Dossier : Les violences faites aux femmes – c’était tabou !

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C’était tabou !  

Tout était sous mon contrôle.

La loi du silence est celle qui a régi et régné sur la majeure partie de ma vie. Le silence ne s’applique pas seulement aux mots sortant de ma bouche mais aussi aux émotions que je pouvais ressentir, aux sentiments que je m’autorisais à extérioriser. Tout était sous contrôle. Tout était sous mon contrôle. Mon sourire sert à exprimer mes instants de joie, de bonheur tandis qu’un visage impassible me permet d’exprimer ma colère, ma rage, ma déception, ma tristesse … Autant de sentiments négatifs qui m’animent de temps à autre et que j’essaie de refouler, pour que jamais on ne découvre à mon insu cette vérité qui m’a détruite.

Mes lèvres demeurent souvent scellées tandis que mes doigts volent à toute vitesse sur mon clavier pour raconter, extérioriser les mots – les maux – qui m’habitent. Même via l’écrit, une force inouïe bloque mon esprit, m’empêchant de me rappeler à ce souvenir malheureux, ce cauchemar que mon inconscient a tenté de refouler pendant près d’une dizaine d’années. Il a fallu que mon amnésie s’estompe, ramenant à mon esprit des images que j’aurai tant voulu ne pas voir. J’aimerais parfois que l’amnésie revienne et dure pour toujours, me permettant de me construire une vie digne de ce nom.

Pourrais-je seulement mener une existence décente si j’en viens à renier une partie de mon histoire ? Oui, ce cauchemar, aussi sombre soit-il, c’est mon histoire. Il m’a permis d’être la personne que je suis aujourd’hui – pleine de doutes, ayant peur de tout, hantée par le sentiment de ne pas être aimée à sa juste valeur, triste, terne, froide, distante dans ses relations aux autres, inexistantes dans ses relations aux hommes, luttant quotidiennement pour parvenir à être enfin heureuse, car, après avoir vécu le pire, le meilleur n’est-il pas censé subvenir pour toujours ? – avec ma quantité de défauts et mes quelques qualités qui me sont tellement chères que je n’oserai effacer cet affreux souvenir si je dois être amenée à les perdre.

La vie est une bataille incessante : contre soi, contre ses souvenirs, contre ses émotions, contre les autres … surtout les autres. Ces autres qui n’ont rien vu, ces autres qui n’ont pas su me protéger, ces autres qui ne m’ont pas écoutée, ces autres qui continuent de ne rien voir, ces autres qui, par leur absence, n’ont fait que renforcer ce sentiment d’abandon.

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