Ma première rencontre avec l’Afrique.

Elle fut douce, pleine d’émotion et d’émerveillement.

Il y a 2 semaines, je suis revenue d’un très beau séjour au Sénégal, je vous livre quelques-uns de mes clichés ici.

  • 10 jours pour une première rencontre.
  • 10 jours pour tomber sous le charme de ce pays.
  • 10 jours pour faire mes premiers pas sur le continent de mes ancêtres.
  • 10 jours pour me rendre compte de mes privilèges inutiles et futiles de Guadeloupéenne-Européenne-Occidentale.

L’Afrique est un continent qui me fascine depuis que je me suis redécouverte en tant que Femme Noire. Vous savez, ce moment où vous vous redécouvrez Noire et Belle, Noire et Forte, Noire et Riche. Riche de l’âme, Riche de vos racines. Depuis ce jour, je personnifie l’Afrique comme étant une Femme Noire, une Belle Femme Noire, peut-être à cause de mon léger penchant pour l’Afro-féminisme. #Jeplaidecoupable.

J’ai fait mes premiers pas sur la terre de mes ancêtres en compagnie de ma mère, cette femme qui m’émerveille. Le symbole est assez fort pour moi : ce retour à la terre mère, avec ma mère. Je ne pouvais pas rêver mieux. Nous avons pris notre décision sur un coup de tête et trois semaines plus tard, nous y étions.

Dès notre arrivée, le dépaysement est total et brutal et ce, bien que nous ayons atterri de nuit ; le changement était palpable et les standards européens bien éloignés. Après une nuit de sommeil, entre excitation et gratitude, je rejoins ma mère – déjà réveillée – le lendemain matin à la fenêtre de notre appartement, nous regardons Dakar se lever, se presser, s’activer dans les rues. Et déjà, un premier constat : qu’elles sont belles les Dakaroises, bien apprêtées, avec leur belle peau ébène ! Quelle que soit leur condition, les Sénégalaises sont toujours bien apprêtées, généralement sublimées par leurs habits traditionnels. C’est d’ailleurs un point qui retient notre attention car aux Antilles, l’habit traditionnel est rarement porté par les jeunes femmes ; il est plutôt réservé à un usage strict, lors de spectacles, manifestations à thème ou carnaval.

L’île de Gorée, entre douleur et couleurs

Nos premiers pas furent sur l’île de Gorée le lendemain de notre arrivée et avec un peu de recul, je pense que l’île a donné le ton de notre séjour. Pour ceux qui ne le savent pas, l’île de Gorée constituait le dernier ancrage des esclaves captifs à leur terre, l’Afrique. Une fois capturés à travers l’Afrique, les esclaves (hommes, femmes, jeunes, enfants) y étaient placés en attente de leur départ vers les plantations au Brésil, aux Etats-Unis, aux Antilles. Cette visite m’a donné la chair de poule tant j’ai pris conscience que mes ancêtres se sont retrouvés entre ces murs apeurés, vidés, attristés, énervés, angoissés… A ce stade, le suicide était souvent le meilleur remède ; se laisser mourir, sauter à la mer avec ses chaines, une sorte de « vivre libre ou mourir ». C’est précisément lors de ce type de visites que je n’ai pas envie de passer à autre chose, de taire mes maux de Noire et que je me rends compte que mon devoir de mémoire est primordial quoiqu’il en coute. Il a d’ailleurs été très difficile pour moi de voir des touristes se prendre en photo arborant leur plus beau sourire dans ces lieux marqués d’âmes mortes mais passons ! Un peu plus loin, une plaque « Les Frères Guadeloupéens à leurs frères d’Afrique » vient nous rappeler que nous Antillais et Africains sommes unis par cette commune et douloureuse histoire, l’esclavage.

Au-delà de cela, l’île de Gorée est magnifique et honnêtement, il ne me semble pas avoir été autant émerveillée par une île. La Guadeloupe, mon île d’origine, regorge pourtant de petits paradis terrestres. Oui mais voilà, l’île de Gorée est juste « wawouuu » : une île colorée, des maisons qui s’accordent entre elles pour dessiner un arc en ciel de couleurs pastel, de beaux dégradés de bordeaux, moutarde, enjolivés par des allées parsemées de bougainvilliers roses et blancs. L’impression d’être dans un labyrinthe de pastel, un petit village où il fait bon vivre, préservé de la furie de la capitale. En somme, une ile apaisante et agréable malgré tout.

Saint-Louis-du-Sénégal, et son port multicolore

Saint-Louis est une ancienne ville coloniale où l’on retrouve quelque peu les couleurs de l’ile de Gorée, toujours dans un cadre assez vétuste mais qui contribue largement au charme de la ville. Cette ville à 360 km de Dakar a retenu mon attention en raison de son activité de pêche, comme je n’en avais jamais vu avant, car oui, Guet Ndar de son nom Wolof vit du djehn (poisson). Une petite virée en calèche à travers la ville nous permet de rejoindre le port, nous traversons une ville vivante, en effervescence, une vraie fourmilière. Mais ce n’est rien comparé au port de pêche, qui n’est autre qu’une grande plage où accostent les bateaux revenus après plusieurs jours en mer. Se rendre au port, c’est jongler entre les étalages de chacune de marchandes, se frayer un passage parmi tout ce monde en grande négociation, ça sent la mer, le poisson, un peu de x@yftuzl ! Bref, une ambiance indescriptible mais douce et saine. Imaginez au premier plan les bateaux, puis les hommes faisant des aller-retours entre les barques et les camions réfrigérés et enfin, les femmes au travail s’occupant quant à elles de la vente et/ou cuisson du poisson (en boulettes, frit, ou grillé). Le must ici est de se faire griller un poisson sur place et de le savourer sur une plage ou pourquoi pas sur une barque.

