Il y a ceux qui rêvent l’Afrique et ceux qui font l’Afrique. Les deux ne sont certainement pas paradoxales. Depuis plusieurs années, la jeunesse africaine a décidé de se raconter autrement. Diane Audrey Ngako, du haut de ses 26 ans, fait partie de ces acteurs qui ont décidé de construire l’Afrique de demain. Rencontre avec une QUEENSPIRATION, jeune, talentueuse et ambitieuse.

RTM | Bonjour Diane, peux-tu te présenter ?

Diane | Je m’appelle Diane Audrey Ngako. J’ai 26 ans. Je suis née et j’ai grandit au Cameroun avant de partir m’installer en France à l’âge de 12 ans avec ma mère et ma sœur.

Suite à l’obtention d’un bac STG, je me suis orientée vers un master 2 en Communication. Pendant cette période, j’ai eu l’opportunité de travailler à la rédaction du magazine Roots. Un trimestriel valorisant la culture afro en île de France. J’ai ensuite intégré la rédaction du média Le Monde en 2014.

En septembre 2016, j’ai pris la décision de quitter Paris et de rentrer m’installer au Cameroun afin de créer Omenkart, une agence créative. Je suis également la fondatrice et CEO de la plateforme Visiter L’Afrique.

RTM | Peux-tu nous raconter la genèse de Visiter l’Afrique ?

Diane | Visiter l’Afrique devait s’intituler Visiter le Cameroun au départ. En discutant avec des amies, je me suis dit qu’il fallait voir grand et étendre à toute l’Afrique. Je voulais proposer une autre image de l’Afrique, loin des stéréotypes et des clichés. La plateforme numérique, interactive et collaborative Visiter l’Afrique est ainsi née le 30 juin 2014.

 

« Nous devons apprendre à raconter l’Afrique telle qu’elle est réellement. Parler de ses problématiques mais aussi de ses opportunités. »

 

 

RTM | Quelle image de l’Afrique souhaites-tu promouvoir ?

Diane | Je pense que notre génération ne peut plus laisser les médias occidentaux raconter le continent, raconter l’Afrique, raconter les noirs, à notre place. Je te donne un exemple. On entend souvent dire « Africa is Rising ». D’où vient cette expression ? Qui en est à l’origine ? Ce sont les médias occidentaux qui depuis quelques années considèrent que l’Afrique émerge après l’avoir critiquée pendant longtemps. Africa is not rising. Il y a encore des endroits en Afrique où il n’y a pas d’électricité, où il n’y a pas d’eau. Laisser parler les autres à notre place, c’est permettre aux autres de nous raconter.

Nous devons apprendre à raconter l’Afrique telle qu’elle est réellement. Parler de ses problématiques mais aussi de ses opportunités. Certains le font sous un angle politique, d’autres culturel ou encore touristique.

Avec Visiter l’Afrique nous voulons donner aux africains l’envie de visiter le continent, de découvrir ses opportunités, de découvrir ses destinations magiques et magnifiques. Nous voulons qu’ils prennent le risque d’aller visiter d’autres cultures sur le continent.

RTM | Le 29 septembre dernier avait lieu le lancement du livre Visiter L’Afrique à la Galerie Nelly Wandji. Etait-ce important pour toi de figer ces images sur papier ?

Diane | Exactement. Le contenu sur Internet est éphémère. Je voulais m’inscrire dans l’histoire. Rentrer dans l’histoire, c’est créer un objet que l’on va pouvoir garder pendant des années et que l’on va pouvoir transmettre. Sur les 95000 photos que nous avions reçues, nous en avons choisi 100 qui resteront figées dans l’espace et dans le temps pour les 20, 30 prochaines années. Nous ne savons pas si Instagram existera encore d’ici là.

Celles et ceux qui, d’ici quelques années, se demanderont à quoi ressemblait l’Afrique dans les années 2000, pourront se référer à l’ouvrage Visiter L’Afrique.

