude

J’ai marché à tes côtés. Aux tiens. Ainsi qu’aux tiens. Nous avons partagé de longues balades, de longues discussions et quelques rires. Du moins, j’ai cru les avoir partagés, pour la forme, parce qu’en socialisant avec toi, c’est ce que tu attendais de moi. Ainsi que lui. Ainsi qu’elle, et eux tous. J’ai dit parfois quelques mots et j’ai souvent écouté les tiens. Tu as su apprécier mon écoute, qualité que j’ai développée malgré moi. À ne pas savoir parlé, en marchant avec toi, je n’ai fait que t’écouter. J’ai beaucoup appris sur toi, tu n’as pas su grand chose de moi. Je ne t’ai rien dévoilé. Je n’ai fait que répondre à tes questions, quand il y en avait. Sinon je t’écoutais, je commentais ton récit. Je te conseillais parfois, voire souvent. Tu appréciais mon aide, mon amitié. Et ça me rendait triste. Notre lien était bancal mais j’étais la seule à le savoir, la seule à connaître mon secret. Silencieuse à tes côtés, je rêvais que tu me poses des questions, que tu cherches à me connaître, que notre amitié ne résulte pas simplement du fait de mes conseils pour toi. Mon silence me tuait et le tien m’agaçait. J’ai souvent eu envie de pleurer à la fin de nos rencontres. Je repartais le cœur lourd du poids du secret, secret qui me consumait. Je voulais que tu saches lire mon silence, que tu comprennes que quelque chose n’allait pas. Mais mon attitude te semblait normal : je ne suis que mutisme depuis que l’on se connaît, si bien que tu as fini par admettre que c’était ma personnalité, peut-être mon identité.
Et le temps a fini par te donner raison. Et j’ai fini par me sentir seule, chaque fois que je suis avec toi. Avec vous.

L’indicible

Qu’as-tu fait de moi, toi dont l’indifférence réveille ma colère ? Qu’as-tu fait de moi, toi dont la blessure, je garde encore en moi ? Et me voilà, face à la foule, révoltée, déprimée, enragée, à déverser ma fougue, sans mots, juste par des hurlements et des pleurs que ton silence a arraché à moi. Suis-je donc folle ? Ai-je l’esprit si créative au point d’avoir inventé toute cette histoire ? NOTRE histoire. Oui, celle de toi et moi, même si tu occultes être un des protagonistes. L’occultes-tu vraiment ou l’ignores-tu simplement ? Es-tu plongé dans un silence de ta mémoire comme je le fus également bien avant toi ? Ou crains-tu seulement de réactiver tes réminiscences car tu supposes, déjà, que tu ne parviendras pas à assumer tes actes. Tes actes et ma souffrance. Ton acte est ma douleur. Mes pleurs sont tes silences, ton indifférence, ta méfiance. Ma quête fait quelque peu écho en toi, comme un film que tu aurais pu regarder il y a quelques temps, longtemps, comme un souvenir d’enfance. Tu ne te remémores pas les faits mais mes mots résonnent avec quelques sensations qui t’habitent, à mesure que je te révèle notre histoire.
L’heure n’est pas aux regrets et pas encore au Pardon. Le temps est suspendu au son de mes lèvres, mélodie médiocre que tu aimerais ne plus entendre. Mais je ne peux plus me taire, je ne peux que parler, que TE parler, qu’importe si tu m’écoutes, mais tu te dois d’entendre ce que j’ai besoin de te dire. Je brise la loi du silence et celle du plus fort. Mes mots cassent les chaînes qui me liaient à toi, chaque vocable est une clé qui me délivre. Cela fait des années que je suis enchaînée à toi, condamnée, malgré moi, à vivre à travers ton prisme.

Ma douleur était telle que je me devais de la sortir de moi avant qu’elle ne me tue. Je m’exprime sans exagération. Âgée de 26 ans alors, avec tout ce capharnaüm émotionnel à l’intérieur de moi, si ne libérais pas la parole – parole qui, souvenez-vous, je voulais garder secrète il y a quelques années – elle finirait par me tuer. Je m’étouffais de ce silence ravageur. Je craignais que les ravages s’étendent à ma vie elle-même après avoir touché ma dignité, mon intégrité et mon intimité. J’ai donc interrogé google qui m’a donné une liste de psychologues cliniciennes sur Paris et, presque par loterie – mais je dirais plutôt que Dieu m’a destinée vers ce choix – je suis tombée sur une psychologue extraordinaire.

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