L’art de la négociation ou quand « L’argent vaut mieux que l’amitié »

Il me serait impossible de poursuivre ce billet sans parler de l’art de la négociation. Oh my Godness! Il faut être préparé mentalement, au risque de se faire gentiment arnaquer à tous les coins de rue ! Au Sénégal, les prix ne sont pas affichés, on préfère les prix « à la tête du client ». Je pourrais même dire que le prix est inversement proportionnel à la maitrise de la langue maternelle, le Wolof. Taxis, artisans, marchands, guides, la règle d’or est la suivante : multiplier le prix par 4 ou 5 ! Les sénégalais sont doués pour marchander, négocier, et ne sont pas forcément sympathiques à ces instants cruciaux. Il n’empêche que nous nous sommes régalées des citations dignes des plus grands philosophes : « Il ne faut pas confondre l’Angleterre et la pomme de terre » pour signifier que le prix demandé par l’acheteur est « trop » bas ou « Ce n’est pas l’argent mais l’art des gens » qui, suivi d’un regard mi-attendrissant mi-coquin met tout le monde d’accord, ou encore la décomplexée mais rigolote « L’argent vaut mieux que l’amitié ».

La débrouillardise, un mantra

Avec un salaire moyen d’environ 80 euros par mois, la vie au Sénégal est très différente de nos standards occidentaux, voire français ; je fais ici allusion aux diverses allocations chômage, RSA, SMIC, CAF et j’en passe. Nous avons été particulièrement touchées par la débrouillardise des Sénégalais et des Sénégalaises, qui s’activent de très bonne heure jusqu’à tard le soir (à 21h, il est très facile de trouver des marchandes et de nombreux Auchan sont ouverts jusqu’à 00h :o). On pourrait se croire en plein cœur de New York, the City that never sleeps, tant l’affluence est impressionnante. Là-bas, le commerce informel est prépondérant ; imaginez la Guadeloupe en carnaval perpétuel avec ses marchandes ambulantes de pistaches, bokits, sinobols, crêpes, boissons, etc. Au Sénégal, cela fait partie du quotidien. Pour les plus chanceux, les petits commerces fleurissent dans la rue, à la sénégalaise encore une fois, les devantures sont « faites mains » avec de la peinture, pas de grosses enseignes, ce qui laisse penser que le pays regorge d’entrepreneurs. Pour les autres, la vente ambulante est une alternative que ce soit à Dakar ou dans les villages, il devient presque aisé de faire ses courses sans avoir à quitter sa voiture. Arachide, vêtements, chaussures, produits d’hygiène, tout y passe. Un autre clin d’œil aux taxis s’impose (d’ailleurs, à ce moment précis, je me dis que Dakar est vraiment un petit New-York) : les taxis jaunes et noirs pullulent donc je me demande ce que serait Dakar sans ses taxis. Il faut compter entre 0,5 cts et 3 euros pour une course en ville mais à ce prix-là, n’espérez pas faire une virée dans une voiture tout confort lol ! Les Sénégalais recyclent des voitures très très anciennes et cela force l’admiration ; on se croirait parfois dans un film des années 60.

La Terranga, ma terre d’accueil

Notre séjour n’aurait pas été aussi génial si nous n’avions pas été touchées et chouchoutées par les Sénégalais, qui en règle générale sont souriants, accueillants, il est impossible de passer à côté de leur sourire, de leur amabilité. Le Sénégal est un pays à 95% musulman et à 5% chrétien (à l’exception de l’île Fadouth où les proportions sont inversées) ; pour autant, les deux religions cohabitent magnifiquement bien. D’ailleurs, après l’indépendance acquise en 1960, le premier président du Sénégal, Léopold Senghor, était chrétien. Là-bas, on parle de « Terranga », l’hospitalité à la sénégalaise ; pour faire simple, votre hôte se dédie à votre bien-être pendant toute la durée de votre séjour. Pour revenir à la religion, on explique que c’est par rejet du christianisme apporté par la stratégie d’assimilation des Européens que les Sénégalais se sont tournés vers l’islam. Cependant, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, les croyances animistes sont profondément ancrées chez les Sénégalais ; pour information, les animistes attribuent à toutes les choses de la nature (plantes, objets, animaux) une âme et expliquent à leur façon les mystères de la vie et de la mort. J’avoue y être d’autant plus sensible simplement car cela fait partie de nos croyances ancestrales.

Cet article est déjà trop long mais, cher Sénégal, je t’adresse ces quelques lignes :

Si tu étais un adjectif, ce serait sans nul doute  « courageux » ; Je t’ai vu courageux, souriant, simple, digne.

Si tu étais une couleur, j’opterais pour un camaïeu de marron, du plus clair au plus foncé ; du marron pour ta si belle peau ébène, du marron pour ton sable, qui d’un coup de vent repeint les habitations, du marron pour ta terre, celle de mes ancêtres.

Si je devais retenir l’une de tes expressions, ce serait « ce n’est pas l’argent, mais l’art des gens », une si belle expression pour rendre hommage à tes sculptures, paniers, tableaux faits main dans tes villages.

Si je devais te dire un mot doux, ce serait « Merci », merci pour ta gratitude et ton élan de générosité. Merci de m’avoir si bien accueillie, d’avoir mis sur ma route des âmes bienveillantes, Aicha et sa famille, nos guides.

Si je devais te prodiguer un conseil, ce serait de réussir ce nouveau challenge qu’est le recyclage pour mieux te préserver.

Avec Amour, Merci.

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Relu et corrigé par Laurence D.

Contributrice

Lau_douce .
Une parenthèse de Bienveillance pour cultiver l'art du "I am enough"
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