 

 

RTM | Tu as eu l’opportunité de travailler pour l’un des plus grands médias français. Que retiens-tu du regard que portent les médias traditionnels sur l’Afrique ?

Diane | Pendant de longues années, il y a eu un déséquilibre entre l’Afrique et la France, et plus particulièrement entre l’Afrique francophone et la France. Avec l’émergence d’Internet, les médias français font de plus en plus attention. Un média qui se tourne vers l’Afrique comme Le Monde ou le Point ne peut pas se permettre d’enchaîner des « bad buzz ». Notre génération ne laisse plus rien passer et à raison.

Les choses évoluent certes positivement selon moi, mais il y a encore du chemin à parcourir afin de faire disparaître la condescendance du côté français. Les médias occidentaux ont pendant longtemps véhiculé l’image du petit africain qu’il fallait sauver.

L’Afrique de demain est une Afrique jeune, qui évolue avec des rêves, qui a envie de se réapproprier sa narration, qui a envie de se développer dans tous les secteurs (eau, électricité…) afin de devenir un continent indépendant. Les médias ont intérêt à se mettre à la page s’ils veulent avoir de l’audience dans les années qui viennent.

 

« Il y a des jeunes en Afrique qui ont besoin de rêver. Si on leur dit que le rêve est ailleurs, à l’étranger, si tous nos intellectuels sont hors du continent, cela pose un vrai problème. Nous avons besoin de leaders sur le continent.»

 

 

RTM | L’année dernière, tu as décidé de partir t’installer au Cameroun pour créer ton agence créative Omenkart. Quel a été le déclic pour toi ?

Diane | On ne peut pas avoir des convictions sans les vivre pleinement. On ne peut pas passer sa vie à parler d’Afrique à Paris et critiquer ce qui se passe sur le continent sans ne jamais y aller, sans être en phase et en face de la population locale. J’avais l’impression de ne plus être en phase avec moi même en étant sur Paris. Je voulais être au cœur de l’évolution de mon pays et de mon continent.

Alors que ma mère a été inspirée par les Sankara, Lumumba, Mandela et que 25 ans plus tard, ce sont ces mêmes personnes qui m’inspirent, sans qu’il n’y ait aucun leader pour inspirer la nouvelle génération, il y a un problème. Il y a des jeunes en Afrique qui ont besoin de repères et de rêver. Si on leur dit que le rêve est ailleurs, à l’étranger, si tous nos intellectuels sont hors du continent, cela pose un vrai problème. Nous avons besoin de leaders sur le continent.

RTM | Qu’est ce que tu dirais justement à ceux qui souhaiteraient rentrer mais qui hésiteraient ?

Diane | Just Do It. Beaucoup de personnes oublient que l’Afrique, c’est 54 pays. Va où tu te sens à l’aise. Tu peux choisir d’aller à Abidjan, à Lagos, à Bamako ou à Dakar. Tu peux également choisir d’aller aux Etats-Unis ou au Japon, il ne faut pas rentrer en Afrique pour faire plaisir aux autres. Il faut rentrer par conviction. Ce sont tes convictions qui te permettront de tenir sur le terrain parce que évidemment tout n’est pas rose.

Il faut être en phase avec le pays où l’on se trouve. Si la France ne te convient plus et que tu ressens le besoin de t’installer en Afrique, go for it.

RTM | Peux-tu nous présenter ton agence Omenkart ?

Diane | Omenkart est une agence créative basée à Douala. Nous avons également une antenne à Paris. Nous proposons 4 pôles d’expertise : stratégie de marque, identité et image, expression physique, digital et marketing inbound. Nous travaillons pour le moment essentiellement avec des marques françaises telles que Pernod Ricard, Chivas, Valentine ou encore la Société Générale.

« Tell your stories », c’est l’inscription que l’on retrouve à l’entrée de nos locaux. Omenkart souhaite mettre l’humain au centre des préoccupations. Les besoins des clients passent avant tout.

RTM | Quelles sont tes ambitions avec cette agence ?

Diane | Dans 5 ans, je souhaiterais qu’Omenkart face partie des agences qui comptent au Cameroun. D’ici 10 ans, je voudrais qu’elle fasse partie des meilleures agences du continent.

 

« J’ai appris à mettre de la distance entre ce que je suis, ce que je construis et ce que je crée. »

 

RTM | Quels ont été les plus gros challenges à surmonter avec Omenkart ?

Diane | En tant que chef d’entreprise, l’une des principales difficultés est de se constituer une bonne équipe. Réussir à trouver une équipe qui veut grandir avec toi dans un environnement sain, ce n’est pas évident. J’espère avoir trouvé les bonnes personnes.

Il y a également la problématique du cashflow, faire face aux retards de paiement.

J’ai appris à différencier la Diane chef d’entreprise, la Diane fondatrice de Visiter l’Afrique, la Diane des réseaux sociaux et la Diane dans la vie privée. Je ne mélange pas ces quatre personnes. Cela me permet d’avoir du recul sur tout ce que je fais et sur tout ce qui m’arrive. Quand je traverse un moment difficile, je respire et je vais de l’avant. Je vis pour être heureuse et non pour être malheureuse. J’ai appris à mettre de la distance entre ce que je suis, ce que je construis et ce que je crée. Je ne veux pas me sentir attaquée si mon entreprise est attaquée par exemple. J’ai lu tellement de livre de développement personnel quand j’avais 18 ans, je ne peux qu’appliquer aujourd’hui.

RTM | Quels ont été tes modèles en grandissent ?

Diane | J’en ai eu trois.

Mon père qui a décidé suite à ses études en France de rentrer au Cameroun afin de devenir un acteur du changement. Mon père est une personne extrêmement humble qui a toujours gardé les pieds sur terre. Il me dit souvent «  Ma génération devait bâtir le pays, la vôtre doit conquérir le monde ».

Ensuite, il y a ma tante. Pour la petite anecdote, ma tante porte toujours le même parfum, Trésor de Lancôme. Chaque fois que je vais quelque part et que je sens ce parfum, je pense à elle. Très jeune, je me suis dit que je voulais être comme ma tata. Depuis mes 8 ans, je porte uniquement Allure de Chanel. Je ne change jamais de parfum. Le parcours professionnel de ma tante est aussi une véritable source d’inspiration. Elle a commencé à travailler à 21 ans dans une entreprise anglaise qui gère le port du Cameroun. 30 ans plus tard, elle travaille toujours pour cette entreprise qu’elle dirige aujourd’hui. Elle a 8 enfants et pourtant elle a toujours réussi à concilier sa vie professionnelle et personnelle. C’est mon modèle de réussite.

Et enfin il y a ma mère. Une femme résiliente. Elle a repris ses études, il y a 4 ans sans rien dire à personne pour devenir psychologue. Elle m’a donné la force de toujours croire en moi. Ma mère est une battante. Elle n’essaye pas, elle fait. Elle ne se trouve pas d’excuse, elle fait.

Se fixer des objectifs, se donner les moyens de les atteindre et partager avec le plus grand nombre son succès tout en restant humble. C’est ainsi que je résumerais ce que mes trois modèles m’ont appris.

RTM | Qu’est ce qui fait de Diane une Reine Des Temps Modernes ?

Diane | Une Reine Des Temps Modernes est une Reine qui n’a pas peur d’être Reine, qui n’a pas peur d’être en phase avec ses convictions, qui n’a pas peur d’être en phase avec son charisme et ses défauts. Une Reine est fière de ce qu’elle est et surtout est fière d’avoir avec elle une armée de Reines.

Je suis une Reine Des Temps Modernes parce que je rêve grand, je vois grand, je fais grand. J’essaye de m’inscrire dans le temps. Je construis aujourd’hui ce qui je l’espère deviendra un arbre demain.

 

 

 

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